Forum.
Dédiée à Ragaa Al-Naqqach, la première rencontre du Conseil
suprême de la culture autour du thème de la critique
littéraire (10-12 juin) s’est révélée en deçà des objectifs
annoncés.
L’insaisissable critique littéraire
Rapport
entre critique littéraire et contexte
socio-politico-culturel, problématique de la réception de la
critique littéraire : à qui s’adresse-t-elle ? Qui est le
critique (académique, journaliste) ? Problème d’élitisme :
tout au long des trois jours qu’a duré ce forum, les
préoccupations exprimées par les participants étaient
récurrentes.
Ces questions ont été posées à travers neuf débats, animés
par des chercheurs qui sont intervenus sur des thématiques
aussi diverses que : « La situation de la critique arabe :
signes de crise ou d’évolution » (Abdel-Wasi Al-Hemiri,
Yémen), « Le concept de critique littéraire, évolution et
problématique accumulées » (Gharaa Méhanna, Egypte), « La
critique occidentale sur le roman arabe (Hussein Hammouda,
Egypte), « La littérature de voyage et l’orientalisme :
recherche d’une méthode », « Lecture du patrimoine critique
: remarques méthodologiques » (Gaber Asfour, Egypte).
Pour répondre à des questions aussi ambitieuses, posées de
surcroît dans un contexte de recul sur la scène de la
critique littéraire arabe, le Conseil suprême de la culture
aurait sans doute eu besoin de mobiliser plus de moyens
qu’il ne l’a fait.
Ainsi, plusieurs noms annoncés au programme, parmi les plus
attendus, dont le Syrien Kamal Abou-Dib, et le Saoudien
Abdallah Al-Ghozami étaient absents. D’autres figures de la
critique littéraire arabe, pourtant présents lors du Forum
du roman, comme les Syriens Fayçal Darradj et Boutros Hallaq
ou l’Egyptien Sabri Hafez, n’étaient, eux, pas prévus au
programme. En regard des contributions actives de ces
derniers à la réflexion sur l’évolution des courants
littéraires arabes contemporains, leur absence était
regrettable pour qui affiche une volonté aussi globale de
mise à jour dans ce domaine. Par ailleurs, malgré l’ambition
internationale affichée par le label du forum, aucun
critique non arabe n’était invité à contribuer au débat, à
l’inverse de ce qui avait été observé pendant les Forums du
roman. La moyenne d’âge était très élevée, et contrastait
par exemple à l’effort fait, une fois encore, lors du
dernier Forum du roman, dont le thème principal portait sur
le « nouveau roman », et qui avait, pour la première fois,
invité de nombreux jeunes romanciers.
Enfin, et c’est le plus important : quelles sont la
fonctionnalité et la viabilité d’un tel forum dans le
paysage des événements culturels organisés par la machine
institutionnelle qu’est devenue le Conseil suprême de la
culture ? Si nombre de participants ont salué le retour d’un
« rendez-vous des critiques », disparu depuis le rôle joué
par la revue Fossoul, le caractère extrêmement
institutionnel de cette rencontre remet en doute sa capacité
à impulser un réel renouveau sur la scène de la critique
littéraire arabe. Et, plus fondamentalement, est-il possible
de traiter de la « critique de la critique » à un niveau
d’abstraction théorique exclusivement ? En d’autres termes,
y a-t-il un sens à organiser un forum sur la critique
indépendamment des Forums sur le roman et la poésie ? L’on
peut en douter, dans une situation où les nouvelles formes
d’écriture mettent la critique contemporaine face à de
nouvelles responsabilités et où l’une des carences
soulignées était liée au manque d’échange entre romanciers
et critiques. Le défi premier à relever par la critique
littéraire restant avant tout son rapport concret au texte.
Dina Heshmat