Le jeu du dialogue interpalestinien
Salama A. Salama
Les
peuples arabes attendent impatiemment la fin du mandat Bush
et de son Administration. Il ne s’agit pas forcément de
l’espoir de voir apparaître quelqu’un de mieux, mais de voir
la fin d’une série de bêtises, d’échecs et de catastrophes
que la région et le monde entier ont connus à cause de lui.
Partant, on ne s’attend pas à ce que la visite de
Condoleezza Rice dans la région pour assister à la réunion
tripartite avec Olmert et Abbass apporte une quelconque
avancée sur la voie des négociations palestino-israéliennes.
Surtout qu’Israël insiste à garder les deux dossiers des
implantations et de Jérusalem en dehors des négociations.
L’unique objectif de la visite de Rice est d’entraver
l’initiative de Mahmoud Abbass pour un dialogue et une
réconciliation avec Hamas. Rice n’a pas caché son
mécontentement de la probabilité d’un rapprochement entre le
Fatah et le Hamas, malgré la faiblesse de cette éventualité
jusqu’à présent.
Cependant, un discours sur le dialogue interpalestinien
s’est renouvelé malgré les menaces israéliennes de dévaster
le secteur de Gaza. Or, les efforts d’accalmie déployés par
l’Egypte ont permis de contrer les manœuvres israéliennes.
Ces deux questions ont engendré un satisfecit dans la rue
arabe et auprès des gouvernements arabes. En effet, les
positions de ces gouvernements étaient confuses à cause des
divisions aiguës qui n’en finissent pas entre les deux
parties en conflit.
Ce n’est pas la première fois que Abbass se rend en Arabie
saoudite et en Egypte à la recherche d’un soutien arabe pour
le dialogue avec le Hamas. Si ce soutien est pris au sérieux
et s’il n’est pas biaisé par les adversaires comme ceci
s’est répété à maintes reprises, l’Egypte peut avancer une
nouvelle fois la déclaration du Caire. Celle-ci avait déjà
été convenue en mars 2005 pour engager un dialogue global
entre les factions consolidé par un accord d’accalmie avec
Israël.
Cependant, de nombreux doutes entourent ce dialogue. En
effet, au moment où Abbass a annoncé sa proposition
d’engager un dialogue interpalestinien et au moment où il a
demandé à l’Egypte de l’accueillir et de le parrainer, des
déclarations opposées ont fusé du clan même de Abbass. Ces
déclarations ont adopté le même langage qui avait mené à
l’échec des précédentes tentatives, à savoir le retour à la
situation précédent ce qu’on appelle le renversement de
Hamas. Par ailleurs, le Hamas a réclamé que le dialogue soit
inconditionné sans perdant ni gagnant.
Par conséquent, on craint que le soi-disant dialogue qui
sera certainement court-circuité par Rice ne se transforme
en une simple manœuvre. Une manœuvre avec laquelle
pourraient jouer les deux parties pour que leurs directions
restent à l’aise dans leurs sièges, abstraction faite des
souffrances du peuple palestinien.
Si ce dialogue se transforme en un simple dialogue de
sourds, l’Egypte se retrouvera dans une situation déplorable
après les efforts acharnés qu’elle a déployés.