Lorsque la terre ne tremble pas en
Palestine
Wahid Abdel-Méguid
L’accalmie
proposée au Hamas n’est pas uniquement destinée à sauver les Palestiniens de
l’embargo qui les étouffe, mais elle est une occasion d’activer la résistance
contre l’occupation. Cependant, elle intervient à un moment où ni le mouvement
du Hamas, ni la plupart des factions palestiniennes ne sont à la hauteur de
réviser et de réévaluer la performance de la résistance. D’autant plus que
cette réévaluation est une question de vie ou de mort pour la cause
palestinienne et la lutte armée qui se trouvent dans une impasse obscure,
surtout en l’absence d’une quelconque lutte civile. Il est possible que cette
accalmie soit l’accès à l’activation de la résistance civile après qu’il a été
prouvé que l’action militaire n’a pas ébranlé l’occupation.
Les
incessants cris de vengeance dont regorge le discours de la résistance
palestinienne, voilà 10 ans, ont joué la carte de la nécessité de secouer
l’occupation et de faire trembler la terre sous ses godillots. Ce discours de
vengeance a été lié au recul de l’action palestinienne qui s’est cantonnée tout
simplement à réagir face au terrorisme abject de l’Etat hébreu. La machine
d’oppression israélienne a réussi à investir pour son compte la confusion dans
les esprits du monde entier entre les opérations de commandos et l’action de la
résistance qui a été dénuée de la vision et de la vigilance nécessaire. Cette
dernière a été incapable de convaincre le monde que la résistance est un droit
élémentaire que le devoir de lutte contre le terrorisme caché sous des
appellations islamistes ne doit pas annuler.
Et le
résultat dont nous sommes témoins aujourd’hui a été la transformation de la
résistance en des actes sporadiques non organisés commis par des groupes de
combattants fermés qui se sont détachés de leur peuple. Ce qui a bien sûr
graduellement éloigné toutes les factions palestiniennes, y compris le Hamas,
de la cause noble. L’un des témoignages les plus connus sur cet état de
faits fut celui de Ghazi Hamad, le porte-parole du gouvernement du Hamas et
l’un des proches de son président, Ismaïl Hanniya, publié dans le journal
palestinien Al-Ayam, dans l’édition du 26 août 2006. C’est-à-dire 10 mois avant
l’escalade du conflit militaire entre son mouvement et le Fatah. Il a déclaré
que les factions de la résistance sont devenues de simples manifestations de
force des différentes factions palestiniennes et que certains de leurs membres
se dandinent dans les rues, pour reprendre ses propos. Il a également dit que
les deux grandes factions se sont préoccupées à s’entre-tuer au lieu de
résister à l’ennemi. Il a signalé qu’à ce moment-là, ceux qui prétendent faire
face à l’ennemi se contentent uniquement de lancer les cris menaçant de faire
trembler la terre sous les pieds de l’occupant. Cependant, d’habitude, le
tremblement de terre qu’ils menacent de provoquer se solde par de fragiles
actions de militantisme, que les gens détectent à peine. Il est vrai que
certaines d’entre elles comportent des opérations héroïques, mais ces dernières
restent cependant inférieures en nombre, voire même rares si l’on les compare
aux opérations non organisées qui ont lieu fréquemment. Ces dernières se
limitent actuellement au lancement de missiles primitifs fabriqués dans de
petits ateliers pour la première fois en septembre 2001 dans le cadre de la
militarisation du soulèvement d’Al-Aqsa.
Les rares opérations des feddayins
ou commandos exécutées n’ont pas changé l’image stéréotype négative que le
monde entier connaît de la résistance militaire palestinienne et qu’il
considère une des marques d’Al-Qaëda.
Les dommages de cet aspect non
organisé de la résistance militaire ces 7 dernières années ne se limitent pas à
ce qui a été précédemment mentionné. Mais ils sont allés plus loin et ont permis
à Israël de construire le fameux mur et d’isoler Jérusalem et environ 10 % de
la superficie de la Cisjordanie. L’un des résultats a été également la
séparation entre la Cisjordanie et Gaza et le déploiement des centaines de
barrages militaires, l’installation d’un réseau routier et de transports pour
servir exclusivement les colons. En d’autres termes, Israël a réussi à
instaurer un système d’apartheid.
Ainsi, la faillite des factions
militaires a été dévoilée en l’absence de possibilités d’une résurrection
immédiate de la résistance civile qui repose sur la participation de toutes les
catégories du peuple et non pas uniquement sur des jeunes capables de porter
des armes ou les membres des différentes factions.
La différence entre la résistance
armée et civile ne se situe pas uniquement dans les moyens utilisés, elle se
rapporte également à la participation même. La résistance civile est ouverte à
tous, hommes, femmes et enfants, toutes catégories et tout âge confondus, et
n’est pas réservée uniquement à une minorité. D’ailleurs, c’étaient les femmes
et les enfants le fer de lance de l’Intifada de 1987 qui a réimposé avec force
la cause palestinienne sur l’agenda international.
L’Intifada de 1987 a réussi à
faire trembler la terre avec force en dessous des Israéliens comme jamais
auparavant. Il faut savoir cependant que la terre ne tremble pas en réaction
aux voix vindicatives qui reflètent le manque de conscience et de moyens des
personnes qui les lancent sur la nature du conflit. Nous partageons avec cet
ennemi un long conflit historique et une cause de droit et d’équité. La cause
n’est pas une question de vengeance ou de course de tueries réciproques dans
laquelle nous cherchons de prendre la revanche de nos martyrs. Il est temps de ressusciter l’esprit de
l’Intifada de la fin des années 1980 et des mouvements populaires organisés.
Ceci nécessite de former un commandement pour la résistance civile qui
planifie, coordonne, distribue les rôles et détermine les contours de la lutte
sur le terrain. Cette dernière doit être à même de reformuler la balance des
forces qui a connu un déséquilibre au profit de l’occupation et de ses
pratiques terroristes.
Ceci ne veut pas dire jeter les
armes, mais surtout geler leur usage. Car, il est possible qu’on les utilise
dans une étape ultérieure. Mais actuellement, il n’y a pas d’alternatives à la
résistance civile si nous voulons sauver la cause palestinienne qui s’évapore
jour après jour. Lorsque l’arme échoue à faire trembler la terre sous les
godillots de l’occupation, il devient nécessaire de lancer un mouvement
populaire. Un mouvement qui a prouvé à la fin des années 1980 qu’il détenait
des capacités de résistance plus coriaces que les armes.