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 Semaine du 18 au 24 juin 2008, numéro 719

 

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Dossier

Démographie. Abdel-Salam Hassan, démographe, estime que les politiques adoptées jusqu’ici l’ont été en vase clos, sans la participation de la société. Entretien.

« Seule la stratégie du développement global
 peut juguler ce problème »

 

Al-Ahram Hebdo : Comment voyez-vous cette campagne nationale lancée ces jours-ci pour confronter la croissance démographique ?

Abdel-Salam Hassan : A mon avis, cette campagne est intervenue tellement en retard qu’elle n’a aucun sens. Nous avons en Egypte un problème démographique qui existe depuis 60 ans. Dans les années 1970, on avait commencé à prendre le bon chemin pour le résoudre. Et c’était par la voie du développement. C’est alors que le gouvernement a levé le slogan que le développement est la meilleure solution pour confronter la croissance démographique. C’est-à-dire que si l’on a un développement global, dans le domaine de la santé, de l’éducation et de l’économie, on pourra alors cesser de se plaindre d’un problème démographique, puisque le citoyen va se transformer d’une force consommatrice en une autre productive. Et la croissance démographique deviendra un facteur de puissance. Cette tendance vers le développement était, en fait, une tendance mondiale qui a été lancée durant la réunion internationale de la population, tenue à Budapest en 1974. Les pays du tiers-monde ont déclaré, lors de cette réunion, l’adoption de cette idée. Une vision qui n’avait pas plu aux Etats-Unis et aux pays européens, dont le seul souci était d’exporter.

C’est alors qu’un immense projet a été lancé, en Egypte, prenant le titre de « La population et le développement ». Celui-ci, financé par des donations extérieures, avait concentré ses efforts sur le développement de plus de 3 000 villages. De bons résultats ont été ressentis en ce temps. Aziz Al-Bendari fut l’esprit de cette initiative. C’est lui qui l’a lancée et a réussi à obtenir des financements étrangers pour la soutenir.

— Mais qu’est-ce qui s’est passé par la suite ?

— En 1985, la situation s’est tellement renversée. Et sans aucun prélude, ce projet de développement a été complètement annulé et le gouvernement a opté pour une autre stratégie, dite de santé pour contrer la croissance de la population. Le ministère de la Santé a commencé alors à distribuer des moyens de contraception aux femmes, pilules et stérilets, et à présenter des leçons du planning familial aux mères de famille. On ne peut pas nier que cette évolution avait connu du succès, puisque beaucoup de familles, notamment instruites, ont été convaincues.

— Mais malgré ce progrès, dont vous parlez, la croissance a doublé durant les dix dernières années. Qu’en pensez-vous ?

— Oui, la croissance a effectivement doublé et on prévoit aussi une autre croissance dans un temps à venir. C’est la structure pyramidale de la population qui est derrière cette croissance. La tranche de population qui est âgée de moins de 15 ans est large et représente plus de 37 % de la société. Alors, les femmes de cette tranche vont rester dans la phase de maternité éventuelle, une longue période jusqu’à l’âge de 49 ans. Devant cet état des lieux, on ne va jamais sentir une diminution des naissances, et tous les projets démographiques n’auront aucun effet.

— Alors comment peut-on sortir de cette impasse ?

— Seule la stratégie du développement global peut juguler ce problème, et cela en parallèle avec les projets de santé du planning familial. Mais ce développement doit être orienté. C’est-à-dire qu’il faut choisir des projets qui ont des influences directes sur la réduction du taux de natalité. Comme par exemple le développement de l’éducation et de la santé, l’alphabétisation,  ou la promotion du travail de la femme. A cet égard, il y a plusieurs exemples. La Chine avec plus d’un milliard de citoyens et l’Inde qui lui est très proche ont réussi à résoudre ce problème en transformant leur peuple en une main-d’œuvre qui participe au processus de développement.

— Le modèle de la Chine, selon lequel  le troisième enfant ne doit pas profiter de subvention gouvernementale, pourrait-il être applicable en Egypte ?

— Bien sûr que non. Il y a premièrement une différence de culture entre les deux peuples. Ensuite, il y a une grande confiance entre les Chinois et leurs dirigeants.

Quant à l’Egypte, les Egyptiens sont en conflit continuel avec leurs gouvernants, en manque de crédibilité.

— Le gouvernement parle, ces jours-ci, de nouvelles politiques démographiques, qu’en pensez-vous ?

— A mon avis, ces politiques, comme les précédentes, vont être vouées à l’échec. Chaque politique a certainement des objectifs. C’est souvent au sein du comité des politiques du PND ou dans l’Assemblée du peuple, que ces politiques sont adoptées. Elles parviennent alors aux gens sous forme de documents signés soit par un ministre quelconque ou même par le président de la République. Et cela sans prendre l’avis de la population sur le fait de savoir si ces politiques répondent à ses besoins ou pas. Les politiques démographiques, d’une façon particulière, ne peuvent pas être exécutées sans la participation de la société. La société civile doit jouer un grand rôle dans la lutte contre la croissance démographique.

Il ne faut pas oublier que c’était la société civile qui avait pris l’initiative, dans les années 1960, du planning familial. « L’Association de l’enfant » à Maadi à été la première. La société civile est plus proche des gens que le secteur gouvernemental et aussi la plus apte à changer les orientations des gens et à en connaître les réels besoins.

Propos recueillis par Aliaa Al-Korachi

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