Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | La rébellion renaît de ses cendres
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 Semaine du 7 au 13 mai 2008, numéro 713

 

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Yémen. Victime d’une série d’attentats depuis plusieurs semaines, la tension politique laisse entrevoir que les négociations de paix entre le gouvernement sunnite et les rebelles chiites sont sérieusement remises en cause.

La rébellion renaît de ses cendres

Alors que les négociations se poursuivent en vue de régler le conflit entre la rébellion chiite et les forces gouvernementales, de nouveaux affrontements ont éclaté dimanche entre l’armée et les rebelles faisant une dizaine de morts du côté rebelles. Ces affrontements interviennent juste après l’attentat survenu dans la ville de Saada, près d’une mosquée faisant 18 morts et au moins 45 blessés, parmi lesquels de nombreux officiers yéménites, vendredi dernier.

Cet attentat, le dernier en date, est le deuxième que le pays a rencontré cette semaine, après le double attentat à la voiture piégée à Sanaa, visant la direction des douanes située proche de l’ambassade d’Italie. Celui-ci n’ayant pour sa part fait aucune victime. Par ailleurs, des affrontements ont également éclaté entre mardi et jeudi soir entre partisans rebelles et les autorités, entraînant la mort de plusieurs soldats yéménites. Les autorités gouvernementales et les rebelles chiites s’accusent mutuellement de vouloir saboter les efforts de paix entrepris, et chacun dénonce la responsabilité de cet attentat.

Les autorités qui attribuent cet attentat aux rebelles chiites très actifs dans cette région et partisans de Abdoul-Malik Al-Houti ont procédé à plusieurs interpellations qui impliqueraient directement la faction rebelle chiite, bien que ces derniers n’aient pas revendiqué cette attaque. « Les terroristes criminels adeptes du terroriste Abdoul-Malik Al-Houti sont derrière ce crime horrible », a dénoncé un responsable du ministère de l’Intérieur, à l’agence officielle Saba. Abdoul-Malik Al-Houti a, de son côté, nié toute implication accusant les autorités de vouloir saboter les efforts de paix entrepris. « Nous critiquons et condamnons ce regrettable incident (...). Nous démentons complètement tout rôle dans cet incident. Nous croyons que quelqu’un tente de déclencher une guerre et de déjouer tous les efforts de paix grâce à ces incidents (...). La véritable cible de ces incidents, c’est nous, la population de Saada », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision Al-Jazeera. Selon Al-Houti, il est surprenant que cette attaque ait eu lieu dans un endroit où la sécurité est plus que prépondérante. « Il y a d’étroites mesures de sécurité autour de cette mosquée et plus généralement du quartier (...). Comment cet incident a-t-il donc pu arriver ? », a-t-il fait remarquer.

La mosquée Salman, réputée pour sa forte fréquentation par les soldats yéménites, et dirigée par l’imam Askar Zaayl, qui n’est autre que le chef de cabinet de Ali Mohsen, responsable militaire de la région nord, est selon les autorités la raison pour laquelle elle a été la cible des rebelles.

Saada, bastion du chiisme

Située dans le nord du Yémen, la province de Saada est située à quelque 200 km de la capitale yéménite, Sanaa. Cette province montagneuse et pauvre est considérée comme le fief de cette rébellion, où les combats avec les forces gouvernementales ont fait des milliers de morts depuis 2004.

Les rebelles, issus de la minorité chiite, dénoncent le parti pris pro-américain du régime sunnite du président Ali Abdallah Saleh. Très hostiles au rapprochement et par conséquent à la coopération sur les questions de sécurité entre les Etats-Unis et le Yémen depuis les attentats du 11 septembre 2001, les rebelles ne se déterminent pourtant pas comme un groupe proche du mouvement sunnite d’Al-Qaëda.

Alors que la rébellion affirme défendre les villages contre toute agression gouvernementale, le gouvernement, lui, les accuse de vouloir rétablir le régime islamique qui prévalait dans le pays dans les années 1960. En effet, ces croyants chiites qui portent aussi l’appellation de « Houtistes » aspirent au retour de l’imamat zaïdite, renversé par un coup d’Etat militaire en 1962.

Le zaïdisme, qui n’est autre qu’une branche du chiisme, est minoritaire au Yémen, pays à majorité sunnite, mais reste pourtant majoritaire dans le nord-ouest du pays. A l’origine, ce mouvement était dirigé par Hussein Badreddine Al-Houti, tué par l’armée en 2004, date à laquelle la rébellion a commencé.

En dépit des efforts de médiation du Qatar, Saada est régulièrement le théâtre d’affrontements entre les rebelles et les autorités. Depuis juin 2007, le Qatar, qui détient le rôle de médiateur dans ce conflit, était parvenu à faire accepter un cessez-le-feu et à convaincre les rebelles de désarmer leurs groupes dans ce conflit qui a fait plusieurs milliers de morts depuis 2004.

Mais force est de constater que ce cessez-le-feu est plus que jamais aujourd’hui obsolète aux vues des heurts et des attentats qui ne cessent de secouer le pays.

En effet, le Yémen reste la cible d’attentats et d’attaques en tous genres et visant très souvent les Occidentaux. Ces attentats, pour beaucoup, sont revendiqués par l’organisation d’Al-Qaëda, dirigée par Ossama bin Laden, originaire lui-même du Yémen.

Lynda Kartout

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