Al-Ahram Hebdo, Egypte | Promesses de lifting
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 Semaine du 18 au 24 juin 2008, numéro 719

 

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Egypte

Centre-Ville. Le gouvernorat du Caire vient de lancer un projet pour la protection du patrimoine immobilier dans la capitale.  

Promesses de lifting 

Après les toits vient le tour des façades. Le gouvernorat du Caire, qui a entamé il y a quelques semaines son projet de nettoyage des toits des bâtiments du centre-ville, vient de lancer cette semaine une deuxième phase de son programme de restcontent l’histoire de la capitale. Cette phase sera entreprise en coopération avec le Conseil suprême des antiquités. A la fois grâce à leur emplacement au cœur de la capitale et à leur valeur architecturale, les immeubles en question dont 80 % se trouvent au centre-ville et à Garden City sont estimés à 20 milliards de L.E.

En effet, plusieurs projets de restauration et d’embellissement de ces immeubles, sans succès notoire, ont été entrepris, la différence cette fois-ci, c’est que le gouvernorat a eu recours au Conseil suprême des antiquités dépendant du ministère de la Culture.

« Comment a-t-on jusqu’ici confié ce patrimoine au gouvernorat du Caire ? Le gouvernorat n’a fait que peindre et repeindre les façades de ces immeubles d’une couleur pâle qui en cache la beauté. Heureusement, l’Etat s’est rendu compte de la relation entre ce patrimoine et le Conseil suprême des antiquités », lance Soheir Hawas, urbaniste.

C’est en effet ce même constat qui a amené le gouverneur du Caire, Abdel-Azim Wazir, à prendre cette initiative. « Il a fini par reconnaître que les anciens travaux d’embellissement n’ont fait qu’effacer tout ce qui caractérisait ces immeubles », révèle Mohamad Sultan, l’adjoint du gouverneur pour la zone ouest. Le projet suivra donc un plan étudié et sera réalisé sous la surveillance d’architectes spécialisés. Le plan consiste à établir un recensement informatisé de tous les immeubles à valeur historique. « Ce fichier renfermera toutes les informations concernant l’immeuble, à savoir la date de construction, le nombre d’étages et son état actuel. C’est comme si chaque immeuble allait avoir une carte d’identité. Cela nous permettra de préciser le budget qui nous sera alloué par le Conseil des antiquités », explique Sultan. Ce recensement devra commencer début juillet et s’achever deux mois plus tard.

Le gouvernorat se chargera d’assurer les ouvriers et les équipements nécessaires, alors que le Conseil suprême des antiquités assurera les architectes et les matériaux de restauration. Selon les estimations préliminaires, « le coût de ce projet que se partageront le gouvernorat et le ministère de la Culture pourrait atteindre 500 millions de livres égyptiennes », affirme Sultan.

L’autre phase du projet consiste à effectuer des travaux de rénovation au niveau des façades de manière à ressortir les ornements caractéristiques dont elles sont dotées. En outre, toute publicité défigurant les façades de ces bâtiments sera enlevée. Les rez-de-chaussées contenant également des statues et des colonnes de marbre seront également aménagés et repeints.

L’état de délabrement où se trouvent la plupart des immeubles du centre-ville a pour cause principale le gel des loyers depuis les années Nasser. Les loyers mensuels se situent entre 5, 10 ou 15 livres. « Ces quelques dizaines de livres collectées tous les mois par les propriétaires ne leur permettent plus d’assumer les travaux de maintenance nécessaires », explique Sultan. « Dans les années 1960 et 70, les loyers étaient suffisants pour effectuer les travaux de maintenance. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, ce qui a aggravé l’état de ces immeubles », ajoute Sultan. Les propriétaires ont beau revendiqué une hausse de loyers, ou à défaut, une loi obligeant les habitants à participer aux travaux nécessaires, mais sans résultat. Les gouvernements successifs ayant toujours estimé qu’une telle législation touchant à des millions d’habitants mettrait en danger la sécurité publique. La question des loyers est donc restée « intouchable », comme un « acquis » de la Révolution de 1952, tout comme la gratuité de l’enseignement ou le travail dans la fonction publique pour les diplômés.

La détérioration de l’état de ces bâtiments a amené les couches aisées à déserter le centre-ville pour des quartiers plus chic comme Héliopolis, Madinet Nasr, Mohandessine ou plus récemment les nouvelles villes en dehors du Caire. Ceux qui ne trouvent pas les moyens de déménager se plaignent des conditions où ils vivent. « Cela ne les gêne pas d’entasser les toits avec des tas d’ordures et d’y élever des canards et des poulets », se plaint Samir Ishaq, en faisant référence à ses voisins. Il habite le même immeuble depuis les années 1960.

Mais si les responsables présentent le nouveau projet comme « la solution » à ce problème. Or, certains urbanistes relativisent l’optimisme. « Une fois ce projet terminé, la négligence reprendra », lâche l’urbaniste Milad Hanna. Selon lui, il ne s’agit pas de lancer un projet et de négliger le travail suivi. « Si tout le monde est d’accord à considérer ces immeubles comme un patrimoine architectural et une richesse historique, leur restauration devra être un processus continu ... », ajoute-t-il.

Marianne Youssef

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