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 Semaine du 18 au 24 juin 2008, numéro 719

 

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Dossier

Démographie. Souvent par appels patriotiques et parfois par l’usage de personnages humoristiques, les campagnes pour le planning familial n’ont eu finalement que peu de résultats.

Hassanein et Mohamadein toujours dans la course

Limitation, contrôle des naissances ou planning familial ? S’agit-il de deux termes voulant dire la même chose ou de conceptions différentes avec le but finalement identique qu’il y ait moins de bouches à nourrir dans cette vallée du Nil surpeuplée ? Le poids des mots compte en fait et à chaque temps son vocabulaire. Les premières campagnes datent de 1957 en quelque sorte et à l’époque, on parlait sans ambages, on disait limitation des naissances et on signalait, c’était l’époque triomphante du nassérisme, que les ressources du pays ne pouvaient pas s’adapter à la hausse continuelle de la population « même après la construction du Haut-Barrage ». Les premières campagnes ont d’une certaine manière brisé un double tabou. D’une part, on débattait sur les lieux publics des questions qui faisaient auparavant partie de l’intimité, surtout dans une société conservatrice et d’autre part, on s’attaquait à des traditions bien ancrées, en rapport avec l’usage bien connu dans les zones rurales de se prévaloir d’une grande famille, en guise de solidarité et de soutien. Cela sans oublier les croyances religieuses interdisant toute ingérence humaine dans une destinée prescrite d’avance. Mais à l’époque, on est allé tambour battant dans la campagne. On choisissait des termes sérieux et clairs, le tout dans le cadre du discours enthousiaste et triomphal de l’époque. Des unités ont été créées dans les gouvernorats pour relever le niveau d’hygiène de la femme et de l’enfant en « régulant les périodes de grossesse, en interdisant les grossesses non souhaitées, en luttant contre l’avortement ».

On a continué  sur cette lancée et le 16 novembre 1961 était annoncé que se tiendrait  au Caire, capitale de la République arabe unie, en mars une conférence internationale sur la limitation des naissances. « Le Caire sera le centre de rayonnement ... Les plus grands médecins du monde, les professeurs de gynécologie et de chirurgie d’Amérique, d’Europe et d’Afrique viendront », lit-on dans la presse. Et le tout se poursuit dans cet esprit d’adhésion qui dominait, le cheikh d’Al-Azhar Mahmoud Chaltoute affirmant le 23 février 1962 que la limitation des naissances était admise.

Ce langage volontaire avait sans doute peu d’effets, du moins pas tous les effets escomptés. Un autre congrès international en mai 1963 témoignait de slogans plus virulents : « Si l’on laissait les choses aller sans contrôle, les habitants de la RAE seront de 78 millions dans 40 ans, une augmentation qui dépassera tout ce qu’on aura pu faire pour relever le niveau de vie » ... Presque exact ; comme prévision.

La vérité à tout prix

La bataille se poursuit et on vante les qualités des contraceptifs. « Les pilules de contrôle de naissance doivent être aussi bon marché que les comprimés d’aspirine, à la portée de tous ». Et l’on mesure le succès de la pilule : « 60 % dès le début de l’application de l’appareil en plastique ». La propagande se poursuivait et l’on voyait tout l’establishment se mobiliser. Un Conseil suprême de planning familial était créé en janvier avec des représentants de l’Union socialiste arabe, parti unique, et de 7 ministères. Les associations, les centres, les écoles, les lieux de culte, les centres de jeunesse étaient enrôlés dans cette bataille et même les associations privées comme le Cairo Women’s Club, un des derniers avatars de l’ancienne bourgeoisie. Et voici qu’un autre slogan est levé : « Le planning familial est une tâche politique avant qu’elle ne soit technique ».

Un vrai parcours de combattant qui a épousé les contours de l’idéologie en place. Le plus intéressant reste cette campagne médiatique. « Hassanein et Mohamadein dans une course contre la montre ». L’un de ces héros était l’exemple à suivre. Il avait deux enfants seulement. Il avait bonne santé. Sa femme était rayonnante et il avait un bon revenu. Mohamadein, lui, était le mauvais exemple de l’homme qui se laissait aller aux traditions. Il avait un grand nombre d’enfants, juste pour s’enorgueillir, mais sans pouvoir leur faire quoi que ce soit.

Dans toutes ces représentations, il y a toujours un heureux et un malheureux, le dernier étant le père d’une famille nombreuse. Les personnages caricaturaux et les dessins humoristiques venaient s’ajouter aux héros des feuilletons et autres. Mais somme toute, rien n’y fait comme le prouvent les derniers cris d’alarme qui ont précédé ces dernières années de campagnes, d’ailleurs plus scientifiques que plaisantes. Aujourd’hui, on est dans l’esprit nouveau, celui de la jeunesse dorée. Pourra-t-il influencer ? De toute façon, Mohamadein semble victorieux jusqu’à présent.

Ahmed Loutfi

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