Education . Pour la
première fois, les élèves disposent de la possibilité de réviser sur leur
ordinateur. Leurs travaux sont pilotés par un enseignant online, qui dirige les
leçons, les exercices, et donne des explications complémentaires. Un moyen qui
attire de plus en plus les familles.
Le professeur virtuel arrive
Le
cours commence par un enchaînement direct avec des exercices de vocabulaire
sous des formes plus ou moins ludiques, puis de la grammaire et de la
conjugaison. Il suffit d’un clic pour que le programme apparaisse. Une voix
explique la leçon du jour et les différents types d’exercices. Le principe est
simple : le professeur s’exprime dans un microphone et son discours anime
l’écran. Pas question, pour Hassan, élève, de s’accorder une pause, sinon la
session se déconnecte. Le professeur virtuel intervient régulièrement pour
s’assurer que la leçon a été comprise avant de passer au chapitre suivant. Et
s’il constate que Hassan a levé le doigt en appuyant sur une touche, il
n’hésite pas à répéter le paragraphe et donne à son étudiant des exercices pour
tester s’il a bien compris. Ces exercices sont surveillés en permanence : le
professeur suit Hassan, mais aussi d’autres élèves qui sont en ligne. Un cours
en live comme en classe. « Je ne me sens pas seul. C’est comme si j’étais en
classe, face à un tableau et que le professeur est en train d’expliquer sa
leçon. Il y a toujours une réaction. Ce professeur virtuel répond à toutes nos
questions, nous fait participer au cours et nous demande d’accélérer quand il
constate que le sujet a été bien assimilé. Bref, je travaille comme avec un
prof réel », explique Hassan, élève en cinquième primaire, tout en ajoutant que
même les absences sont enregistrées à travers le courrier électronique.
En
effet, la conception du professeur online est tout à fait nouvelle.
Une
société spécialisée dans l’enseignement via Internet s’est lancée tout
récemment dans ce procédé en tablant sur les techniques les plus récentes. Pour
la première fois, les élèves des écoles, à commencer par la 4e primaire
jusqu’au bac, peuvent apprendre et réviser sur leur ordinateur, et leurs
travaux sont pilotés par un professeur virtuel, online. Ce dernier reste à la
disposition de l’étudiant sept jours sur sept, mais à des heures bien précises
et suivant les matières. www.Ostaz Online.com. Un site qui a réussi à gagner la
confiance de beaucoup d’élèves, à leur présenter une méthode d’enseignement
plus divertissante. « Si vous rencontrez des problèmes dans vos études, cliquez
sur 19719 , un professeur online vous aidera à comprendre ces détails plus
facilement », un slogan utilisé par Ostaz Online (professeur en direct), un
site réputé pour ce genre de service très en vogue actuellement. « Lorsqu’on
l’a créé en 2004, le nombre d’élèves n’était pas important. On a commencé par
des annonces publicitaires, mais on a préféré informer les gens par téléphone. Alors
qu’on ne comptait que 500 élèves, le chiffre est passé aujourd’hui à 7 000 »,
explique Ahmad Chaarawi, contrôleur de qualité dans cette société, tout en
ajoutant que c’était le seul moyen pour alléger les souffrances des familles.
Une
fois l’inscription faite ainsi que le payement, l’élève reçoit un email qui
contient des indications et une brève description des programmes. Selon lui, ce
système va de plus en plus se répandre pour être ensuite appliqué par les
universitaires, surtout que les prix des cours sont abordables. L’objectif du
professeur virtuel est double : il veille à ce que l’étudiant comprenne
correctement sa leçon et, parallèlement, il fait en sorte que l’apprentissage
se déroule de façon efficace, tout en profitant des nouvelles technologies. Le
contact entre le professeur virtuel et son élève s’établit automatiquement au
moment où l’étudiant se branche.
Un procédé en vogue
« Nous
présentons quatre cours par semaine, le coût dépend de la matière, du niveau de
l’élève et de la langue utilisée en cours. Par exemple, il faut compter une
soixantaine de L.E. par mois pour des cours de sciences en anglais avec en plus
la possibilité de revoir le cours plusieurs fois si les élèves ont mal compris
», précise Ahmad. Un soulagement matériel pour les familles qui se saignent aux
quatre veines pour que leurs enfants réussissent.
Autrement
dit, le stress atteint son paroxysme à l’approche des examens de fin d’année. Les
parents sont mobilisés et les jeunes ne savent plus où donner de la tête avec
les cours particuliers. Cependant, la flexibilité des leçons virtuelles
intéressent beaucoup d’élèves. On les rencontre partout, dans le métro, les
cafés et les clubs, les yeux fixés sur leur ordinateur portable, en train de
réviser à n’importe quel moment de la journée. Grâce à cette technique,
l’étudiant travaille quand il veut, tant qu’il veut, chez lui ou à n’importe
quel endroit où il se trouve. Il suffit qu’il dispose d’Internet. Il progresse
suivant ses besoins, rapidement ou moins vite, et il est le seul à décider de
ses heures de révision. Quant au professeur virtuel, il est à son entière
disposition, mais à des heures précises, prêt à réagir dès que l’élève
manifeste son désir de travailler. Samir, en 1re secondaire, nous confie
qu’avec cette méthode, il peut au moins sortir de la maison, s’attabler dans un
café sans être retardé dans ses révisions. « C’est nettement plus pratique que
de prendre des cours particuliers, perdre mon temps dans les transports et
arriver exténué au point de ne pouvoir me concentrer sur ma leçon. Dans un
café, je suis plus détendu, je casse la routine et cela me permet de mieux
réviser », souligne Samir. Et d’ajouter : « L’ordinateur, c’est mon passe-temps
favori et voilà que je m’en sers pour mes études. Depuis que je me promène
partout avec mon ordinateur, je me sens moins stressé et je travaille à mon
rythme ». Quant à Gamila, mère de deux enfants, l’un en 1re primaire et l’autre
en cinquième primaire, elle est entièrement satisfaite du nouveau procédé qui
donne l’occasion à ses enfants de découvrir pour la première fois des leçons
virtuelles. L’enfant bénéficie des avantages de l’Internet, mais découvre aussi
les atouts de la nouvelle technologie qui le font sortir du système
traditionnel. « J’ai moins de déplacements à faire et je suis tranquille, car
il est devant moi. Au moins, je sais à quel moment il a compris ou pas, car je
ne le quitte pas des yeux », dit Gamila, qui renforce ces cours par des leçons
particulières, étant donné que son aîné a des difficultés d’assimilation.
Cependant,
d’autres mamans ne sont pas de son avis. Il est vrai que ce nouveau procédé
d’enseignement dépend de beaucoup de facteurs personnels, dont le talent de
l’étudiant, sa disponibilité et sa volonté d’apprendre. Nagwa, femme au foyer
et mère de trois enfants, préfère la méthode classique. Elle pense que la
présence d’un professeur est indispensable. Alaa Abdallah, professeur, considère
que ce procédé ne pourra jamais remplacer le professeur traditionnel, ni le
détrôner, car les étudiants ont besoin d’un professeur en chair et en os. « Ce
dernier encourage ses élèves et leur donne un coup de pouce moral, même s’ils
n’ont pas envie de travailler. Alors que le professeur virtuel ne peut rappeler
l’élève à l’ordre. Le suivi des élèves permet à l’enseignant de décider du
programme de rattrapage », dit-il, tout en assurant que cette nouvelle méthode
peut servir aux élèves du cycle primaire et non pas du préparatoire ou du bac
où les études deviennent plus difficiles. De plus, certains parents assurent
que ce genre de leçons virtuelles a ouvert la porte à la mafia des cours
particuliers. « Certains enseignants ne ratent pas l’occasion de passer des
annonces publicitaires sur des sites, faisant croire qu’ils sont en mesure de
rendre publics les sujets d’examens contre des sommes d’argent. Un moyen de
soudoyer les étudiants qui ne tarderont pas à découvrir la supercherie »,
conclut Karim, un père qui remet en cause cette méthode, selon lui, peu
efficace.
Chahinaz Gheith