Iran.
Le rejet par Téhéran d’un nouveau paquet d’offres
européennes en contrepartie d’une suspension de
l’enrichissement de l’uranium met la République islamique en
butte à de nouvelles sanctions internationales.
Durcissement des positions
Malgré la politique de la carotte et du bâton adoptée par la
communauté internationale pour forcer l’Iran à stopper son
programme nucléaire, la crise nucléaire iranienne semble
toujours acculée à l’impasse. Ainsi, le premier ministre
britannique, Gordon Brown, a affirmé, lundi dernier, lors
d’une conférence de presse commune avec le président
américain George Bush à Londres que l’Union européenne va
convenir de nouvelles sanctions contre l’Iran, notamment le
gel des avoirs à l’étranger de la plus grande banque du
pays, Mehli. Même le Japon a appelé, lundi, les ministres
des Affaires étrangères des pays du G8, dont il accueillera
une réunion fin juin, à envoyer un « message fort » contre
les programmes nucléaires de l’Iran et de la Corée du Nord.
Quant aux ennemis les plus farouches des Iraniens, les
Américains, ils ont indiqué que l’Onu pourrait infliger des
sanctions supplémentaires à l’Iran s’il refusait l’offre
présentée samedi par le diplomate en chef de l’UE, Javier
Solana, en visite à Téhéran. « Je crois qu’un rejet de cette
offre mènerait à une isolation de l’Iran encore plus grande
et à des sanctions internationales supplémentaires », a
menacé un responsable du département d’Etat américain.
L’offre de M. Solana qualifiée de « vaste et généreuse » est
présentée par les grandes puissances pour convaincre l’Iran
de suspendre son enrichissement d’uranium, dont la
communauté internationale craint qu’il n’alimente un
programme de fabrication de l’arme atomique.
Selon les experts, l’offre est une version remaniée de celle
que M. Solana avait présentée il y a deux ans à l’Iran, et
que ce dernier avait alors rejetée. Dans cette nouvelle
proposition, les grandes puissances « reconnaissent le droit
de l’Iran à développer la recherche, la production et
l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques
». Elles proposent, comme en 2006, d’aider l’Iran à se doter
des technologies les plus modernes dans ce domaine, et de
garantir son approvisionnement en combustible nucléaire. Les
Six proposent aussi de « normaliser les relations
économiques et commerciales » avec Téhéran et de l’aider à
jouer un rôle important dans la sécurité au Moyen-Orient.
Mais cette offre rappelle aussi que l’Iran doit se plier aux
quatre résolutions du Conseil de sécurité — dont trois
assorties de sanctions — exigeant la suspension de
l’enrichissement d’uranium et une plus grande coopération
avec l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Selon M. Solana, cette offre généreuse prouve le désir de
l’UE et des six pays de développer une relation constructive
et de coopération avec l’Iran dans le champ nucléaire et de
nombreux autres secteurs, soulignant que les propositions
étaient destinées à soutenir l’Iran dans le développement
d’un programme d’énergie nucléaire moderne. De retour de
Téhéran, M. Solana a pressé les dirigeants iraniens à donner
une réponse rapide à son offre : « Plus l’Iran répondra vite
à l’offre de coopération des grandes puissances, mieux ce
sera ».
Un refus prévu
La réponse iranienne semble de toute façon négative. Les
premières réponses n’étaient pas très encourageantes selon
les analystes. Sans réfléchir, Téhéran avait préalablement
rejeté toute suspension de cet enrichissement, principale
condition de l’offre présentée par M. Solana au nom du
groupe des Six (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne,
Russie et Allemagne). « La position de l’Iran est claire :
aucune condition préalable à propos de la suspension de nos
activités nucléaires ne peut être acceptée », a déclaré,
dimanche, le porte-parole du gouvernement Gholam Hossein
Elham. Nuançant un peu les propos de M. Elham, le chef de la
diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki, a mis dans la
balance un paquet iranien de propositions avancées pour
régler « les grandes questions du monde ». Plusieurs
journaux conservateurs ont d’ailleurs critiqué dimanche la
visite du diplomate en chef de l’Union européenne et tout le
paquet qu’il porte.
Certain que les négociations seraient stériles, le président
américain, George W. Bush, a prévenu lundi qu’il n’avait
écarté aucune option pour forcer l’Iran à suspendre son
programme nucléaire controversé, tout en espérant régler
cette crise par la diplomatie. Une façon de préparer le
terrain aux nouvelles sanctions. Et pourquoi pas à une
frappe militaire.
Maha
Al-Cherbini