Al-Ahram Hebdo, Afrique | Tsvangirai jette l’éponge
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 25 juin au 1er juillet 2008, numéro 720

 

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Afrique

Zimbabwe. Dans un climat de plus en plus tendu, l’opposition a mis le président dans l’embarras en décidant de se retirer du second tour des présidentielles. Une situation fort critiquée par la communauté internationale. 

Tsvangirai jette l’éponge 

A quelques jours du second tour des élections présidentielles, les événements se succèdent sans répit et le pays est toujours menacé par la violence et le chaos. Face à une « orgie de violence », le leader de l’opposition au Zimbabwe, Morgan Tsvangirai, a annoncé sa renonciation à affronter le chef de l’Etat sortant Robert Mugabe au second tour de la présidentielle, ouvrant la voie à une réélection automatique du plus vieux président d’Afrique.

Arrivé en tête au premier tour le 29 mars dernier, M. Tsvangirai a fini par jeter l’éponge, acculé par l’intransigeance de Mugabe. « Nous cessons de participer à ce qui est une parodie de processus électoral, entachée de violence et illégitime », a déclaré le leader de l’opposition à l’issue d’une réunion de la direction de son parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Ce dernier a déclaré qu’il « ne peut pas demander aux électeurs de risquer leur vie en votant le 27 juin », a continué M. Tsvangirai, 56 ans. Cependant, il s’est déclaré lundi prêt à négocier avec la Zanu-PF au pouvoir, mais seulement lorsque les violences auront cessé.

En première réaction au retrait de l’opposition, le régime zimbabwéen a appelé ses partisans à continuer à faire campagne pour le second tour de l’élection présidentielle, en mettant en doute le retrait du chef de l’opposition Morgan Tsvangirai. « C’est la 11e fois que Tsvangirai menace de se retirer du second tour de l’élection présidentielle », a déclaré le ministre de la Justice, Patrick Chinamasa qui est également le porte-parole de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF, au pouvoir). En jugeant cette décision de tactique bien organisée, Chinamasa a déclaré que cette annonce a été calculée pour coïncider avec une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu pour faire pression sur le régime de Mugabe. « C’est clair que Tsvangirai, avec cette annonce, cherche à profiter de la réunion sous la présidence des Etats-Unis pour obtenir une forte résolution du Conseil de sécurité de l’Onu. Et pour obtenir une intervention étrangère. Mais en ce qui nous concerne, la situation au Zimbabwe ne nécessite pas d’intervention de l’extérieur ».

En effet, Tsvangirai n’a toutefois pas formellement notifié son retrait à la Commission électorale du Zimbabwe (ZEC) qui continue ses préparatifs pour le second tour. « Nous avons seulement appris son retrait par la presse. Nous espérons qu’il écrira une lettre à la commission. Si cette lettre arrive, nous prendrons les mesures nécessaires », a déclaré, sans plus de précisions, le président de la ZEC, George Chiweshe. La Zanu-PF a estimé qu’en se retirant, le MDC voulait éviter « l’humiliation d’une défaite ». Mais, Tsvangirai, de son côté, a préféré appeler à l’intervention des Nations-Unies, de l’Union Africaine (UA) et de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) pour mettre fin à ce qu’il a qualifié de « génocide ».

Depuis la défaite historique du régime au premier tour, qui avait vu le pouvoir perdre sa majorité de 28 ans à la Chambre des députés et M. Tsvangirai devancer M. Mugabe au premier tour de la présidentielle, les violences se sont déchaînées et l’opposition n’a pas pu mener campagne : meetings interdits, accès aux médias quasi inexistant, arrestations. Au point qu’il fallait l’autorisation de la justice pour organiser à Harare son principal meeting électoral. Et, cinq fois au cours des trois dernières semaines, M. Tsvangirai, lui-même, a été interpellé, et son numéro 2, Tendai Biti, détenu et inculpé pour subversion, risque la peine capitale. En effet, le MDC affirme que 70 de ses partisans ont été tués depuis fin mars, et près de 400 ont été arrêtés, poursuivant ce bilan « 200 000 personnes ont été déplacées, plus de 86 partisans du MDC tués, plus de 20 000 maisons brûlées et plus », a déclaré M. Tsvangirai. Un bilan lourd nié par les autorités. En plus, la police affirme que les violences politiques sont à attribuer aux partisans de l’opposition. En revanche, l’Onu a estimé que la majorité des violences politiques de ces derniers mois pouvaient être imputées aux partisans du président et non pas à l’opposition. A cet égard, Tsvangirai a déclaré : « Compte tenu de ces circonstances, nous estimons impossible la tenue d’une élection crédible », en précisant qu’il annoncerait en quelques jours une stratégie pour la marche à suivre.

 

Médiation sud-africaine

La violence n’est pas la seule raison qui a incité l’opposition à se retirer des élections. D’autres motifs aussi importants ont porté l’opposition à prendre cette décision : D’abord, Mugabe s’est déclaré, cette semaine, investi d’un pouvoir de droit divin et a affirmé que l’opposition ne dirigerait « jamais » le pays. Deuxièmement, la médiation menée par l’Afrique du Sud n’a toujours pas donné de fruit. Chargé par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), pour trouver une solution négociée, le président sud-africain Thabo Mbeki a tenté cette semaine lors d’une visite à Harare d’obtenir l’annulation du scrutin et la formation d’un gouvernement d’union nationale. Une solution acceptée par l’opposition, mais M. Mbeki n’a pas obtenu d’engagement clair de la part du président zimbabwéen Robert Mugabe. Mais l’Afrique du Sud n’a pas baissé les bras. Des émissaires sud-africains étaient toujours au Zimbabwe lundi pour tenter de trouver une solution négociée à la crise. Selon un porte-parole de la présidence à Pretoria, les émissaires sont en contact avec toutes les parties au Zimbabwe.

Vu cette situation de répression et des mesures d’intimidation de la part des autorités zimbabwéennes, l’Union Européenne (UE) a menacé le régime de nouvelles sanctions. Quant aux Etats-Unis, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, a accusé la Zanu-PF de Mugabe de recourir à la violence et à l’intimidation pour orienter le scrutin. « Lorsque le président zimbabwéen dit qu’il n’acceptera jamais la victoire du camp adverse, ou lorsque les soi-disant vétérans intimident la population et accusent les dirigeants de l’opposition de trahison, on a peine à imaginer que le scrutin soit libre et équitable », a déploré Rice. Un avis partagé par le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon, il a estimé que le retrait du chef de l’opposition du Zimbabwe à l’élection présidentielle était un « épisode très déprimant » et un « mauvais présage » pour l’avenir du pays.

Maha Salem

 




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