Animatrice télé, actrice et chanteuse, la jeune Libanaise
Razan Maghrabi est une
femme-enfant, un caméléon aux multiples professions. Son
hyperactivité séduit, mais en dérange aussi beaucoup.
Une Cendrillon à sa façon
Regard parfois sensuel, sourire toujours éclatant, Razan
Maghrabi ressemble aux jeunes top-modèles dont les photos ne
quittent presque jamais les couvertures de magazines. Son
allure juvénile de présentatrice vedette de la télévision
révèle les traits d’une femme-enfant. « C’est le hasard qui
m’a mené aux médias, je ne savais pas que ça pouvait
m’intéresser ». Mais, derrière l’image cathodique d’un
physique avenant se cache une véritable « médiaphile », qui
porte ses armes dans un univers médiatique impitoyable, où
les cadeaux sont rares. Le regard qu’elle jette sur les
médias est en fait plein d’amour, mais raisonnable et sans
retouches. « Sous les paillettes et les sourires, c’est un
monde parfois très violent. Tout marche par relations, mais
parfois aussi un vrai talent peut se trouver sur le chemin,
à condition d’être plus fort que les pistons ».
C’est au Liban de la guerre civile que Razan Maghrabi a
grandi. Tout a commencé sur les bancs de l’école. A l’âge de
13 ans, elle a fait sa première entrée sur scène au théâtre
scolaire et trois ans plus tard, elle décide de se consacrer
à l’art, sa passion. Parallèlement à ses études en droit,
elle suit des cours d’interprétation et d’art dramatique qui
lui ont permis à 16 ans de vaincre sa timidité. Sa seule
obsession d’alors : devenir comédienne. « Je suis née dans
une famille qui respecte la culture. Dans la bibliothèque de
mes parents, je trouvais tout genre de livres. J’ai toujours
aimé apprendre, notamment les langues », dit cette touche à
tout polyglotte qui maîtrise le français, l’anglais, l’arabe
et un peu l’italien.
Elle n’a que 16 ans lorsque la chaîne satellite libanaise
Al-Mostaqbal (Future TV) l’a choisie pour présenter sa
première émission Leil maftouh (nuit sans fin). C’est ainsi
qu’elle devient de fil en aiguille la plus jeune
présentatrice des télévisions libanaises. Le succès de
l’émission fut considérable, ayant duré trois ans et demi.
Résultat : elle était déjà lancée dans la vie
professionnelle avant d’obtenir son diplôme. « C’était très
difficile de faire une émission à cet âge. J’étais une jeune
néophyte. A la télé, on vous jette dans l’eau pour savoir si
vous savez nager. On ne vous dit rien et on vous laisse
faire. Et moi, j’ai misé sur la simplicité et l’originalité
», raconte Razan Maghrabi.
C’est cet air naturel et spontané qui a intéressé les
spectateurs. D’un coup, la chaîne arabe MBC l’a aidée à
sortir de son cocon. Elle se cherche pendant un bout de
temps avant d’atteindre son objectif et opter pour le style
qui lui convient. D’ailleurs, elle préparait elle-même ses
émissions, sans vraiment se considérer journaliste de
télévision. Car l’image qu’elle a des gens de la profession
n’est pas très positive : « Des personnes parfois imbues
d’elles-mêmes, s’estimant dans bien des cas comme les seules
capables de réfléchir sur un problème donné ». Alors, elle
préfère se présenter en tant qu’une simple animatrice. « A
l’époque, je n’avais pas une grande confiance en moi, en
dépit du succès ».
Début des années 1990, un tournant majeur. A travers
l’émission de variétés Pops and Tops, sur la chaîne MBC,
elle connaît une notoriété, diffusant depuis Londres pendant
5 ans. « A Londres, les Arabes ont l’habitude de suivre des
émissions au style purement occidental. Alors, j’ai pensé
faire une émission combinant le goût oriental et le style
occidental. C’était peut-être la recette du succès de Pops
and Tops ».
Le succès n’était pas gratuit. Les rumeurs circulaient.
D’aucuns ont prétendu par exemple qu’elle était pistonnée,
avançant que les sponsors de la chaîne l’imposaient ! On l’a
aussi taxée « d’occidentalisée » flirtant naïvement avec
l’étranger, au détriment des identités locales. « Ces
attaques m’ont dérangé. Etre ouverte d’esprit signifie pour
certains que je me prends pour une Occidentale. Or, c’est
complètement faux ! ». Les rumeurs la suivent comme son
ombre. Des nouvelles sur ses aventures amoureuses ou sur ses
combats professionnels trouvent presque quotidiennement
leurs places dans les journaux ou sur les sites Internet.
Néanmoins, elle ne s’attarde pas trop à y répondre, disant
qu’« il faut uniquement travailler et laisser le public
juger ». C’est peut-être la raison pour laquelle que dès
qu’il est question de sa vie privée, elle se carapace.
Contrairement à plusieurs vedettes qui ont accédé très tôt à
la célébrité, Razan Maghrabi a su — dans une certaine mesure
— garder les pieds sur terre et rester la jeune fille
hyperactive et presque toujours spontanée, ce qui va à
l’encontre de son prénom, désignant la femme calme et
sereine. Cependant, elle peut être facilement jugée comme
artificielle ou maniérée. C’est du moins l’impression
qu’elle laisse d’emblée. Razan devient chanteuse et
comédienne au fur et à mesure : « Je dois accepter les
critiques des autres ainsi que les diverses opinions, même
violentes. Car c’est de la folie de vouloir plaire à tout le
monde » !
Pour tous ceux qui la connaissent, Razan Maghrabi n’en fait
qu’à sa tête. Même avec une popularité grandissante, elle
multiplie les efforts, cumule les expériences
professionnelles et fait de son mieux pour échapper au «
Sois belle et tais-toi ». C’est comme un défi de prouver
qu’elle est autre chose qu’une simple jolie femme, en dépit
de son look extraverti et sa coquetterie. « Mes amies
m’appellent Razan la non stop : que ce soit pour la fluidité
de mes idées, la diversité de mes rôles ou même mes rêves
artistiques ! Et je suis fière de mon sens de l’organisation
».
Le comédien Ahmad Al-Saqqa lui a conseillé un jour d’être «
prête à tout » : une comédie satirique ou une tragédie
touchante jusqu’aux larmes, peu importe. Avec Al-Saqqa, elle
a partagé la vedette en 2005 dans le film Harb atalia (feux
d’artifice). Plus tard, elle a voulu tenter sa chance dans
le drame télévisé à travers le rôle d’une jeune fille juive,
jouant devant Moustapha Chaabane dans le téléfeuilleton
d’espionnage Al-Amil 1001 (l’agent 1 001). « Si j’avais pu
faire un autre métier, j’aurais bien aimé être politicienne
», dit-elle, ajoutant que l’artiste doit servir la
communauté. D’où sa participation fréquente aux campagnes de
charité et missions humanitaires au profit du peuple
libanais ou d’autres peuples en crise. Elle est également
ambassadrice de bonnes intentions pour les malades du Sida
au Proche-Orient et l’Afrique du Nord. « Quand on travaille
assidûment, on le fait avant tout pour soi-même. Si d’aucuns
refusent ce que je présente, je leur souhaite de faire mieux
». Et d’ajouter : « Je suis heureuse d’être choisie par le
réalisateur égyptien Ismaïl Abdel-Hafez pour jouer dans son
nouveau téléfeuilleton Adda al-nahar (fin de journée). Cela
m’a conduit à suivre plusieurs exercices de langue et de
jeu, puisque j’incarne le rôle de Safiya, jeune fille
égyptienne issue d’un quartier populaire ».
Et la suite ? Razan Maghrabi vient de lancer son premier
album de chansons, Enta baqa (toi, donc). Un nouveau
domaine, de nouvelles critiques. Elle garde quand même son
sang-froid, notamment quand on lui pose des questions du
genre : « C’est Haïfa Wahbi que tu essayes d’imiter ou Nanci
Agram ? ». Ou quand elle reçoit des pics comme « Qui trop
embrasse mal étreint ». Alors, elle lance un sourire de
confiance, et riposte : « Je n’embrasse que ce que je peux
étreindre ! Je rêve de devenir la vedette du grand écran
Soad Hosni, d’être Cendrillon à ma façon ».
La Cendrillon attend son prince charmant. A l’affût d’une
histoire d’amour semblable à celles que l’on vit à l’écran.
Le glamour d’une star n’empêche d’avoir un cœur qui bat.
Que du bonheur en perspective !
Yasser Moheb