Ahmed Ridha,
président de la Commission nationale de l’investissement en
Iraq, estime que son pays a des ressources et offre des
facilités à l’investissement qui peuvent en faire la plus
forte économie de la région.
« Dorénavant, l’économie sera le cheval
et la politique la charrue »
Al-Ahram
Hebdo : Face à une situation politique et sécuritaire très
instable, quels privilèges l’Iraq offre-t-il aux
investisseurs ?
Ahmed Ridha :
En fait, la loi 13 de 2006 a offert beaucoup de privilèges
aux investisseurs et est venue encourager et soutenir le
secteur privé. D’abord, elle a mis les investisseurs
étrangers et iraqiens sur un pied d’égalité, sauf en ce qui
concerne la propriété de terrains. L’investisseur étranger
n’a pas droit d’acheter de terrains, mais il peut louer pour
50 ans renouvelables. Heureusement, 85 % des terrains sont
en la possession du ministère des Finances. L’investisseur
sera exonéré d’impôts sur le revenu pour une période de 10
ans qui peut aller à 15.
L’investisseur peut également importer les équipements et
les composants de production de n’importe quel pays du monde
sans payer de droits de douane. Egalement, on a le one stop
shop pour faciliter les procédures. Vous pouvez prendre
toutes vos autorisations au niveau d’une seule
administration. Je crois qu’il s’agit de mesures
encourageantes et qui ont déjà apporté leurs fruits. En
fait, la loi a créé pour chaque gouvernorat un organisme
d’investissement pour plus de flexibilité et de simplicité
de procédures. Chaque organisme d’investissement dans chaque
gouvernorat a le droit de donner la licence à l’investisseur
s’il s’agit d’un projet dont le capital ne dépasse pas les
250 millions de dollars. Les projets qui dépassent cette
somme doivent aller au Conseil des ministres pour
approbation.
— Mais malgré ces avantages, il faut dire que beaucoup
d’investisseurs hésiteront à aller en Iraq à cause du
facteur sécuritaire ...
— En économie, on dit plus de risque plus de profits. C’est
pourquoi 800 investisseurs, comme j’ai dit, sont venus
assister à la conférence du Caire. En outre, il ne faut pas
oublier que l’Iraq possède 22 % des réserves mondiales de
pétrole, ainsi que 250 trillions de mètres cubes de gaz
naturel. En plus d’une grande richesse en ressources
minières comme le cuivre, le phosphate, le magnésium, et
bien d’autres. Sans oublier les terrains agricoles. Des
ressources, qui avec les ressources humaines, pourront faire
de l’Iraq la plus forte économie du Moyen-Orient. En ce qui
concerne la sécurité, l’investisseur fait ses estimations de
la situation. En outre, pourquoi n’avons-nous pas appelé à
l’investissement en Iraq il y a deux ans ? Parce que la
situation s’améliore petit à petit. En outre, le ministère
de la Défense fait de son mieux. Le ministre de la Défense
m’a dit personnellement lors d’une réunion la semaine
dernière qu’il garantit tout projet installé en Iraq. Et si
l’investisseur veut emmener avec lui une société de
sécurité, il peut le faire. Seulement, il doit obtenir
l’approbation du ministère de l’Intérieur et que ce ne soit
pas une société sur liste noire.
— Vous paraissez très optimiste ...
— Oui, car la meilleure preuve que la sécurité existe dans
le pays est les énormes investissements qui ont afflué vers
le pays. Pourquoi quelqu’un investirait-il 12 milliards de
dollars pour construire le port de la nouvelle Bassora si la
sécurité n’est pas assurée ? Ou encore, pourquoi une
entreprise internationale investirait 17 milliards de
dollars pour la construction de l’aéroport international de
Bagdad. Sans oublier que 34 millions de dollars seront
investis pour la construction d’une ville, et des unités
touristiques à Al-Nagaf Al-Achraf. Sans oublier qu’un hôtel
Marriott et bien d’autres hôtels 5 étoiles seront construits
dans le centre de Bagdad. Egalement, il existe des projets
pour la production de voitures dans le gouvernorat
Addiwaniya entre autres. Tous les autres gouvernorats de
l’Iraq, comme Al-Nassériya et Babel, ont accueilli de grands
investissements.
— La réunion du Caire était la deuxième conférence sur
l’investissement en Iraq après celle qui a eu lieu à Doubaï
? Quel bilan en avez-vous fait ?
— L’objectif principal était d’expliquer la loi
d’investissement à tous les investisseurs arabes ou
étrangers. La participation de plus de 800 investisseurs et
le fait de faire le déplacement pour assister à la
conférence sur l’investissement en Iraq est en soit un
indice de l’importance du marché iraqien. En plus, le fait
que la conférence soit tenue en Egypte était en soi très
significatif. L’Egypte joue un rôle important sur le niveau
arabe. Elle a toujours soutenu l’Iraq. On ne peut pas se
passer de l’Egypte.
— Quels sont les secteurs qui sont ouverts à
l’investissement ? Et ceux qui nécessitent le plus
d’investissement ?
— Tous les secteurs de l’économie sont ouverts. L’Iraq a
besoin d’investissement dans tous les secteurs agricoles,
industriels, de construction, etc. Tous les secteurs sont
ouverts à l’investissement depuis l’infrastructure et le
transport jusqu’aux pétrochimies, en passant par la
technologie de l’information. Outre la loi pour
l’investissement, il existe une loi spéciale pour le secteur
bancaire et celui de l’assurance. Selon laquelle ces deux
secteurs offrent plus de privilèges que les autres. Il y a
également une loi consacrée au secteur du gaz et du pétrole.
— Qu’en est-il des ressources humaines et de la main-d’œuvre
iraqienne après des dizaines d’années de guerre ?
— Il faut savoir que 97 % des 28 millions d’Iraqiens sont
une population active. Il s’agit d’une main-d’œuvre
qualifiée. Ce qui a pu être noté au cours des dernières
années. Mais si jamais les investisseurs ont besoin de
qualifications introuvables en Iraq ils ont tout le droit de
faire venir de l’extérieur les employés dont ils ont besoin.
Ils ont également le droit de transférer leurs salaires à
l’étranger.
— En matière d’économie, quelle est la différence entre
l’Iraq aujourd’hui et il y a quelques années ?
— L’Iraq a fait un grand bond en avant. En 4 ans, on a
introduit les satellites, l’Internet et le téléphone
portable. En outre, après 50 ans d’économie gouvernementale
et dirigée, l’Iraq dispose d’une économie libre. La nouvelle
philosophie de l’économie iraqienne est de se diriger vers
l’économie libre. Dorénavant, l’économie sera le cheval et
la politique la charrue. Avant, la politique dirigeait
l’économie. On n’achetait pas la meilleure technologie du
monde d’un pays parce que l’on ne maintenait pas de bonnes
relations avec ce pays et l’on cherchait une mauvaise
technologie d’un pays avec lequel on maintenait de bonnes
relations. Aujourd’hui, le secteur privé est le secteur
leader.
— Mais si vous exonérez tous les nouveaux projets d’impôts,
quelles seront les ressources financières de l’Etat ?
— Sans les impôts, nous disposons de 50 milliards de dollars
provenant du secteur du pétrole, sans compter les autres
ressources. Sans compter l’agriculture, l’industrie et le
transport. On n’a pas besoin des impôts que paye
l’investisseur. Ce dernier, quand il vient, créera des
emplois. Et je répète : on ne veut pas d’impôts. Tous les
profits reviendront aux investisseurs. Il s’agit seulement
de donner à l’Iraq ce dont il a besoin, c’est-à-dire
l’infrastructure et la création d’emplois.
Propos recueillis par Marwa Hussein