Al-Ahram Hebdo, Evénement | Des volontés contradictoires
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 au 24 juin 2008, numéro 719

 

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Evénement

Budget 2008-2009. Hausses importantes des salaires et des subventions : c’est la tendance de la prochaine année fiscale, dotée de 344 milliards de L.E., qui commence le 1ai juillet. Mais apparaît aussi une mauvaise distribution des dépenses publiques. Du côté des recettes, le secteur privé engendrant 80 % du PIB ne vient pas remplir les caisses. 

Des volontés contradictoires 

Le budget de l’Etat a été approuvé sans bruit par le Parlement le 10 juin dernier, grâce à une majorité écrasante du Parti National Démocrate (PND, au  pouvoir). Les discussions au Parlement n’ont duré que deux semaines, et il en a résulté une maigre hausse de 3 milliards de L.E., qui sera allouée à l’enseignement, à la santé et au soutien des activités de jeunesse. Achraf Badreddine compte parmi les 100 députés de l’opposition qui ont annoncé leur opposition au budget ainsi qu’au plan. « Les employés, payeurs d’impôts, ne s’intéressent guère aux développements du budget. Ils ne savent rien du plan de développement annuel élaboré par le gouvernement. Ils savent seulement que ce plan n’obéira jamais à leurs besoins, voire à leurs ambitions », regrette-t-il. Car, malgré ses grandes lignes qui paraissent réjouissantes, le budget cache d’importantes déformations structurelles. Elles constituent le thème de ce dossier.  

Une répartition inégale des salaires

Malgré une hausse de 30 % pour les fonctionnaires, dans le projet de budget 2008/2009, de 344 milliards de L.E., les salaires restent l’une de ses principales distorsions. Cette hausse décidée par le président de la République pour répondre à l’inflation, a fait passer les sommes allouées à ce poste à plus de 78 milliards de L.E. Contre 61,7 pour l’exercice 2007/2008. Mais la répartition de cette somme entre les 5,9 millions de fonctionnaires va en faveur de la haute administration. La majorité n’obtient en réalité que des miettes, alors que les hauts fonctionnaires peuvent toucher des dizaines de milliers de L.E. par mois puisqu’aucun plafond n’est fixé à leurs primes. Une étude du Centre égyptien des études économiques, élaborée par Omneya Helmi, dévoile que le salaire total du plus petit fonctionnaire, primes comprises, est de quelque 261 L.E. par mois, soit seulement le quart du salaire moyen des fonctionnaires qui s’élève à 1 012 L.E. mensuelles. « Alors que la norme mondiale exige que le salaire d’un nouvel embauché soit de la moitié du salaire moyen », souligne Helmi.

Outre le déséquilibre des salaires entre hauts et petits fonctionnaires, un autre existe au niveau de l’administration. En effet, les salaires des employés de municipalité sont les plus faibles en dépit de l’augmentation de leurs primes de 25 à 80 %, qui entrera en vigueur avec le nouvel exercice fiscal. Mais elle reste insignifiante comparée aux primes des employés des autres administrations publiques, qui varient entre 250 et 350 %, comme le fait savoir Achraf Badreddine, député (Frères musulmans) et membre de la commission du plan et du budget. Cette distorsion provient surtout du fait que le salaire payé aux fonctionnaires est constitué d’un salaire fixe très faible, ne représentant que 20 % de la somme perçue chaque mois. Le reste est constitué de multiples formes de primes.

De plus, cette année, le ministère des Finances, qui élabore le budget, a alloué une somme de 17 milliards de L.E. sous forme de « réserves pour salaires ». Alors Achraf Badreddine s’insurge : « Qu’est-ce que c’est que cette dénomination ambiguë qui permet au gouvernement de gaspiller une si grande somme, sans aucun suivi ni transparence ? ». Et d’ajouter que ce chiffre représente 20 % de l’ensemble des sommes allouées aux salaires, alors que normalement les réserves allouées à une clause ou l’autre ne doivent pas dépasser les 5 %. « Ces milliards seront le plus probablement distribués selon les aveux des responsables », estime Achraf Badreddine. Reste à dire qu’à cause de cette répartition injuste des salaires, la grande majorité des fonctionnaires soutiennent des familles en deçà du seuil de la pauvreté (fixé par mois et par chaque individu à 161 L.E.). « Une famille se compose en moyenne de 4 personnes en Egypte. Il faut donc que le salaire minimum du fonctionnaire soit de 660 L.E. par mois », estime Omneya Helmi.

 

Des subventions énormes

En ce qui concerne les subventions, 133,5 milliards de L.E. leur sont allouées pour l’exercice 2008-2009. Ce volume énorme cache un manque tout aussi important d’efficacité et d’égalité. Car le total des subventions représente le quart des dépenses publiques, contre 1 % en Afrique du Sud, 6 % en Croatie ou 16 % en Tunisie. « Il faut plutôt penser à améliorer la qualité de l’enseignement et de la santé, et aider les agriculteurs notamment du Sud. C’est ainsi que la population pourra ensuite se passer des subventions », estime l’économiste Omneya Helmi, qui préfère l’approche du renforcement des capacités au lieu de la subvention des prix. L’idée est simple. Ceux qui dépensent une grande partie de leurs revenus à payer un enseignement trop cher (et de très mauvaise qualité), se retrouvent obligés de faire la queue pour acheter du pain subventionné. Il faut donc bouleverser cette situation.

La subvention au pain — à elle seule — passe à plus de 12 milliards de L.E., contre 9 dans l’exercice précédent. L’Egypte — qui importe plus de la moitié de son blé — paye cher la crise mondiale qui conduit à la hausse des prix des produits alimentaires. Pire, il semble que cela est de l’argent jeté par les fenêtres. Car en fait, le gouvernement qui a dû entreprendre cette hausse, semble incapable de freiner la vente de la majorité de la farine subventionnée sur le marché noir (à un prix équivalent à 1525 % de son prix subventionné). « Il vaut mieux que le gouvernement vende de la farine au prix du marché, et achète le pain des boulangeries, pour le vendre ensuite à ceux qui en ont vraiment besoin à un prix subventionné », propose Ibrahim Al-Essawi, expert économique à l’Institut de planification. Le Saïd, la région la plus démunie, reçoit 40 % seulement du pain subventionné. De plus, le pain est principalement vendu dans les villes alors que 95 % des villages les plus pauvres du pays sont situés au Saïd.

Mais la plus grande des anomalies provient de la subvention à l’énergie. En ce qui concerne son volume, elle est équivalente aux salaires de 6 millions de fonctionnaires. C’est cinq fois le budget alloué à la santé et le double du budget de l’enseignement. En raison de la hausse des prix des produits pétroliers importés, notamment le gasoil et le gaz naturel, le chiffre passera à quelque 100 milliards de L.E. en 2008-2009, contre 40 milliards, deux ans auparavant. Là encore, le budget qui est applicable dès le 1er juillet n’aborde toujours pas la question de l’équité de la répartition de ces allocations. Pourtant, la Banque mondiale avait prouvé en 2005 que la classe la plus riche s’empare de 34 % de la subvention de l’énergie, alors que la plus pauvre en obtient 13 % seulement. Ainsi, depuis deux ans le gouvernement annonce-t-il des remèdes sans pouvoir régler ce problème. Ironiquement, le nouveau budget révèle que les mesures prises approfondissent cette anomalie. Par exemple, selon le rapport du Parlement sur le budget, la très récente hausse des prix des carburants pèsera plus sur le secteur des transports que sur la vingtaine d’usines lourdement dépendantes du gaz naturel subventionné.

En chiffre, la subvention allouée au gasoil sera réduite de 4,5 milliards de L.E., soit presque le triple de la baisse allouée au gaz naturel destiné à des usines de ciment, de porcelaine, d’engrais ou de fer à béton, toutes énormément profitables. « Ces usines sont majoritairement possédées par 6 investisseurs », note Ibrahim Al-Essawi, expert économique. Le poids politique de ces investisseurs est très lourd, semble-t-il. L’un d’eux, Ahmad Ezz, appelé l’empereur du fer à béton, est le président de la commission du budget et du plan au sein du Parlement, l’autre, Mohamad Aboul-Einein, le propriétaire d’un royaume de porcelaine, comme il aime se nommer, est le président de la comission de l’industrie et de l’énergie. La boucle est donc bouclée.  

 

L’inégalité de l’impôt sur le revenu

Les distorsions sont autant présentes dans les revenus que dans les dépenses. Dans ce contexte, les impôts, source principale des recettes, sont plus payés par les employés que par leurs employeurs, en dépit des taux record de profitabilité dans tous les secteurs. Ainsi, les particuliers paieront-ils quelque 17 milliards de L.E. en impôts, un montant légèrement inférieur aux grandes sociétés anonymes privées. Et équivalent au triple des impôts payés par l’activité industrielle et commerciale des PME, principaux employeurs privés. Un responsable au bureau technique du ministre des Finances se défend en assurant que cette situation va changer : « La preuve en est la hausse graduelle des recettes provenant des grandes sociétés anonymes. Celles-ci ont doublé : de 7 à 14 milliards en deux ans. Il en est de même pour les impôts payés par les PME ». Pour remédier à l’inégalité de l’impôt sur le revenu, plusieurs voix se sont élevées pour demander sa révision. Ainsi, la commission de l’industrie et de l’énergie au Conseil consultatif, présidée par l’homme d’affaires Mohamad Farid Khamis, avait-elle proposé de hausser à 25 % les taxes sur les revenus annuels de plus de 50 millions de L.E. Une proposition qui a été rejetée par le gouvernement. 

Les recettes pourraient également considérablement augmenter si le gouvernement déployait de plus grands efforts pour récupérer les taxes non payées de différents organismes publics. Ce chiffre est à hauteur de 60 milliards de L.E., selon le bilan de l’exercice 2006-2007, discuté récemment au Parlement. « En récupérant 6 milliards de L.E. par an, cela permettra d’augmenter les recettes sans toucher aux couches à revenus limités », argumente Achraf Badreddine, qui estime que ces sommes supplémentaires, une fois récupérées, pourront servir à augmenter les allocations à la santé ou à l’enseignement, deux secteurs vitaux gravement en régression.

Dossier réalisé par
Marwa Hussein
Salma Hussein

 


 

Attentes inassouvies 

Le budget 2008-2009 est partagé en quatre grandes parties (voir graphique), parmi lesquelles l’on distingue : salaires, subventions, intérêts des dettes publiques et autres. Ce qui est notable, c’est qu’en dépit des déclarations du gouvernement tout au long de l’année dernière, concernant l’amélioration indispensable de l’enseignement, les allocations attribuées à ce secteur vital n’ont pas vraiment augmenté, si l’on prend en considération le taux d’inflation de 20 % et la hausse du PIB. Du côté des recettes, le budget compte sur 276,8 milliards, ce qui porte le déficit budgétaire à 67,1 milliards. « Il faut cependant noter que le rapport déficit/PIB est resté inchangé, à savoir 6,9 % », souligne Yasser Sobhi, du bureau technique du ministre des Finances.

 




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