Yémen.
Victime d’une série d’attentats depuis plusieurs semaines,
la tension politique laisse entrevoir que les négociations
de paix entre le gouvernement sunnite et les rebelles
chiites sont sérieusement remises en cause.
La rébellion renaît de ses cendres
Alors que les négociations se poursuivent en vue de régler
le conflit entre la rébellion chiite et les forces
gouvernementales, de nouveaux affrontements ont éclaté
dimanche entre l’armée et les rebelles faisant une dizaine
de morts du côté rebelles. Ces affrontements interviennent
juste après l’attentat survenu dans la ville de Saada, près
d’une mosquée faisant 18 morts et au moins 45 blessés, parmi
lesquels de nombreux officiers yéménites, vendredi dernier.
Cet attentat, le dernier en date, est le deuxième que le
pays a rencontré cette semaine, après le double attentat à
la voiture piégée à Sanaa, visant la direction des douanes
située proche de l’ambassade d’Italie. Celui-ci n’ayant pour
sa part fait aucune victime. Par ailleurs, des affrontements
ont également éclaté entre mardi et jeudi soir entre
partisans rebelles et les autorités, entraînant la mort de
plusieurs soldats yéménites. Les autorités gouvernementales
et les rebelles chiites s’accusent mutuellement de vouloir
saboter les efforts de paix entrepris, et chacun dénonce la
responsabilité de cet attentat.
Les autorités qui attribuent cet attentat aux rebelles
chiites très actifs dans cette région et partisans de
Abdoul-Malik Al-Houti ont procédé à plusieurs
interpellations qui impliqueraient directement la faction
rebelle chiite, bien que ces derniers n’aient pas revendiqué
cette attaque. « Les terroristes criminels adeptes du
terroriste Abdoul-Malik Al-Houti sont derrière ce crime
horrible », a dénoncé un responsable du ministère de
l’Intérieur, à l’agence officielle Saba. Abdoul-Malik
Al-Houti a, de son côté, nié toute implication accusant les
autorités de vouloir saboter les efforts de paix entrepris.
« Nous critiquons et condamnons ce regrettable incident
(...). Nous démentons complètement tout rôle dans cet
incident. Nous croyons que quelqu’un tente de déclencher une
guerre et de déjouer tous les efforts de paix grâce à ces
incidents (...). La véritable cible de ces incidents, c’est
nous, la population de Saada », a-t-il déclaré à la chaîne
de télévision Al-Jazeera. Selon Al-Houti, il est surprenant
que cette attaque ait eu lieu dans un endroit où la sécurité
est plus que prépondérante. « Il y a d’étroites mesures de
sécurité autour de cette mosquée et plus généralement du
quartier (...). Comment cet incident a-t-il donc pu arriver
? », a-t-il fait remarquer.
La mosquée Salman, réputée pour sa forte fréquentation par
les soldats yéménites, et dirigée par l’imam Askar Zaayl,
qui n’est autre que le chef de cabinet de Ali Mohsen,
responsable militaire de la région nord, est selon les
autorités la raison pour laquelle elle a été la cible des
rebelles.
Saada, bastion du chiisme
Située dans le nord du Yémen, la province de Saada est
située à quelque 200 km de la capitale yéménite, Sanaa.
Cette province montagneuse et pauvre est considérée comme le
fief de cette rébellion, où les combats avec les forces
gouvernementales ont fait des milliers de morts depuis 2004.
Les rebelles, issus de la minorité chiite, dénoncent le
parti pris pro-américain du régime sunnite du président Ali
Abdallah Saleh. Très hostiles au rapprochement et par
conséquent à la coopération sur les questions de sécurité
entre les Etats-Unis et le Yémen depuis les attentats du 11
septembre 2001, les rebelles ne se déterminent pourtant pas
comme un groupe proche du mouvement sunnite d’Al-Qaëda.
Alors que la rébellion affirme défendre les villages contre
toute agression gouvernementale, le gouvernement, lui, les
accuse de vouloir rétablir le régime islamique qui prévalait
dans le pays dans les années 1960. En effet, ces croyants
chiites qui portent aussi l’appellation de « Houtistes »
aspirent au retour de l’imamat zaïdite, renversé par un coup
d’Etat militaire en 1962.
Le zaïdisme, qui n’est autre qu’une branche du chiisme, est
minoritaire au Yémen, pays à majorité sunnite, mais reste
pourtant majoritaire dans le nord-ouest du pays. A
l’origine, ce mouvement était dirigé par Hussein Badreddine
Al-Houti, tué par l’armée en 2004, date à laquelle la
rébellion a commencé.
En dépit des efforts de médiation du Qatar, Saada est
régulièrement le théâtre d’affrontements entre les rebelles
et les autorités. Depuis juin 2007, le Qatar, qui détient le
rôle de médiateur dans ce conflit, était parvenu à faire
accepter un cessez-le-feu et à convaincre les rebelles de
désarmer leurs groupes dans ce conflit qui a fait plusieurs
milliers de morts depuis 2004.
Mais force est de constater que ce cessez-le-feu est plus
que jamais aujourd’hui obsolète aux vues des heurts et des
attentats qui ne cessent de secouer le pays.
En effet, le Yémen reste la cible d’attentats et d’attaques
en tous genres et visant très souvent les Occidentaux. Ces
attentats, pour beaucoup, sont revendiqués par
l’organisation d’Al-Qaëda, dirigée par Ossama bin Laden,
originaire lui-même du Yémen.
Lynda
Kartout