Al-Ahram Hebdo, Idées | Identités arabes en recomposition
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 Semaine du 18 au 24 juin 2008, numéro 719

 

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Idées

Débats. Comment appréhender l’analyse de la quête identitaire. C’est l’une des réflexions du colloque Les sciences sociales à l’épreuve du monde contemporain, organisé par le CEDEJ. Rencontre en hommage à Alain Roussillon, son ancien directeur disparu il y a un an.

Identités arabes en recomposition

C’est dans l’auditorium du CFCC (Centre Français de Culture et de Coopération) que s’est déroulée la première journée de conférence, organisée par le CEDEJ (Centre d’Etudes et de Documentation Economiques et Juridiques), en collaboration avec l’IREMAM (Institut de Recherche et d’Etude sur le Monde Arabe et Musulman), l’IISMM (Institut d’Etude de l’Islam et des Sociétés du Monde Musulman) et la Chaire d’histoire contemporaine du monde arabe du Collège de France, sur une durée de trois jours.

La première journée était consacrée à la « formation des sciences sociales », et s’intéressait en particulier à la manière dont ces dernières devaient appréhender l’analyse de la quête identitaire musulmane. Intervenant à la place de Mohamad Arkoun qui n’avait pu être présent, Jean-Claude Vatin du GSRL (Groupe Sociétés, Religions, Laïcité) pointait du doigt l’éclatement géographique des musulmans, et la difficulté de lier entre eux musulmans d’Ouzbékistan et musulmans sénégalais par exemple, hors de leur attachement confessionnel.

Elizabeth Picard, chercheuse à l’IREMAM, a tenté « un regard décentré sur le Machreq arabe », à travers lequel elle a mené une réflexion sur la manière dont les sciences sociales doivent appréhender les nouvelles questions identitaires. Axant son analyse sur les identités culturelles qui ont fait leur apparition au Liban pendant la guerre civile de 1981, elle pointe « l’érosion des anciennes formes identitaires dominantes construites soit sur la référence nationale soit sur la référence professionnelle et fonctionnelle. En pleine guerre civile se façonnent les formes primordiales de l’identité, qui s’appuient sur des attributs culturels, sur un passé collectif retravaillé par la mémoire, sur la religion et sur un enracinement au territoire ».

A travers l’étude du « cas libanais », elle pose la question du rapport entre violence politique et identités culturelles. Deux pôles s’affrontent à ce sujet : celui des sciences sociales dites « normales », pour qui les identités sont de fait l’expression d’attentes universelles, et celui qui développe des paradigmes spécifiques comme les « Area Studies ». Ici, dans le contexte de guerre civile, la violence devient un « analyseur » du politique. La chercheuse lie, dans son intervention, le cas du Liban à celui de l’Egypte, ce dernier endossant les attributs de « contre-modèle » libanais. Ces deux modèles s’opposent dans leur rapport à la construction identitaire et à la part que la violence y tient. Le Liban a été très précoce car dès le début de la guerre, le champ des recherches sur la violence politique et identitaire a vite supplanté les recherches sur l’Etat et sur la construction du politique dans un sens plus traditionnel. Elizabeth Picard explique qu’ « il y a une intimité du politique et de la violence, cette dernière étant structurante du processus politique, de ses alliances et de ses antagonismes ». Les chercheurs égyptiens des années 1980 et 90, à l’inverse de ceux du Liban, se sont davantage penchés sur la question de la réforme et de la modernisation de l’Etat, et ont contourné le problème des questions identitaires sans les désamorcer. « En Egypte, on pense l’identité nationale comme l’identité de l’Etat », ajoute la chercheuse. Elle insiste sur l’utilité évidente des sciences sociales, qui s’appliquent à « démythifier » l’illusion selon laquelle la construction identitaire serait un processus harmonieux, mais au contraire le voit comme une construction conflictuelle où intervient éventuellement la violence.

Hernando Salcedo, de l’Universidad Externado de Colombia, s’est aussi attardé sur cette « renaissance » de l’identité arabe, qu’il a appréhendée dans le nord de la Colombie, sur la côte Atlantique, où de nombreux immigrants arabes sont installés. Il explique qu’il y a eu deux vagues de migrants, les premiers venant majoritairement de Syrie, du Liban et de Palestine à la fin du 19e siècle, et une autre de Palestiniens dans les années 1980. Il se dit stupéfait d’avoir pu observer à quel point la cinquième génération d’immigrés, par ailleurs parfaitement intégrée dans la société et la politique colombienne, manifeste un regain d’intérêt pour ses racines. Alors que la langue arabe avait été totalement remplacée par l’espagnol, beaucoup de jeunes gens étudient l’arabe, et selon Salcedo, « on ressent une vraie nostalgie arabe à l’origine d’une quête identitaire ».

De nouveaux phénomènes, qui obligent les chercheurs à affiner leurs outils d’analyses. Le colloque Les sciences sociales à l’épreuve du monde contemporain a été un petit pas sur cette voie.

Louise Sarrant

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