Comment Sarkozy a-t-il perdu
la confiance des Français ?
Mohamed Salmawy
C
e
qui a le plus attiré mon attention, lors d’une visite éclair
à Paris, c’est la chute rapide de la popularité du président
français Nicolas Sarkozy. Le Parisien a publié récemment
dans un sondage d’opinions un avis selon lequel parmi les l
7 présidents au fil des 50 dernières années, Sarkozy serait
le moins populaire.
Ces événements peuvent apparaître comme une évolution
bizarre pour le visiteur étranger qui s’est absenté quelques
mois à propos d’un président qui a remporté le siège
présidentiel à une majorité écrasante. Sa popularité était
d’ailleurs montée d’un cran avec son entrée à l’Elysée grâce
aux mesures radicales qu’il avait entreprises et les
déclarations audacieuses qu’il avait faites.
Sarkozy
a réalisé dans les élections du 6 mai 2007 une réussite sans
précédent face à ses concurrents. Ce qui lui a valu
l’accession à l’Elysée à une majorité susceptible de lui
permettre d’entreprendre les politiques qu’il désire. Le
nouveau président était attaché à apporter la plus grande
part d’unanimité nationale vis-à-vis de ses politiques. Pour
la première fois, il a rallié un certain nombre de symboles
de l’opposition, dont Bernard Kouchner, l’un des vétérans du
Parti socialiste concurrent et auquel il a confié le
portefeuille des Affaires étrangères. Il a également intégré
dans le gouvernement un grand nombre de femmes, dont les
parents sont des immigrés, comme Rachida Dati, ministre de
la Justice aux origines marocaines.
Ainsi Sarkozy a-t-il débuté son mandat avec l’appui de tout
l’Etat. Il a accordé une grande importance à la Constitution
européenne qui a été préalablement refusée par l’opinion
publique lors d’un référendum effectué au cours du mandat de
Chirac. Sarkozy a réussi à trouver une nouvelle formule
susceptible d’attirer l’approbation du peuple français quant
à la Constitution. Ainsi a-t-il réussi à résoudre l’un des
plus importants problèmes que le pays affrontait dans sa
relation avec l’Union européenne.
Toujours au niveau de la politique étrangère, Sarkozy a pris
en charge d’orienter la politique de la France vers les
Etats-Unis. Il a pris des positions plutôt pro-israéliennes.
Il a renoncé ainsi à la position française traditionnelle à
l’égard d’Israël et qui consistait à adopter une attitude
plus objective à l’égard du conflit arabo-israélien.
Au même moment, Sarkozy a proposé son projet aux contours
indéfinis qui fait l’objet de différend, pour mettre en
place un rassemblement des pays de la Méditerranée. Les
Arabes ont vu dans ce projet une tentative de trouver un
nouveau système régional permettant l’intégration d’Israël,
et ce comme alternative à un rassemblement arabe et au
système de la Ligue arabe.
Sarkozy est actuellement en train de se préparer pour le
sommet fondateur de l’Union pour la Méditerranée auquel il a
appelé, alors sa popularité a atteint son degré le plus bas,
soit 36 %. C’est d’ailleurs un taux sans précédent pour les
présidents, surtout une année après leur investiture.
Sur le plan interne, j’ai remarqué personnellement la hausse
des prix, bien que ma dernière visite datait de quelques
mois uniquement. Chose en parfaite contradiction avec les
promesses de Sarkozy durant la campagne électorale
concernant l’augmentation des revenus. D’ailleurs, l’un des
slogans qu’il brandissait lors de sa campagne était le
suivant « Celui qui travaillera plus, gagnera plus ».
Aujourd’hui, la plainte est généralisée sur l’inexistence
d’offres d’emploi, et la première plainte qui devance celle
du chômage est devenue la hausse des prix des denrées
alimentaires.
Ceci est intervenu au moment où le président français est
apparu préoccupé par sa vie privée plus que par les
questions d’ordre public. Les journaux et les médias
regorgeaient d’histoires sur son divorce de son épouse
Cécilia et son histoire d’amour avec Carla Bruni, le
mannequin qui est devenue chanteuse et qui avait eu
auparavant des relations avec des personnalités françaises
et non-françaises.
Bien que le peuple français ne s’arrête pas beaucoup devant
les détails de la vie privée de ses présidents, il reste
qu’il a senti que Sarkozy était plus préoccupé par sa vie
privée que par les questions d’ordre public. On peut
signaler également le penchant de Sarkozy pour tout ce qui
est luxueux. Ceci parait clairement dans ses photos à bord
des yachts sur les plus belles plages du monde. Ces photos
sont intervenues au moment où les plaintes sur la cherté de
vie s’accentuent chez les Français et que la pauvreté
gagnait en profondeur. Des incidents qui ont gravement porté
atteinte à son image de marque auprès des gens.
Certains pourraient mentionner que l’ancien président
François Mitterrand avait une maîtresse qui a mis au monde
sa fille illégitime Mazarine. La presse avait dévoilé cette
histoire pendant son investiture. Cependant, ceci n’a pas
influencé la position de Mitterrand en tant que le plus
important président français après Charles de Gaulle et n’a
pas secoué sa popularité.
Ainsi l’histoire de Sarkozy avec Carla Bruni qu’il a épousée
par la suite et celle de son divorce de Cécilia ne sont pas
responsables en elles-mêmes du recul de sa popularité ou de
l’atteinte de son image de marque chez les Français. Mais ce
sont surtout le peu d’intérêt manifesté par le président
envers les maux des gens et son repli sur sa vie privée.
Les prémices du désenchantement français envers Sarkozy se
sont manifestées durant les dernières élections municipales
dans lesquelles un flagrant échec a été infligé à son parti,
contredisant sur toute la ligne la réussite écrasante qu’il
avait réalisée une année et demie plus tôt.
Lorsque j’étais en France, un nombre de sondages ont été
publiés à l’occasion du premier anniversaire de
l’investiture de Sarkozy. Dans l’un d’eux, 6 personnes sur
10 considéraient le mandat de Sarkozy comme un échec, moins
d’un an après son élection.
De même, Le Figaro, qui soutenait Sarkozy dans sa campagne
électorale, a titré « Annos horribles » (année horrible). On
peut voir également dans les librairies des livres qui
attaquent la politique de Sarkozy.
Probablement, le quotidien Le Monde a été l’un des journaux
ayant exprimé le mieux l’opinion publique lorsqu’il a titré
à sa une « Beaucoup de Nicolas, peu de Sarkozy ». Ceci pour
dire que Sarkozy est plus intéressé par ses affaires
privées. On pouvait également lire que le président a perdu
la confiance qu’il avait gagnée aux élections sans
introduire le changement qu’il a promis sur le plan
économique.