Al-Ahram Hebdo, Arts | Hafedh Zallit,  « Dans le monde arabe, la danse est de plus en plus le langage des jeunes »
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 Semaine du 18 au 24 juin 2008, numéro 719

 

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Arts

Danse. A l’occasion de sa participation à la 9e édition du Festival de la danse contemporaine, le chorégraphe et danseur tunisien Hafedh Zallit évoque la place de la danse moderne en Tunisie et dans le monde arabe. Il vient de donner son spectacle Wasm au théâtre Gomhouriya. 

« Dans le monde arabe, la danse est de plus en plus le langage des jeunes » 

Al-Ahram Hebdo : Comment avez-vous trouvé les spectacles égyptiens présentés dans le cadre du festival ?

Hafedh Zallit : Depuis environ cinq ans, j’essaye de participer au Festival de la danse contemporaine organisé par l’Opéra du Caire, mais jusque-là, je n’avais pas réussi à le faire, bien que je connaisse Walid Aouni, le directeur du festival. Il y a quelques mois, je l’ai rencontré à Dubaï où je travaille depuis deux ans comme danseur professionnel avec le chorégraphe français Pedro Pawells. J’ai alors profité de l’occasion pour lui proposer de participer avec mon spectacle Wasm. Dans ce spectacle, il y a la nostalgie, l’immigration et le chagrin. Le Wasm : c’est décrire l’intérieur.

J’ai vu beaucoup de spectacles égyptiens durant les festivals tenus partout dans le monde arabe. Je connais des danseurs et chorégraphes égyptiens comme Mohamad Chafiq, à titre d’exemple.

Durant cette édition, j’ai remarqué que les spectacles égyptiens cherchent un aspect visuel intéressant. Mais les chorégraphes optent toujours pour une composition simple et claire qui privilégie l’esthétique du mouvement. Certaines idées se répètent. Cela est dû à l’influence de l’école russe dont les bases et techniques sont souvent enseignées dans les instituts de formation. Or, la danse contemporaine est un mouvement nouveau, une autre sensation.

— Où en est donc la danse moderne en Tunisie et dans le monde arabe ?

— Actuellement, dans le monde arabe, il y a un grand intérêt pour la danse moderne. Les festivals de théâtre et de danse en témoignent, tels les festivals de la Jordanie, de Syrie, de l’Egypte, etc. Dans le monde arabe, la danse est de plus en plus le langage des jeunes. Le corps pour un jeune est un outil d’expression riche : les gestes de la main, le mouvement de la tête, les pas, etc. Tous ces mouvements se rassemblent dans la danse.

En Tunisie, située à proximité de l’Europe et ayant un rapport étroit avec la France et l’Italie, le jeune tunisien est assez familier avec les danses de la rue, le hip hop et autres. Cela a créé une bonne atmosphère pour la danse moderne. La culture de la danse est donc là. Une autre étape succède alors. Celle de l’exploitation de cette culture et de son évolution par des chorégraphes tunisiens, tels Imaad Jemaa et Nawal al-Eskandrani, qui ont initié beaucoup de danseurs et de jeunes à la danse moderne.

Le festival du printemps de la danse, tenu depuis sept ans à Tunis, a bien ouvert les portes au public tunisien aussi bien qu’aux danseurs et chorégraphes sur un vrai contact avec l’Autre. C’est une semaine de festivité consacrée à la danse moderne.

— Vous êtes à l’origine un danseur de ballet classique, pourquoi avez-vous opté pour la danse moderne ?

— J’ai étudié le ballet classique, puis j’ai rejoint le Ballet national de Tunisie dont la majorité des membres étaient des Français et des étrangers. Afin de mieux initier les jeunes Tunisiens à la danse, le centre national de la danse a été créé dans les années 1990. C’est un centre de formation et de création regroupant la danse classique, traditionnelle et moderne. Mais malheureusement, le projet n’a pas réussi. Beaucoup de danseurs ont alors quitté le pays. D’autres sont restés et ont travaillé avec les centres culturels comme Imaad Jemaa qui a opté pour le Centre culturel français.

J’ai donc dansé avec le ballet national pendant un an et puis je me suis tourné vers la danse moderne. Vu l’absence d’un centre national de formation, j’ai eu recours à l’étranger pour mieux étudier la danse moderne : l’Italie, le Portugal et autres.

— Comment est née votre compagnie Haraka Danse ?

— Après ce long voyage à l’étranger et quelques tentatives de travail privé à Tunis, j’ai senti que j’ai quelque chose à dire. J’ai donc travaillé avec des jeunes amateurs de danse. Ensuite, ma compagnie Haraka Danse est née en 2002. Et avec les spectacles Pieds nus et Stress, la compagnie a connu un grand succès.

Suivant les traces d’Imaad Jemaa avec qui j’ai travaillé, j’essaye toujours dans ma chorégraphie d’adopter un style qui s’approche des techniques de l’Occident tout en évoquant la société tunisienne.

Je pense que le Tunisien dans sa vie quotidienne adopte des gestes et des mouvements qui sont pour lui ordinaires, mais lorsque je les représente dans un spectacle de danse où la chorégraphie est bien étudiée, je propose à l’Autre une vision nouvelle et différente.

— De 2002 à 2008, vous n’avez signé que quatre spectacles (Pieds nus, Stress, Danse Danse Danse et Wasm). Quelle est la raison de cette production limitée ?

— Le problème à Tunis est qu’il n’y a pas de cadre officiel pour les danseurs et chorégraphes. Ils ne sont pas subventionnés par l’Etat ou autres comme c’est parfois le cas en Egypte. Tous nos spectacles sont plutôt des initiatives individuelles et autonomes. Une raison pour laquelle on prend beaucoup de temps pour monter un spectacle. En plus, le travail collectif avec les danseurs peut durer deux ou trois mois afin de créer finalement un spectacle. Mais reste encore un problème : le lieu et la date de la représentation. Ce qui n’est pas facile à trouver. Pendant le festival du printemps de la danse, les problèmes sont en quelque sorte réglés, mais ce n’est pas toujours le cas.

Propos recueillis par May Sélim

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