Centre-Ville.
Le gouvernorat du Caire vient de lancer un projet pour la
protection du patrimoine immobilier dans la capitale.
Promesses de lifting
Après
les toits vient le tour des façades. Le gouvernorat du
Caire, qui a entamé il y a quelques semaines son projet de
nettoyage des toits des bâtiments du centre-ville, vient de
lancer cette semaine une deuxième phase de son programme de
restcontent l’histoire de la capitale. Cette phase sera
entreprise en coopération avec le Conseil suprême des
antiquités. A la fois grâce à leur emplacement au cœur de la
capitale et à leur valeur architecturale, les immeubles en
question dont 80 % se trouvent au centre-ville et à Garden
City sont estimés à 20 milliards de L.E.
En effet, plusieurs projets de restauration et
d’embellissement de ces immeubles, sans succès notoire, ont
été entrepris, la différence cette fois-ci, c’est que le
gouvernorat a eu recours au Conseil suprême des antiquités
dépendant du ministère de la Culture.
« Comment a-t-on jusqu’ici confié ce patrimoine au
gouvernorat du Caire ? Le gouvernorat n’a fait que peindre
et repeindre les façades de ces immeubles d’une couleur pâle
qui en cache la beauté. Heureusement, l’Etat s’est rendu
compte de la relation entre ce patrimoine et le Conseil
suprême des antiquités », lance Soheir Hawas, urbaniste.
C’est en effet ce même constat qui a amené le gouverneur du
Caire, Abdel-Azim Wazir, à prendre cette initiative. « Il a
fini par reconnaître que les anciens travaux
d’embellissement n’ont fait qu’effacer tout ce qui
caractérisait ces immeubles », révèle Mohamad Sultan,
l’adjoint du gouverneur pour la zone ouest. Le projet suivra
donc un plan étudié et sera réalisé sous la surveillance
d’architectes spécialisés. Le plan consiste à établir un
recensement informatisé de tous les immeubles à valeur
historique. « Ce fichier renfermera toutes les informations
concernant l’immeuble, à savoir la date de construction, le
nombre d’étages et son état actuel. C’est comme si chaque
immeuble allait avoir une carte d’identité. Cela nous
permettra de préciser le budget qui nous sera alloué par le
Conseil des antiquités », explique Sultan. Ce recensement
devra commencer début juillet et s’achever deux mois plus
tard.
Le gouvernorat se chargera d’assurer les ouvriers et les
équipements nécessaires, alors que le Conseil suprême des
antiquités assurera les architectes et les matériaux de
restauration. Selon les estimations préliminaires, « le coût
de ce projet que se partageront le gouvernorat et le
ministère de la Culture pourrait atteindre 500 millions de
livres égyptiennes », affirme Sultan.
L’autre phase du projet consiste à effectuer des travaux de
rénovation au niveau des façades de manière à ressortir les
ornements caractéristiques dont elles sont dotées. En outre,
toute publicité défigurant les façades de ces bâtiments sera
enlevée. Les rez-de-chaussées contenant également des
statues et des colonnes de marbre seront également aménagés
et repeints.
L’état de délabrement où se trouvent la plupart des
immeubles du centre-ville a pour cause principale le gel des
loyers depuis les années Nasser. Les loyers mensuels se
situent entre 5, 10 ou 15 livres. « Ces quelques dizaines de
livres collectées tous les mois par les propriétaires ne
leur permettent plus d’assumer les travaux de maintenance
nécessaires », explique Sultan. « Dans les années 1960 et
70, les loyers étaient suffisants pour effectuer les travaux
de maintenance. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, ce qui a
aggravé l’état de ces immeubles », ajoute Sultan. Les
propriétaires ont beau revendiqué une hausse de loyers, ou à
défaut, une loi obligeant les habitants à participer aux
travaux nécessaires, mais sans résultat. Les gouvernements
successifs ayant toujours estimé qu’une telle législation
touchant à des millions d’habitants mettrait en danger la
sécurité publique. La question des loyers est donc restée «
intouchable », comme un « acquis » de la Révolution de 1952,
tout comme la gratuité de l’enseignement ou le travail dans
la fonction publique pour les diplômés.
La détérioration de l’état de ces bâtiments a amené les
couches aisées à déserter le centre-ville pour des quartiers
plus chic comme Héliopolis, Madinet Nasr, Mohandessine ou
plus récemment les nouvelles villes en dehors du Caire. Ceux
qui ne trouvent pas les moyens de déménager se plaignent des
conditions où ils vivent. « Cela ne les gêne pas d’entasser
les toits avec des tas d’ordures et d’y élever des canards
et des poulets », se plaint Samir Ishaq, en faisant
référence à ses voisins. Il habite le même immeuble depuis
les années 1960.
Mais si les responsables présentent le nouveau projet comme
« la solution » à ce problème. Or, certains urbanistes
relativisent l’optimisme. « Une fois ce projet terminé, la
négligence reprendra », lâche l’urbaniste Milad Hanna. Selon
lui, il ne s’agit pas de lancer un projet et de négliger le
travail suivi. « Si tout le monde est d’accord à considérer
ces immeubles comme un patrimoine architectural et une
richesse historique, leur restauration devra être un
processus continu ... », ajoute-t-il.
Marianne Youssef