Al-Ahram Hebdo, Société | Les perles du désert
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 18 au 24 juin 2008, numéro 719

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Société

Artisanat. La semaine dernière, à Gouna, à la mer Rouge, deux ONG ont lancé une campagne de collecte de fonds pour sauver le patrimoine des femmes des tribus de cette région. Etats des lieux.

Les perles du désert

La mer Rouge, qui déploie son long ruban d’iode sur les côtes égyptiennes, n’est pas seulement une destination touristique importante, avec son lot d’hôtels et de resorts bétonnés plantés ça et là. La mer Rouge est aussi le lieu de vie des tribus Bacharya et Ababda, autrefois nomades, aujourd’hui en majorité sédentarisées soit dans des villages, soit dans des villes plus importantes telles que Chalatine et Marsa Alam. Le complexe de Steigenberger Golf Resort de Gouna et ses étendues d’herbe vallonnée ont accueilli la première édition de « Golf4Charity », un événement tant sportif que caritatif. Quelques golfeurs aguerris, en panoplie bermuda et casquette, un club de golf à la main, se sont retrouvés face à des femmes de ces deux tribus, une dizaine tout au plus, gracieusement recouvertes de grands pans de tissus légers aux couleurs vives. Elles ont présenté différents produits issus de leur artisanat : bols en paille tressée très serrée pour le lait de chamelle, bijoux en cuir brut couleur Camel, rehaussé de perles multicolores, tapis en poils de chameau et différents accessoires en paille destinés à la cérémonie du café ont donné un bon aperçu de leur savoir-faire. Derrière les stands déambulent ces femmes, dans un ballet aux couleurs chatoyantes, qui alterne l’orange sanguine, le bleu doux et le rouge dilué. Leur timidité est palpable, tandis que l’une refuse gentiment, mais fermement d’être prise en photo, une autre rabat un pan de tissu sombre sur la bas de son visage tatoué de trois traits horizontaux, ne laissant plus apparaître que ses yeux, soulignés de khôl épais.

 

Une collaboration fructueuse

La présence de ces quelques femmes est le fruit d’une collaboration étroite entre Fair Trade Egypt (FTE) et Livelihood and Income From the Environment (LIFE) Project. La première organisation basée au Caire est impliquée dans le commerce équitable et travaille avec une quarantaine de coopératives implantées un peu partout en Egypte. Elle facilite les contacts directs entre producteurs et consommateurs et concentre son activité sur la production artisanale, quoiqu’elle ait aussi des visées agricoles à plus long terme. « LIFE Project est directement issu de l’USAid », explique Suzanne Savage, spécialiste en développement d’entreprise pour le projet LIFE.

« Ce dernier est porteur au total d’une enveloppe de 28 millions d’euros destinés au développement des différents aspects environnementaux dans la région sud de la mer Rouge, et un des sous-projets concerne la stimulation salariale des populations locales », ajoute-t-elle.

Les deux organisations ont donc allié leurs compétences respectives, la bonne connaissance du produit artisanal et son implantation sur le marché pour FTE, et une volonté et des moyens financiers pour financer ce projet dans la région pour LIFE. Environ une centaine de femmes des deux tribus ont pu suivre des stages de formations visant à affiner les produits artisanaux de façon à les rendre attractifs à deux cibles : les touristes attirés par les objets « bruts », et les autres. C’est un long processus qui s’est mis en branle, car pour atteindre cet objectif de qualité et de précision, des formateurs se sont déplacés dans différentes villes de la mer Rouge pour enseigner à ces femmes comment traiter le cuir, les perles et la couture pendant des stages d’une dizaine de jours chacun. « Leur traitement du cuir de chèvre n’est pas idéal, poursuit Suzanne Savage, car elles utilisent de l’eau salée (et non pas plate, car nécessairement, bien plus chère) qui dessèche terriblement les peaux, avant de les recouvrir de graisse animale pour leur redonner de la douceur et une belle consistance. Le formateur leur a expliqué comment utiliser de la glycérine et de l’eau plate, et le résultat est stupéfiant ! »

 

Bacharya et Ababda, ex-nomades d’Egypte

Ces tribus nomades viennent à l’origine d’Arabie saoudite et émigrèrent sur le sol égyptien lors de l’invasion arabe ; depuis lors, elles se considèrent totalement égyptiennes. « Notre langue est l’arabe, explique Fatma, la plus âgée des femmes présentes, et nous sommes tous, sans exceptions, musulmans ». Elle poursuit, avec moult mouvements de bras pour appuyer ses propos : « Les Bacharya et les Ababda cohabitent et forment une seule grande famille, nos enfants n’ont pas obligation de se marier au sein de ces tribus, une de mes filles est mariée à un Egyptien de Haute-Egypte ». La confusion entre ces tribus et la tribu Beja, originaire du Soudan, étant fréquente, les Bacharya et les Ababda sont entrés en contact avec la Bibliotheca Alexandrina afin de mettre un terme au quiproquo, en faisant enregistrer leur héritage culturel.

« Les hommes de Bacharya et Ababda sont parfois pêcheurs, ou bergers ; d’autres s’impliquent dans la vie politique », explique Aymane Gharabawi, un garde forestier. Les conseils municipaux des deux principales villes où sont massivement sédentarisées les Bacharya et les Ababda sont Marsa Alam pour les Ababda et Chalatine pour les Bacharya. « Deux hommes de ces tribus siègent à la tête du conseil municipal », ajoute Aymane Gharabawi, avec une lueur de fierté. « Nous sommes en majorité implantés dans des villes, villages ou campements, mais certains d’entre nous sont encore nomades », explique-t-il. « Ces nomades n’ont pas envie de s’installer, ils aiment la nature et sont en quête de verdure pour nourrir les animaux. Quel intérêt auraient-ils à construire une maison en dur pour un mois plus tard l’abandonner ? ».

L’héritage artisanal des tribus Bacharya et Ababda reste vivace en partie grâce à ces quelques hommes des sables, qui élaborent des tentes en coton serré de grande qualité pour s’abriter la nuit, et des ustensiles de la vie de tous les jours comme des soucoupes, des bols … Mais ils sont bien rares de nos jours à se déplacer au cœur des montagnes de la mer Rouge, leurs animaux alourdis par le café et la farine qu’ils transportent. Fatma intervient pour donner des précisions sur la préparation traditionnelle du café, qui est davantage qu’une institution, une cérémonie. « Nous conservons le café vert dans du sable pour le faire griller, puis nous le faisons bouillir dans des récipients en terre sur de la braise. La dernière touche est le gingembre, qui lui donne un goût très particulier », explique-t-elle. Des hommes vêtus de longues galabiyas blanches entament une danse traditionnelle, ponctuée de sauts, pieds joints, et de duels à l’épée, tandis que résonnent les coups secs des tablas. 120 femmes, jeunes ou plus expérimentées, vont pouvoir continuer leur formation afin d’améliorer leur technique de production, augmenter la qualité des produits et apprendre les règles du marché, afin de s’y implanter pour longtemps.

Louise Sarant

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.