Al-Ahram Hebdo, Visages | Une Cendrillon à sa façon
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 Semaine du 7 au 13 mai 2008, numéro 713

 

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Visages

Animatrice télé, actrice et chanteuse, la jeune Libanaise Razan Maghrabi est une femme-enfant, un caméléon aux multiples professions. Son hyperactivité séduit, mais en dérange aussi beaucoup.

Une Cendrillon à sa façon

Regard parfois sensuel, sourire toujours éclatant, Razan Maghrabi ressemble aux jeunes top-modèles dont les photos ne quittent presque jamais les couvertures de magazines. Son allure juvénile de présentatrice vedette de la télévision révèle les traits d’une femme-enfant. « C’est le hasard qui m’a mené aux médias, je ne savais pas que ça pouvait m’intéresser ». Mais, derrière l’image cathodique d’un physique avenant se cache une véritable « médiaphile », qui porte ses armes dans un univers médiatique impitoyable, où les cadeaux sont rares. Le regard qu’elle jette sur les médias est en fait plein d’amour, mais raisonnable et sans retouches. « Sous les paillettes et les sourires, c’est un monde parfois très violent. Tout marche par relations, mais parfois aussi un vrai talent peut se trouver sur le chemin, à condition d’être plus fort que les pistons ».

C’est au Liban de la guerre civile que Razan Maghrabi a grandi. Tout a commencé sur les bancs de l’école. A l’âge de 13 ans, elle a fait sa première entrée sur scène au théâtre scolaire et trois ans plus tard, elle décide de se consacrer à l’art, sa passion. Parallèlement à ses études en droit, elle suit des cours d’interprétation et d’art dramatique qui lui ont permis à 16 ans de vaincre sa timidité. Sa seule obsession d’alors : devenir comédienne. « Je suis née dans une famille qui respecte la culture. Dans la bibliothèque de mes parents, je trouvais tout genre de livres. J’ai toujours aimé apprendre, notamment les langues », dit cette touche à tout polyglotte qui maîtrise le français, l’anglais, l’arabe et un peu l’italien.

Elle n’a que 16 ans lorsque la chaîne satellite libanaise Al-Mostaqbal (Future TV) l’a choisie pour présenter sa première émission Leil maftouh (nuit sans fin). C’est ainsi qu’elle devient de fil en aiguille la plus jeune présentatrice des télévisions libanaises. Le succès de l’émission fut considérable, ayant duré trois ans et demi. Résultat : elle était déjà lancée dans la vie professionnelle avant d’obtenir son diplôme. « C’était très difficile de faire une émission à cet âge. J’étais une jeune néophyte. A la télé, on vous jette dans l’eau pour savoir si vous savez nager. On ne vous dit rien et on vous laisse faire. Et moi, j’ai misé sur la simplicité et l’originalité », raconte Razan Maghrabi.

C’est cet air naturel et spontané qui a intéressé les spectateurs. D’un coup, la chaîne arabe MBC l’a aidée à sortir de son cocon. Elle se cherche pendant un bout de temps avant d’atteindre son objectif et opter pour le style qui lui convient. D’ailleurs, elle préparait elle-même ses émissions, sans vraiment se considérer journaliste de télévision. Car l’image qu’elle a des gens de la profession n’est pas très positive : « Des personnes parfois imbues d’elles-mêmes, s’estimant dans bien des cas comme les seules capables de réfléchir sur un problème donné ». Alors, elle préfère se présenter en tant qu’une simple animatrice. « A l’époque, je n’avais pas une grande confiance en moi, en dépit du succès ».

Début des années 1990, un tournant majeur. A travers l’émission de variétés Pops and Tops, sur la chaîne MBC, elle connaît une notoriété, diffusant depuis Londres pendant 5 ans. « A Londres, les Arabes ont l’habitude de suivre des émissions au style purement occidental. Alors, j’ai pensé faire une émission combinant le goût oriental et le style occidental. C’était peut-être la recette du succès de Pops and Tops ».

Le succès n’était pas gratuit. Les rumeurs circulaient. D’aucuns ont prétendu par exemple qu’elle était pistonnée, avançant que les sponsors de la chaîne l’imposaient ! On l’a aussi taxée « d’occidentalisée » flirtant naïvement avec l’étranger, au détriment des identités locales. « Ces attaques m’ont dérangé. Etre ouverte d’esprit signifie pour certains que je me prends pour une Occidentale. Or, c’est complètement faux ! ». Les rumeurs la suivent comme son ombre. Des nouvelles sur ses aventures amoureuses ou sur ses combats professionnels trouvent presque quotidiennement leurs places dans les journaux ou sur les sites Internet. Néanmoins, elle ne s’attarde pas trop à y répondre, disant qu’« il faut uniquement travailler et laisser le public juger ». C’est peut-être la raison pour laquelle que dès qu’il est question de sa vie privée, elle se carapace.

Contrairement à plusieurs vedettes qui ont accédé très tôt à la célébrité, Razan Maghrabi a su — dans une certaine mesure — garder les pieds sur terre et rester la jeune fille hyperactive et presque toujours spontanée, ce qui va à l’encontre de son prénom, désignant la femme calme et sereine. Cependant, elle peut être facilement jugée comme artificielle ou maniérée. C’est du moins l’impression qu’elle laisse d’emblée. Razan devient chanteuse et comédienne au fur et à mesure : « Je dois accepter les critiques des autres ainsi que les diverses opinions, même violentes. Car c’est de la folie de vouloir plaire à tout le monde » !

Pour tous ceux qui la connaissent, Razan Maghrabi n’en fait qu’à sa tête. Même avec une popularité grandissante, elle multiplie les efforts, cumule les expériences professionnelles et fait de son mieux pour échapper au « Sois belle et tais-toi ». C’est comme un défi de prouver qu’elle est autre chose qu’une simple jolie femme, en dépit de son look extraverti et sa coquetterie. « Mes amies m’appellent Razan la non stop : que ce soit pour la fluidité de mes idées, la diversité de mes rôles ou même mes rêves artistiques ! Et je suis fière de mon sens de l’organisation ».

Le comédien Ahmad Al-Saqqa lui a conseillé un jour d’être « prête à tout » : une comédie satirique ou une tragédie touchante jusqu’aux larmes, peu importe. Avec Al-Saqqa, elle a partagé la vedette en 2005 dans le film Harb atalia (feux d’artifice). Plus tard, elle a voulu tenter sa chance dans le drame télévisé à travers le rôle d’une jeune fille juive, jouant devant Moustapha Chaabane dans le téléfeuilleton d’espionnage Al-Amil 1001 (l’agent 1 001). « Si j’avais pu faire un autre métier, j’aurais bien aimé être politicienne », dit-elle, ajoutant que l’artiste doit servir la communauté. D’où sa participation fréquente aux campagnes de charité et missions humanitaires au profit du peuple libanais ou d’autres peuples en crise. Elle est également ambassadrice de bonnes intentions pour les malades du Sida au Proche-Orient et l’Afrique du Nord. « Quand on travaille assidûment, on le fait avant tout pour soi-même. Si d’aucuns refusent ce que je présente, je leur souhaite de faire mieux ». Et d’ajouter : « Je suis heureuse d’être choisie par le réalisateur égyptien Ismaïl Abdel-Hafez pour jouer dans son nouveau téléfeuilleton Adda al-nahar (fin de journée). Cela m’a conduit à suivre plusieurs exercices de langue et de jeu, puisque j’incarne le rôle de Safiya, jeune fille égyptienne issue d’un quartier populaire ».

Et la suite ? Razan Maghrabi vient de lancer son premier album de chansons, Enta baqa (toi, donc). Un nouveau domaine, de nouvelles critiques. Elle garde quand même son sang-froid, notamment quand on lui pose des questions du genre : « C’est Haïfa Wahbi que tu essayes d’imiter ou Nanci Agram ? ». Ou quand elle reçoit des pics comme « Qui trop embrasse mal étreint ». Alors, elle lance un sourire de confiance, et riposte : « Je n’embrasse que ce que je peux étreindre ! Je rêve de devenir la vedette du grand écran Soad Hosni, d’être Cendrillon à ma façon ».

La Cendrillon attend son prince charmant. A l’affût d’une histoire d’amour semblable à celles que l’on vit à l’écran. Le glamour d’une star n’empêche d’avoir un cœur qui bat. Que du bonheur en perspective !

Yasser Moheb

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Jalons

19 août ... : Naissance au Liban.

1993 : Nommée meilleure présentatrice libanaise.

2005 : Premier rôle à la télévision dans le feuilleton Al-Amil 1001 (l’agent 1001).

2005 : Premier rôle au cinéma dans le film Harb atalia (feux d’artifice).

2008 : Sortie de sa première cassette Enta baqa (toi, donc).

 

 

 

 




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