Al-Ahram Hebdo, Egypte | Un casse-tête égyptien
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 au 24 juin 2008, numéro 719

 

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Egypte

Examens. La difficulté de certaines épreuves du baccalauréat a ouvert de nouveau le débat sur le système d’enseignement et des examens. 

Un casse-tête égyptien 

Des sanglots, des larmes et des hurlements. Les commissions d’examens du bac ont été la scène d’émotions et de panique en raison de la difficulté anormale de certaines épreuves. La tension a atteint son comble avec celles du calcul différentiel et intégral perçues par les élèves comme une véritable énigme insoluble. « Nous n’avions jamais vu de telles épreuves. Même les meilleurs élèves ont eu beaucoup de mal à répondre aux questions », se plaint Ahmad Abbass, étudiant à l’école Tawfiqiya dans le quartier de Choubra au Caire. Dans les salles d’examens, de nombreux élèves, choqués, sont restés pendant plus d’une heure à contempler leurs copies sans bouger. D’autres ont fait des crises de nerfs. Selon les élèves, la première question obligatoire était au niveau de l’élève moyen mais les 4 autres questions étaient totalement hors de leur portée. Les professeurs ont reconnu d’ailleurs cette difficulté des examens. « Les questions étaient très difficiles et proportionnellement le temps accordé pour l’épreuve était insuffisant », explique William Hanna, professeur de mathématiques. Il montre des exemplaires du manuel scolaire et les examens des années passées, et de commenter : « Il n’y a jamais eu de telles questions ».

450 000 élèves environ effectuent depuis le 7 juin les examens du baccalauréat dans les disciplines scientifiques et littéraires. La difficulté anormale des examens cette année alimente un débat houleux. En effet, elle ne serait pas fortuite. Selon Mohamad Gamaleddine, ancien responsable au ministère de l’Education et expert de l’enseignement technique, c’est la politique générale du ministère. « L’orientation actuelle consiste à réduire le nombre d’élèves dans les universités afin d’améliorer la qualité de l’enseignement et de diriger les élèves vers des filières techniques qui sont plus adaptées au marché du travail », assure-t-il, en expliquant que le ministère a voulu placer la barre plus haut afin de réaliser cet objectif. « Au cours des dix dernières années, le niveau des examens était plutôt faible. Le résultat a été des pourcentages de note très élevés et nous avons assisté à des aberrations avec des élèves qui obtenaient 103 et 105 % avec le niveau élevé », ajoute Gamaleddine. Conséquence de cette situation : les universités ne sont plus en mesure d’assimiler le nombre croissant d’élèves. L’Etat souhaite donc orienter une partie des élèves vers les universités privées et une autre partie vers l’enseignement technique. Les universités publiques égyptiennes souffrent d’un manque de moyens et d’une détérioration de la qualité de l’enseignement. L’Etat avait autorisé, il y a dix ans environ, la création des universités privées afin d’alléger les pressions qui pèsent sur l’enseignement public. Le problème est que si l’Etat veut orienter les élèves vers le technique, il doit d’abord améliorer ce secteur de l’enseignement qui est très négligé. « Des milliards de L.E. sont allouées à l’enseignement secondaire général alors que le budget des écoles techniques reste très limité », critique Mohamad Gamaleddine. Et d’expliquer que jusqu’à ce que l’Etat trouve des solutions adéquates au problème de l’enseignement technique, le scénario dramatique va se répéter chaque année et le bac va être la maladie saisonnière de la famille égyptienne.

La difficulté des examens a été un véritable casse-tête pour les familles qui déversent leur colère sur le ministère. Des milliers de plaintes sont parvenues au ministre de l’Education et aux différentes chaînes satellites de même que sur Internet. Achraf Al-Sayed, responsable d’un site consacré au baccalauréat sur Internet, assure : « Nous avons reçu en un seul jour plus de 6 000 plaintes sur la difficulté des examens. Outre le calcul différentiel, il y a des plaintes sur les examens d’anglais de la deuxième secondaire », assure-t-il. Face à ces critiques et désirant sans doute calmer les ardeurs des familles, le ministre de l’Education, Yousri Al-Gamal, a annoncé qu’un comité serait formé afin de s’assurer de la crédibilité de ces plaintes. Le ministre a promis de revoir à la baisse le coefficient des questions jugées très difficiles. Les élèves eux ont du mal à se remettre de cette expérience douloureuse.

Sabah Sabet

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Des scandales
 en série
 

Outre la difficulté des examens, les épreuves du baccalauréat ont été entachées cette année par une série d’incidents. Dans le gouvernorat de Minya, la fuite d’un sujet d’examen de mathématiques de troisième année secondaire a provoqué un tohu-bohu. Tout commence lorsqu’un employé du département de l’éducation de Minya s’est mis d’accord avec le propriétaire d’une bibliothèque et son épouse pour photocopier des exemplaires de sujets d’examen avant de les vendre et de se partager l’argent. La police a arrêté les deux hommes alors qu’ils  photocopiaient le sujet. Ils ont été placés en détention provisoire pendant 15 jours, accusés d’avoir laissé filtrer des informations secrètes, de les avoir photocopiées et distribuées devant certaines écoles, deux heures avant le début de l’examen. Le gouverneur de Minya, Ahmad Diaaeddine, avait pourtant nié que des fuites avaient eu lieu lors de l’examen mais il est vite revenu sur ses propos et a reconnu qu’ « il existe des lacunes et des défaillances » dans le système. Un autre incident s’est produit lorsqu’on a découvert que des salles d’examens avaient été spécialement aménagées dans un hôpital de Minya pour les fils des responsables aux ministères de l’Intérieur, de la Justice et de la Santé. L’épisode de la fuite des sujets d’examens se répète chaque année. Des voix s’élèvent réclamant la nécessité d’annuler ces examens et de les refaire passer aux élèves. « La fuite de sujets veut dire que le principe de l’égalité des chances n’existe pas, donc il y a une grosse lacune dans le processus de l’examen », explique le conseiller Ahmad Al-Chazli, vice-président du Conseil d’Etat. Les failles du système administratif et la terreur que constitue l’examen du bac pour la plupart des familles sont à l’origine de ce feuilleton à répétition.

Sabah Sabet

 




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