Al-Ahram Hebdo, Enquête | La jeunesse prône l’entente
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 7 au 13 mai 2008, numéro 713

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Enquête

Religion . Face aux malentendus entre musulmans et coptes, un groupe de jeunes blogueurs soucieux de l’unité de leur patrie essaie d’instaurer le dialogue. Ils ont un rêve à réaliser et des défis à relever. Focus sur une expérienceprometteuse. 

La jeunesse prône l’entente 

Est-ce que tu acceptes de manger chez des chrétiens ? Et toi peux-tu accepter une invitation à dîner chez une musulmane ? Gardes-tu un Coran chez toi ? As-tu essayé un jour de lire quelques versets de l’Evangile ? Penses-tu qu’il existe des armées prêtes à défendre les coptes derrière les murailles de l’Eglise ? Et toi, penses-tu que la plus grande préoccupation des musulmans est de faire convertir les coptes ? Quelle serait ta réaction si tu apprenais que ton directeur appartient à une confession différente de la tienne ?

Un amalgame de questions spontanées, audacieuses, un peu superficielles en apparence, mais qui soulèvent un problème profond. En effet, elles paraissent simples à première vue, mais elles semblent être à l’origine de polémiques dans les foyers coptes et musulmans. Les réponses peuvent aussi donner une idée sur les tendances, les idées et les stéréotypes qu’entretient chaque partie sur l’autre. Ces questionnaires ont été publiés sur le site internet : www.ma3an/org.eg et ils sont à l’initiative d’un groupe de blogueurs. Ensemble devant Dieu, tel est le slogan utilisé par des jeunes sur leur blogsphère. « Nous ne sommes pas une ONG, ni un parti, ni un groupe politique. La politique, en fait, ne nous intéresse pas. En réalité, nous avons une idée, un projet à réaliser. La relation entre coptes et musulmans en Egypte qui a toujours été fraternelle semble aujourd’hui tendue. Notre défi est de faire revivre cette ambiance de tolérance aujourd’hui disparue », explique Chérif Aziz, ingénieur de 36 ans. Chérif est membre d’un groupe composé d’une quinzaine de blogueurs. Ce groupe a décidé d’agir face à une rue qui témoigne parfois d’une tension larvée qu’animent des malentendus. La conférence qui devait se tenir au Syndicat des journalistes sur la lutte contre la discrimination s’est mal terminée, suite à l’intervention d’éléments à l’esprit peu tolérant qui a mis de l’huile sur le feu. Les journaux nationaux tentent de cacher des vérités que les journaux d’opposition ne cessent d’amplifier.

Ces dix dernières années, quelques incidents ont contribué à mettre en relief ce malaise : avril 2006, un musulman poignarde six coptes dans deux églises à Alexandrie. En octobre 2005, et toujours dans la même ville, des milliers de musulmans ont pris d’assaut une église dans laquelle se jouait une pièce de théâtre jugée offensante pour l’islam. En novembre 2004, des manifestations ont eu lieu devant la Cathédrale de Abbassiya après que Wafaa Constantine, la femme d’un prêtre, s’est convertie à l’islam. Quelques mois plus tard, on assiste à une affaire semblable dans le gouvernorat du Fayoum : des rumeurs circulent à propos de deux jeunes filles coptes qui ont été kidnappées puis forcées à se convertir à l’islam.

En moins de dix ans, c’est un peu trop si l’on songe. Mais la question à poser n’est pas de chercher la cause de l’éclatement de tels incidents, mais plutôt à quel point ces derniers ont eu un impact sur la relation entre les deux parties. Ce groupe de jeunes soucieux de l’union de leur patrie décide de briser la glace.

Après les incidents d’Alexandrie, les blogueurs ont décidé de se rencontrer pour la première fois. Pour eux, la tension qui a envahi cette ville cosmopolite est choquante. Autre indice dangereux. Les coptes, à leur tour, ont commencé à recourir à la violence. La situation est donc critique.

« A chaque fois qu’il y a eu un incident, l’Etat essaie d’agir promptement. Une rencontre entre les hommes des deux religions a lieu. Ils se serrent la main et les déclarations pleuvent : l’union nationale en Egypte est bien solide. Personne ne peut l’affaiblir. Des paroles en l’air alors qu’il faut traiter le problème à la racine », explique Mariane Nagui, journaliste de 28 ans et membre actif du groupe.

Ce groupe formé de coptes et de musulmans a donc décidé de briser le tabou et d’ouvrir ce dossier épineux, sensible et qui pourrait être dangereux. Al-Mossaraha min agl al-mossalaha (de la sincérité pour la réconciliation) est un slogan utilisé par ce groupe. « L’idée est simple » comme l’explique Mariane, « lorsqu’on se fâche avec un ami, on doit d’abord lui avancer les raisons de notre colère pour qu’il puisse se justifier. C’est ce que nous essayons de faire ensemble ».

A travers des ateliers de travail, les jeunes ont décidé d’aborder tous les problèmes, stéréotypes et rumeurs qui circulent entre les rangs des musulmans et des coptes, et ce avec franchise, sincérité et transparence. Chaque membre a essayé à son tour d’expliquer son point de vue, ses angoisses et sa vision à l’égard de l’autre. « Les musulmans doutent du patriotisme des coptes en cas de guerre. Et les chrétiens, à leur tour, éprouvent une inquiétude face à une prise de pouvoir par les islamistes ». Le groupe, à son tour, tente de comprendre les autres facteurs qui ont rendu l’ambiance électrique.

Milad Hanna, intellectuel copte, estime que la relation entre musulmans et chrétiens a atteint son apogée de 1919 à 1952, période au cours de laquelle les deux parties luttaient côte à côte pour libérer la patrie. Tous avaient les mêmes droits. Ceci explique pourquoi la génération qui a vécu dans les années 1930 et 40 est plus tolérante.  

La loi du capitalisme

Cependant au cours des dernières décennies, la relation a changé, les esprits sont devenus moins tolérants. D’après une étude effectuée par le chercheur Nour Mansour et publiée au journal Le Socialiste, les trois décennies précédentes ont connu une détérioration des relations entre musulmans et coptes. Les musulmans pensent que les coptes ont été avantagés alors qu’à cette période, les coptes étaient les victimes d’une vague de violence. Selon la même source, la majorité de la population qui souffre de la crise économique veut exprimer sa colère en cherchant un bouc émissaire. Le seul vainqueur alors dans ce conflit est le capitalisme sauvage. « On a essayé alors d’étudier les facteurs de cette tension. Cette dernière a-t-elle une relation avec le discours religieux ? Les interventions étrangères ont-elles joué un rôle en enflammant la situation ? Des Egyptiens de retour du Golfe ont-ils importé un islam plus rigoureux ? Ou est-ce que ce sont les facteurs économiques qui ont aggravé la situation ? », s’interroge Chérif. Une série de questions dont les jeunes ont voulu débattre. « Nous avons ressenti qu’il y avait une évolution, nous sommes ressortis de cette expérience plus croyants, plus tolérants et plus aptes à se comprendre ».

Et ce n’est pas tout. Les jeunes blogueurs sont allés plus loin. Ils ont discuté aussi des croyances de chacun.

« J’ai essayé d’expliquer ma religion car j’avais remarqué qu’il existait beaucoup de nuances et de fausses idées chez les musulmans. Mon rôle alors était de jeter la lumière sur ma confession et non pas de les convaincre », confie Mariane.

Et bien que les dogmes de chaque religion soient des choses auxquelles on ne doit pas toucher, l’objectif de ce site est de mieux comprendre l’autre. « Par exemple, la différence de rituels entre les deux religions peut créer une confusion. Alors que la prière en public est un symbole d’hypocrisie chez les chrétiens, elle ne l’est pas chez les musulmans. Nous essayons d’avoir des conceptions communes ».

A travers de tels aspects, les jeunes blogueurs ont décidé de faire un sondage. Celui-ci a compté un échantillon représentatif de 2 000 musulmans et 800 chrétiens. Le but étant de mettre en application leur expérience et de la généraliser. Le résultat de cette étude est de pouvoir éliminer les raisons du différend. D’autre part, les blogueurs préparent un livre qui sera vendu sur les trottoirs pour faire face aux autres qui sèment la discorde. « Cet ouvrage basé sur des vérités concrètes va en balayer d’autres et changer les mentalités », assure Mariane. Ces blogueurs souhaitent que le ministère de l’Education tienne compte de cet ouvrage et qu’il soit introduit dans les écoles pour que chacun ait une idée correcte sur l’autre.

Le troisième axe sur lequel les blogueurs travaillent est de médiatiser l’idée, car selon eux, les médias ont une influence énorme et cela peut aider à changer les mentalités. « Nous ne sommes pas pressés, on a un projet à réaliser qui ne va sûrement pas porter ses fruits tout de suite. Ce qui nous intéresse, c’est de faire quelque chose de positif pour notre pays. Et si on n’a pas réussi, on a tout de même essayé d’aborder le problème et on n’est pas resté les bras croisés, surtout qu’aujourd’hui, et de plus en plus, des coptes et des musulmans sont en train prendre leur distance », souligne Mariane, en citant l’exemple de son frère en primaire qui s’isole de plus en plus de ses camarades musulmans.

Reste alors le plus grand défi devant ces jeunes, celui de s’adresser aux hommes des deux religions pour mettre mettre fin aux discours qui appellent au fanatisme et à la dispersion. « C’est la mission la plus difficile et qui exige le plus d’efforts. Cependant, on va commencer par les hommes de religion les plus illuminés ou d’avant-garde pour nous soutenir. Il existe sans doute des personnes pareilles dans les deux religions », poursuit Chérif qui ne tient pas actuellement à ce que de nouveaux membres viennent rejoindre le groupe. Un groupe qui refuse toute aide matérielle pour ne pas subir d’influence. « Pour le moment, on ne compte que sur nous-mêmes », confie-t-il.

Une initiative audacieuse et sincère, mais dont on ne peut prédire les conséquences vu les conditions qui sévissent dans le pays.

Selon Fahmi Howeidi, intellectuel de tendance islamique, l’absence d’un grand rêve national a divisé quelque peu la nation. « On ne fait plus cas de l’autre, vu qu’il n’existe aucun objectif commun auquel aspire l’ensemble des citoyens ». Cette initiative pourrait-elle devenir un projet national qui va unir la nation ? Pour les optimistes peut-être, car tout grand travail commence à petits pas. Un défi que doit relever l’Egypte pour prouver qu’elle est encore capable de surmonter cette crise.

Dina Darwich

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.