Palestine. Lors de sa
sixième visite dans la région, la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice
a souligné que la colonisation constitue le principal obstacle à la conclusion
d’un accord de paix.
Rice dénonce l’intransigeance d’Israël
Nouvelle
visite, aucune avancée tangible. C’est le constat de chaque visite américaine
dans les territoires occupés. Il s’agit certes d’une énième visite du chef de
la diplomatie américaine Condoleezza Rice dans la région, mais il s’agit
surtout des déclarations répétitives qui donnent l’impression d’exercer des
pressions sur Israël et de faire croire que l’accord de paix est possible avant
la fin de l’année. S’adressant à la presse aux côtés de Mahmoud Abbass,
président de l’Autorité palestinienne, la secrétaire d’Etat américaine a jugé
possible la conclusion d’un accord définitif avant la fin de l’année, à
condition que les deux parties fassent les efforts nécessaires. Mais en effet,
rares sont ceux qui le croient. A vrai dire, de quelle paix pourrait-on parler
alors que la municipalité de Jérusalem a fait savoir dimanche que 2 550
logements seraient mis en chantier d’ici 2020 dans des secteurs de Cisjordanie
occupée que l’Etat juif juge partie intégrante de sa capitale « éternelle et
indivisible » ? Cette annonce est venue rappeler les positions toujours
intransigeantes de l’Etat hébreu et par là avorter tout espoir d’un dégel du
processus de paix qui aurait pu émaner de la visite de Rice. Cette dernière
s’est donc retrouvée contrainte de hausser le ton et de critiquer la poursuite
de la colonisation.
Mme
Rice, qui effectue sa sixième tournée dans la région depuis le début de
l’année, a souligné que la poursuite des travaux de construction dans les
colonies juives des territoires palestiniens risque de porter atteinte au
processus de paix.
« Je
crois, et les Etats-Unis aussi, que les actes commis et les annonces faites ont
un effet négatif sur l’atmosphère des négociations et ce n’est pas ce que nous
voulons », a-t-elle déclaré, assurant que le développement des implantations
juives de Cisjordanie ne préjugeait en rien du tracé des frontières du futur
Etat palestinien.
«
Aucune partie ne devrait prendre de mesure à ce stade qui pourrait porter
préjudice au résultat des négociations. Il doit être clair que les Etats-Unis considéreront
que ces activités (de colonisation) n’auront pas de conséquences sur le statut
final des négociations », a averti Mme Rice. « Le problème, c’est que depuis
Annapolis, il y a eu un niveau d’activité (de colonisation) qui soulève des
questions et ils doivent y répondre », a-t-elle ensuite précisé à Jérusalem au
cours d’une table ronde avec quelques journalistes. « Je ne m’attends
franchement pas à une avancée spectaculaire sur ce sujet », a toutefois répondu
la secrétaire d’Etat, interrogée sur une éventuelle révision des positions
israéliennes en ce qui concerne les colonies.
Entreprise de destruction systématique
Il
s’agit des critiques les plus nettes exprimées par l’Administration américaine
face à la poursuite de la colonisation israélienne en Cisjordanie et à
Jérusalem-Est depuis la réunion internationale d’Annapolis fin novembre. Mme
Rice a averti les Israéliens que les projets et les nouvelles constructions
dans les colonies, qui se sont multipliés ces derniers mois, « ne préoccupaient
pas seulement les Palestiniens et les pays voisins, mais aussi l’Europe ».
Les
propos de Rice ont été précédés par une déclaration du président américain dont
la teneur est que la plupart des Palestiniens veulent eux-mêmes coexister en
paix avec Israël mais sont effectivement découragés par les implantations
israéliennes sur leur territoire.
Le
président palestinien Mahmoud Abbass a de son côté estimé, lors de la
conférence de presse, que la colonisation israélienne représentait « le plus
important obstacle dans le processus de paix».
Pour
sa part, le négociateur palestinien Saëb Ereqat a dénoncé une entreprise de
destruction systématique du processus de paix.
Les
divergences sur le développement des implantations, principal obstacle à la
paix aux yeux de Abbass, qui s’ajoutent aux démêlés judiciaires du premier
ministre israélien Ehud Olmert, fragilisé par une affaire de corruption, ont
durement affecté le processus relancé en novembre à Annapolis sous l’égide de
George Bush.
Côté
israélien, on affirme que les projets immobiliers de Cisjordanie occupée ne
contreviennent en rien à la Feuille de route. « Il est clair pour tout le monde
que les quartiers juifs de Jérusalem resteront partie intégrante d’Israël dans
le cadre de tout accord de paix », a répété dimanche Marc Regev, porte-parole
d’Olmert. Il a de même réaffirmé les positions d’Israël. « Jérusalem c’est
Jérusalem, et la Cisjordanie c’est la Cisjordanie », a-t-il dit.
Il
faisait allusion au fait qu’Israël considère la partie arabe de Jérusalem,
conquise durant la guerre de juin 1967, comme une partie de son territoire et
que les constructions de logements peuvent s’y poursuivre.
La
communauté internationale, y compris les Etats-Unis, n’ont jamais reconnu cette
annexion de Jérusalem-Est, dont les Palestiniens veulent faire la capitale de
leur futur Etat.
Les
Palestiniens, qui veulent Jérusalem-Est pour capitale, jugent, eux, que le
développement des implantations juives les privera de la continuité
territoriale indispensable à la viabilité de leur futur Etat.
Rania Adel