Cinéma.
Dès sa fondation en 1954, le Festival international du court
métrage de Oberhausen (en Allemagne) a eu pour emblème « La
voie vers le voisin ». Sa 54e édition a rendu hommage au
Libanais Akram
Zaatari, projetant 9
films-vidéos retraçant ses 15 ans de carrière.
« Depuis l’assassinat de Hariri, je sens que nous sommes
dans un tunnel étroit, sans fin »
Al-Ahram
Hebdo : Après avoir effectué des études en architecture à
l’Université américaine de Beyrouth (AUB), vous vous êtes
tourn5é vers la photographie et la vidéo. Comment vous avez
pu tourner votre film All is
Well on the Border, (tout va
bien à la frontière) sous l’occupation israélienne en 1997 ?
Akram
Zaatari :
J’ai d’abord étudié la vidéo et le cinéma à New York ;
ensuite, de retour à Beyrouth, j’ai travaillé pour la chaîne
satellite libanaise Future TV qui m’a donné la possibilité
de disposer de ses caméras et de ses moyens techniques,
m’aidant ainsi à produire mes premiers courts métrages.
Il n’était pas possible de visiter la région, sous
occupation israélienne à l’époque, alors j’ai tourné le film
suivant les échos qui me parvenaient de la ligne
frontalière, notamment les témoignages des anciens
prisonniers détenus en Israël, soit pour leurs idées ou
leurs combats armés contre l’Etat hébreu. Nous avons
commencé par filmer avec certains prisonniers libérés et
habitants qui ont été déplacés de la région frontalière pour
s’installer à la banlieue sud de Beyrouth. J’ai enregistré
des témoignages et introduit d’autres personnages qui
étaient nécessaires pour l’intrigue du film comme celui du
chauffeur de taxi qui travaillait sur la ligne
Beyrouth-Damas.
— Qu’en est-il des scènes réelles qu’on retrouve dans le
film ?
— Je les ai obtenues des archives de la Future TV, des
archives des organisations internationales et du Hezbollah
qui envoyait un photographe avec les commandos effectuant
des opérations militaires pour affirmer leur succès au reste
du monde.
— La guerre contre le Liban en 2006 ne vous a-t-elle pas
inspiré un autre film ?
— Depuis l’assassinat de Rafiq Al-Hariri en 2005, je sens
que nous sommes coincés dans un tunnel étroit, sans fin. En
tant que réalisateur, il m’est très important de disposer
d’un espace libre, de recul, pour débattre du sujet que je
désire présenter dans mon film. Tant que je ne vois pas la
fin du tunnel, je ne peux rien présenter sur l’agression
israélienne qui a frappé le Sud du Liban en juillet 2006.
Toute l’histoire était une folie et une impulsion
injustifiée et il nous est impossible de connaître
exactement les événements qui se sont déroulés sur le
terrain de la réalité.
Actuellement, je travaille plutôt sur un thème traitant de
Chebaa, cette terre libanaise
d’importance stratégique majeure vu son emplacement sur la
montagne Al-Cheikh. Occupée par les Israéliens en 1967 avec
le Golan, elle demeure un point de litige entre le Liban, la
Syrie et Israël.
— Votre dernier film, Nature morte, illustre un homme en
train de fabriquer une bombe et un autre plus jeune en train
de repriser une veste. N’y trouvez-vous pas une incitation à
la violence ?
— Le film est une sorte de métaphore. Non, je n’encourage
pas la fabrication des bombes et je suis complètement
hostile à la guerre et à la violence. Mais l’honnêteté exige
de transmettre ces images telles qu’elles se déroulent au
Liban ou ailleurs dans le monde arabe. Au Liban, tous les
jours, il y a des gens qui planifient pour planter une bombe
quelque part et ils sont tous libanais. Mon film, par
ailleurs, ne révèle pas le pourquoi de la chose. Nous
retrouvons dans le film deux personnages, l’un désirant
partir à la montagne, alors que l’autre préfère faire du
surplace. C’est là une façon de refléter l’actuelle division
du Liban quant à l’armement de la résistance. La moitié du
pays veut que la résistance soit armée, alors que l’autre
moitié n’a plus foi en une expérience militaire, vieille de
deux décennies, et du coup ne croit plus aux solutions
militaires. Le Liban est divisé en deux sur ce sujet et
c’est ce que j’ai voulu transmettre dans le film.
— La projection du film a été problématique en Allemagne ?
— J’ai présenté le film à la compétition officielle du
Festival du court métrage à Oberhausen, mais on a refusé de
l’accepter dans ce cadre, préférant le présenter à travers
la section « Profil ». En fait, c’est une production du
centre Pompidou à Paris, qui y a été diffusée dans le cadre
d’une exposition sur le conflit au Moyen-Orient l
Propos recueillis par
Fawzi
Soliman