Colonisation Juive.
En réitérant sa volonté de construire de nouvelles colonies
à Jérusalem et de considérer la ville unifiée comme sa
capitale éternelle, Israël lance un défi à la communauté
internationale, dont une Amérique au cœur de l’embarras et
où le dernier mot semble appartenir au lobby sioniste.
L’AIPAC mène le jeu
Une
véritable machine infernale à terrasser la paix. Tel semble
bien être le système israélien en marche. A l’heure où des
efforts et médiations tous azimuts sont déployés et que
l’exécutif américain tente désespérément de parvenir à la
moindre percée avant la fin du mandat du président George W.
Bush, Israël enfonce le clou. Ainsi, il a relancé la semaine
dernière la colonisation à Jérusalem-Est, occupée et
annexée, et délibérément, sans doute à la veille d’une
nouvelle rencontre entre son premier ministre Ehud Olmert et
le président palestinien Mahmoud Abbass.
Un des principaux négociateurs palestiniens, Saeb Eraqat a
aussitôt sévèrement condamné à juste titre cette mesure,
comme « toutes celles qui perpétuent la colonisation ». Et
de préciser : « Les Etats-Unis doivent y mettre un terme. Il
est clair que les efforts de paix vont être affectés par
cela ». Et c’est là où le bât blesse. L’Amérique, la
superpuissance mondiale, celle qui est pratiquement mandatée
par toutes les parties pour trouver une solution ou même une
petite issue, est bien loin de remettre son allié à l’ordre.
Côté israélien, on a jubilé comme pour mieux défier les
Palestiniens et les pays arabes qui, comme l’Egypte, tentent
de parvenir à une accalmie. Ainsi, Mark Regev, porte-parole
du premier ministre Ehud Olmert, a dit que ces constructions
« ne contredisaient nullement le processus de paix,
puisqu’elles étaient prévues dans des quartiers juifs de
Jérusalem qui feront partie intégrante d’Israël dans tout
accord de paix ». Le maire de Jérusalem, Ouri Loupoliansky,
s’est pour sa part félicité de la relance de la construction
à Jérusalem-Est, estimant qu’elle répondait « aux besoins
urgents de logements de la population juive ».
Israël a pour principal but d’assurer sa mainmise sur de
grands blocs d’implantations en Cisjordanie et les quartiers
juifs de Jérusalem, à la faveur d’échanges territoriaux. Un
vrai diktat en quelque sorte. Et l’Etat hébreu, comme il est
d’accoutumée depuis la Nakba, veut imposer le fait accompli
; ainsi, plus de 200 000 Israéliens ont été installés depuis
1967 dans une douzaine de quartiers de colonisation érigés à
Jérusalem-Est.
Pourtant, la célèbre feuille de route, un plan international
de paix lancé en 2003, prévoit notamment la fin des
violences et le gel de la colonisation juive. L’Etat hébreu,
lui, considère l’ensemble de Jérusalem comme sa « capitale
unifiée et éternelle », ce que ne reconnaît pas la
communauté internationale, et reste contraire aux
différentes résolutions internationales. Les provocations se
suivent et se ressemblent : Olmert a affirmé que son pays
exercerait sa souveraineté sur Jérusalem « pour l’éternité
(...). La souveraineté d’Israël sur la Jérusalem historique
et sainte durera pour l’éternité. Jérusalem constitue le
cœur du peuple juif ». Alors que des factions
palestiniennes, à l’exemple du Hamas, sont décriées pour un
langage intégriste qu’on leur prête, voilà, Israël qui a
recours à des arguments tout aussi fondamentalistes.
Passivité américaine
Côté
américain, c’est juste une protestation de pure forme. La
Maison Blanche a mis en garde Israël contre la construction
programmée des 884 logements à Jérusalem-Est indiquant que
la construction de telles colonies « exacerbe les tensions »
avec les Palestiniens. « Notre position sur les colonies est
que nous ne pensons pas que de nouvelles colonies doivent
être construites. Et nous savons que cela exacerbe les
tensions quand il s’agit des négociations avec les
Palestiniens », a déclaré la porte-parole de la Maison
Blanche, Dana Perino.
Les Etats-Unis ont toujours condamné la colonisation et
l’annexion de Jérusalem, mais sans initiative réelle. De
plus, le candidat démocrate Barack Obama, que de nombreux
cercles moyen-orientaux concéderaient comme une sorte
d’espoir pour une politique américaine nouvelle, a estimé
mercredi dernier que Jérusalem devait « rester la capitale
d’Israël » et « demeurer indivisible », lors d’un discours à
Washington devant les délégués de l’American Israel Public
Affairs Council (AIPAC), le principal lobby pro-israélien
aux Etats-Unis. Ce discours du candidat démocrate,
ouvertement favorable à Israël, a ainsi abordé l’un des
dossiers les plus explosifs des pourparlers
israélo-palestiniens dans un point de vue plus royaliste que
le roi. Et Olmert l’a bien ressenti : il s’est empressé de
qualifier les propos du candidat démocrate de « très
émouvants ». « Son apparition était très impressionnante.
Ses mots sur Jérusalem étaient très émouvants », s’est
félicité M. Olmert en proclamant que si « Obama est élu,
nous discuterons avec lui de toutes les questions si et
quand elles sont soulevées ».
Par souci de neutralité, l’ambassadeur d’Israël à Washington
a, lui, fait plus. « Les discours que les trois candidats à
la présidence américaine (Barack Obama, Hillary Clinton pour
les Démocrates et John McCain pour les Républicains) ont
prononcés devant les délégués de l’AIPAC ont été très
importants et très encourageants », a affirmé Dan Meridor à
la Radio publique. Le diplomate a aussi minimisé la portée
des déclarations de M. Obama en rappelant que le « Congrès a
reconnu à plusieurs reprises dans le passé Jérusalem
réunifiée comme capitale d’Israël, alors que
l’Administration américaine faisait preuve de plus de
prudence ». Il faisait ainsi allusion au projet souvent
évoqué par des présidents américains, mais jamais réalisé,
de transférer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. Du
côté palestinien, le président Mahmoud Abbass ainsi que les
islamistes du Hamas ont dénoncé les propos du candidat
démocrate.
« Nous rejetons ces propos. Jérusalem est l’un des dossiers
en cours de négociation. Tout le monde sait parfaitement que
Jérusalem-Est a été occupée en 1967 et nous n’accepterons
pas un Etat sans Jérusalem, cela doit être clair », a
affirmé Mahmoud Abbass. Face à la colère des dirigeants
palestiniens, Obama a mis le lendemain un bémol au soutien
apporté la veille à Israël sur la question de Jérusalem. «
Evidemment, il reviendra aux parties de négocier sur ces
questions. Et Jérusalem fera partie de ces négociations », a
dit le sénateur de l’Illinois sur CNN.
Ahmed
Loutfi