Le Hezbollah, une nouvelle étape
Wahid Abdel-Méguid
La résistance libanaise bien équipée et armée a été une
épine dans le pied d’Israël ces dernières années, surtout
avec la faiblesse qui s’est emparée d’une résistance
palestinienne dispersée et divisée. Et puisque les forces du
Hezbollah sont la colonne vertébrale de la résistance
libanaise, il est donc tout à fait normal que les récents
événements, dans lesquels elles ont été le principal acteur,
soient le plus grand cadeau offert à Israël à l’heure où est
célébré le 60e anniversaire de sa création. Ce cadeau
acquiert une plus grande importance, considération prise du
rôle du Hezbollah face à Israël et l’impasse dans laquelle
il se trouve face au programme nucléaire iranien.
Les stratèges israéliens concernés par ce dossier savent
très bien que les Etats-Unis ne sont pas disposés, du moins
pour le moment, à avorter par une frappe militaire ce qu’ils
considèrent un projet nucléaire iranien en phase de
développement. D’ailleurs, les conditions nécessaires à
asséner une telle frappe peuvent ne pas être de mise avec la
prochaine administration. Ils réalisent de même qu’il est
difficile pour Israël d’attaquer les installations
nucléaires iraniennes, car cela pourrait provoquer une
volte-face iranienne par missiles qui dévoilerait les
fragilités sociales de l’Etat hébreu.
Les missiles lancés par les combattants du Hezbollah pendant
la guerre de 2006 ont engendré des conséquences qu’Israël
essaye encore d’assimiler. Et il est donc probable que le
Hezbollah détienne aujourd’hui des missiles plus
sophistiqués et plus influents.
D’autres
informations identiques de sources israéliennes confirment
que pour la première fois, le Hezbollah possède des missiles
sol-air. Nombreux sont ceux qui ont pu percevoir cette
information surprenante dans l’un des récents discours de
mobilisation de son secrétaire général Hassan Nasrallah.
Pour
qu’une frappe militaire israélienne contre les installations
nucléaires iraniennes soit un choix possible, il faut sans
nul doute contrer la menace par missile du Hezbollah qui se
prépare à mener une autre guerre. Cela à un moment où Israël,
de son côté, essaye d’apprendre les leçons de la guerre de
2006 pour éviter un autre échec. Israël tente, entre autres,
d’éviter une éventuelle attaque par missile ciblant le nord
de ses frontières. Ainsi, ce front paraît-il être d’une
grande signification, et Tel-Aviv tente de son côté de
poursuivre les négociations avec la Syrie via une médiation
turque.
La
plupart des stratèges israéliens préfèrent neutraliser la
Syrie et non lui infliger une défaite. C’est pour cela qu’il
faut contrer la menace du Hezbollah, surtout si une frappe
israélienne des installations nucléaires iraniennes devient
le seul choix.
Les
Israéliens qui estiment que le Hezbollah est la menace n°1
parient que l’implication de ce dernier dans la guerre
civile augure une nouvelle étape dans la région et non
uniquement dans le conflit avec la résistance libanaise. Ce
pari, qui a pris de plus en plus d’ampleur ces derniers
temps, en sous-entend un autre apparu au lendemain de
l’assassinat de Moughnieh (un des fondateurs de la branche
armée du Hezbollah), selon lequel le rôle de celui-ci, qui
allait bien au-delà des mythes tissés autour de sa personne,
n’était pas celui d’un simple état-major des forces du
Hezbollah : il était en fait le cerveau stratégique et
tactique qui a promu le niveau et la capacité de combativité
de son parti qui a menacé pendant longtemps Israël.
Les
Israéliens espèrent que l’assassinat de Moughnieh soit un
tournant dans leur conflit avec le Hezbollah et il est clair
que cela a remonté le moral du commandement militaire
israélien. A tel point que certains commandants du Hezbollah
ont préféré nier son assassinat et annoncer que l’attentat
avait ciblé une autre personne. Tout cela afin de semer la
confusion dans les calculs d’Israël et des Etats-Unis.
D’autant plus que Moughnieh a été à plusieurs reprises la
cible d’attentats manqués perpétrés par les services de
renseignements israéliens et américains.
Hassan
Nasrallah, quant à lui, a pris une position éthique
lorsqu’il a insisté sur l’annonce de l’assassinat de
Moughnieh. Nasrallah a fait la sourde oreille aux conseils
qui lui demandaient de ne pas dévoiler sa mort, pour qu’il
reste le cauchemar d’Israël. Il leur a rétorqué que
Moughnieh avait assumé son devoir et qu’il fallait
l’enterrer en martyr.
L’un des
commandants armés du Hezbollah a déclaré que la mort de
Moughnieh a beaucoup touché Hassan Nassrallah, alors que
certains analystes israéliens affirmaient que Nasrallah
avait été réconforté par sa mort, car elle impliquait la
disparition d’un concurrent potentiel. Nassrallah a vécu les
moments les plus difficiles de sa vie lorsque les compagnons
de Moughnieh lui ont annoncé la nouvelle de sa mort à Damas.
Il leur a alors demandé de transporter son corps à Beyrouth
le plus vite possible. Les autorités syriennes, quant à
elles, n’ont su que la victime de l’attentat avait été
Moughnieh qu’après la déclaration du Hezbollah.
L’accord
conclu entre Damas et le Hezbollah stipulait que Moughnieh
et ses compagnons du Hezbolllah résidants en Syrie entrent
et sortent du pays sans être obligés de dévoiler leur
identité aux appareils de sécurité syriens. Raison pour
laquelle le commandement du Hezbollah avait la possibilité
d’annoncer l’assassinat d’une autre personne moins
importante. Mais le fait de reconnaître l’assassinat de
Moughnieh a donné l’occasion à Israël de parier sur la
possibilité de combler le vide qu’il avait laissé et par
conséquent sur une menace moindre du Hezbollah. Ce pari
s’impose davantage chaque jour, avec l’embrasement du
Hezbollah dans une guerre civile dont les retombées seront
redoutables pour son commandant, plus même que la mort de
Emad Moughnieh. Hassan Nasrallah réalisera-t-il cela ? Ou
bien est-il prédestiné que les Arabes n’achèvent jamais une
initiative ?