Zimbabwe.
Dans un climat de plus en plus tendu, l’opposition a mis le
président dans l’embarras en décidant de se retirer du
second tour des présidentielles. Une situation fort
critiquée par la communauté internationale.
Tsvangirai jette l’éponge
A
quelques jours du second tour des élections présidentielles,
les événements se succèdent sans répit et le pays est
toujours menacé par la violence et le chaos. Face à une «
orgie de violence », le leader de l’opposition au Zimbabwe,
Morgan Tsvangirai, a annoncé sa renonciation à affronter le
chef de l’Etat sortant Robert Mugabe au second tour de la
présidentielle, ouvrant la voie à une réélection automatique
du plus vieux président d’Afrique.
Arrivé en tête au premier tour le 29 mars dernier, M.
Tsvangirai a fini par jeter l’éponge, acculé par
l’intransigeance de Mugabe. « Nous cessons de participer à
ce qui est une parodie de processus électoral, entachée de
violence et illégitime », a déclaré le leader de
l’opposition à l’issue d’une réunion de la direction de son
parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).
Ce dernier a déclaré qu’il « ne peut pas demander aux
électeurs de risquer leur vie en votant le 27 juin », a
continué M. Tsvangirai, 56 ans. Cependant, il s’est déclaré
lundi prêt à négocier avec la Zanu-PF au pouvoir, mais
seulement lorsque les violences auront cessé.
En première réaction au retrait de l’opposition, le régime
zimbabwéen a appelé ses partisans à continuer à faire
campagne pour le second tour de l’élection présidentielle,
en mettant en doute le retrait du chef de l’opposition
Morgan Tsvangirai. « C’est la 11e fois que Tsvangirai menace
de se retirer du second tour de l’élection présidentielle »,
a déclaré le ministre de la Justice, Patrick Chinamasa qui
est également le porte-parole de l’Union nationale africaine
du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF, au pouvoir). En
jugeant cette décision de tactique bien organisée, Chinamasa
a déclaré que cette annonce a été calculée pour coïncider
avec une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu pour faire
pression sur le régime de Mugabe. « C’est clair que
Tsvangirai, avec cette annonce, cherche à profiter de la
réunion sous la présidence des Etats-Unis pour obtenir une
forte résolution du Conseil de sécurité de l’Onu. Et pour
obtenir une intervention étrangère. Mais en ce qui nous
concerne, la situation au Zimbabwe ne nécessite pas
d’intervention de l’extérieur ».
En effet, Tsvangirai n’a toutefois pas formellement notifié
son retrait à la Commission électorale du Zimbabwe (ZEC) qui
continue ses préparatifs pour le second tour. « Nous avons
seulement appris son retrait par la presse. Nous espérons
qu’il écrira une lettre à la commission. Si cette lettre
arrive, nous prendrons les mesures nécessaires », a déclaré,
sans plus de précisions, le président de la ZEC, George
Chiweshe. La Zanu-PF a estimé qu’en se retirant, le MDC
voulait éviter « l’humiliation d’une défaite ». Mais,
Tsvangirai, de son côté, a préféré appeler à l’intervention
des Nations-Unies, de l’Union Africaine (UA) et de la
Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) pour
mettre fin à ce qu’il a qualifié de « génocide ».
Depuis la défaite historique du régime au premier tour, qui
avait vu le pouvoir perdre sa majorité de 28 ans à la
Chambre des députés et M. Tsvangirai devancer M. Mugabe au
premier tour de la présidentielle, les violences se sont
déchaînées et l’opposition n’a pas pu mener campagne :
meetings interdits, accès aux médias quasi inexistant,
arrestations. Au point qu’il fallait l’autorisation de la
justice pour organiser à Harare son principal meeting
électoral. Et, cinq fois au cours des trois dernières
semaines, M. Tsvangirai, lui-même, a été interpellé, et son
numéro 2, Tendai Biti, détenu et inculpé pour subversion,
risque la peine capitale. En effet, le MDC affirme que 70 de
ses partisans ont été tués depuis fin mars, et près de 400
ont été arrêtés, poursuivant ce bilan « 200 000 personnes
ont été déplacées, plus de 86 partisans du MDC tués, plus de
20 000 maisons brûlées et plus », a déclaré M. Tsvangirai.
Un bilan lourd nié par les autorités. En plus, la police
affirme que les violences politiques sont à attribuer aux
partisans de l’opposition. En revanche, l’Onu a estimé que
la majorité des violences politiques de ces derniers mois
pouvaient être imputées aux partisans du président et non
pas à l’opposition. A cet égard, Tsvangirai a déclaré : «
Compte tenu de ces circonstances, nous estimons impossible
la tenue d’une élection crédible », en précisant qu’il
annoncerait en quelques jours une stratégie pour la marche à
suivre.
Médiation
sud-africaine
La violence n’est pas la seule raison qui a incité
l’opposition à se retirer des élections. D’autres motifs
aussi importants ont porté l’opposition à prendre cette
décision : D’abord, Mugabe s’est déclaré, cette semaine,
investi d’un pouvoir de droit divin et a affirmé que
l’opposition ne dirigerait « jamais » le pays. Deuxièmement,
la médiation menée par l’Afrique du Sud n’a toujours pas
donné de fruit. Chargé par la Communauté de développement de
l’Afrique australe (SADC), pour trouver une solution
négociée, le président sud-africain Thabo Mbeki a tenté
cette semaine lors d’une visite à Harare d’obtenir
l’annulation du scrutin et la formation d’un gouvernement
d’union nationale. Une solution acceptée par l’opposition,
mais M. Mbeki n’a pas obtenu d’engagement clair de la part
du président zimbabwéen Robert Mugabe. Mais l’Afrique du Sud
n’a pas baissé les bras. Des émissaires sud-africains
étaient toujours au Zimbabwe lundi pour tenter de trouver
une solution négociée à la crise. Selon un porte-parole de
la présidence à Pretoria, les émissaires sont en contact
avec toutes les parties au Zimbabwe.
Vu cette situation de répression et des mesures
d’intimidation de la part des autorités zimbabwéennes,
l’Union Européenne (UE) a menacé le régime de nouvelles
sanctions. Quant aux Etats-Unis, la secrétaire d’Etat
américaine, Condoleezza Rice, a accusé la Zanu-PF de Mugabe
de recourir à la violence et à l’intimidation pour orienter
le scrutin. « Lorsque le président zimbabwéen dit qu’il
n’acceptera jamais la victoire du camp adverse, ou lorsque
les soi-disant vétérans intimident la population et accusent
les dirigeants de l’opposition de trahison, on a peine à
imaginer que le scrutin soit libre et équitable », a déploré
Rice. Un avis partagé par le secrétaire général des
Nations-Unies Ban Ki-moon, il a estimé que le retrait du
chef de l’opposition du Zimbabwe à l’élection présidentielle
était un « épisode très déprimant » et un « mauvais présage
» pour l’avenir du pays.
Maha
Salem