Etat d’Urgence.
Prolongée pour deux ans en 2006, cette loi, en place depuis
l’assassinat du président Sadate en 1981, arrive à échéance
le 31 mai. Le gouvernement a promis de la remplacer par une
loi antiterroriste au cours de l’actuelle session
parlementaire.
Le suspense
Le
compte à rebours a commencé … ou plutôt devait commencer. Le
gouvernement avait déclaré par la voix du ministre des
Affaires parlementaires, Moufid Chéhab, qu’une première
version du projet de la loi anti-terroriste sera communiquée
aux partis politiques et à des ONG au moins un mois avant
qu’elle ne soit soumise au Parlement pour parvenir à une
sorte de consensus là-dessus. Or jusqu’à maintenant, le
texte n’a été envoyé ni aux partis politiques ni même au
Parlement qui devrait l’adopter. Le 31 mai doit marquer la
fin de l’état d’urgence, en vigueur depuis l’assassinat du
président Sadate en 1981. Prolongé pour deux ans en 2006,
l’état d’urgence devrait en principe « expirer » à la fin de
ce mois pour être remplacé (dans le cadre de la réforme
politique engagée par le parti au pouvoir) par une loi
antiterroriste, toujours en élaboration. Mais personne n’est
en mesure d’affirmer que tel sera le cas.
A part les « fuites » publiées ici et là par certains
journaux, aucune information claire n’a été divulguée sur ce
projet de loi antiterroriste. D’après les quelques clauses
révélées, ce projet élargit la notion du terrorisme, y
incluant tout acte mettant en danger l’ordre public, ainsi
que tout comportement portant atteinte à l’économie
nationale et à l’image du pays. Le projet de loi prévoit
également la création d’instances juridiques spéciales pour
le jugement des terroristes présumés. Ces bribes
d’informations n’ont toutefois pas manqué d’alimenter le
débat et les craintes de l’opposition et des défenseurs des
droits de l’homme qui ont parlé d’une tentative d’instaurer
à travers cette loi un Etat d’urgence permanent.
Mais depuis ce « ballon d’essai », c’est le silence qui
enveloppe tout le sujet et le retard inexpliqué de la
divulgation du projet de loi laisse planer le doute sur une
levée imminente de l’état d’urgence.
Georgette Quellini, députée PND (Parti National Démocrate,
au pouvoir) et membre de la commission des lois de
l’Assemblée du peuple, affirme que jusqu’à présent « rien
n’est parvenu » au Parlement. Pour elle, c’est un signe que
l’état d’urgence sera à nouveau prolongé. « Il ne reste plus
que quelques semaines, cela ne suffira pas pour consulter
les forces politiques et les ONG sur le projet de loi et
pour le débattre au Parlement, surtout que c’est une loi
importante et sensible qui doit être bien étudiée pour
pouvoir assurer l’équilibre entre les libertés et la
sécurité », affirme Mme Quellini.
Donc en l’absence de déclarations officielles, les
hypothèses et spéculations vont bon train.
« Le silence de l’Etat à propos de la promulgation de la loi
antiterroriste qui était supposée être soumise à un débat
élargi de toutes les forces politiques depuis des mois
laisse prévoir deux scénarios possibles aussi tragiques l’un
que l’autre », estime Abdallah Al-Sénnawi, rédacteur en chef
de l’hebdomadaire nassérien Al-Arabi. Et de reprendre : « Le
premier serait de prendre pour prétexte les grèves des
ouvriers et les mouvements de protestation à Mahalla et
ailleurs pour prolonger l’état d’urgence, et le deuxième
serait de promulguer, sans préavis, une loi antiterroriste
très hostile aux libertés publiques et politiques », assure
Al-Sénnawi. « Le gouvernement nous met maintenant entre deux
alternatives difficiles. Mais de toute façon, je ne crois
pas que dans les circonstances actuelles le gouvernement
osera promulguer une loi contestable, ce serait un crime
impardonnable », renchérit pour sa part le député wafdiste
Mohamad Moustapha Cherdi.
C’est ce que pense également Hafez Abou-Seada, secrétaire
général de l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH).
Il trouve que l’état d’urgence sera prolongé jusqu’à ce que
l’Etat puisse saisir le bon moment pour faire passer une
nouvelle loi sur le terrorisme. « L’Etat ne risquera pas de
mettre le feu aux poudres et d’inciter davantage de
mécontentement en adoptant une législation peu populaire …
surtout à un moment où les instances internationales
regardent de très près le dossier des droits de l’homme en
Egypte », explique-t-il. Finalement, pour Amr Hachem,
chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques
(CEPS) d’Al-Ahram, les deux possibilités restent ouvertes. «
Il ne serait pas étonnant que le gouvernement fasse la
surprise en adoptant la nouvelle loi en catimini du jour au
lendemain comme il l’a toujours fait », lance-t-il.
Toutefois, comme la plupart des observateurs, il pense que
la prolongation de l’état d’urgence reste le scénario le
plus probable « vu la détérioration économique actuelle, la
colère populaire, les scandales ayant entaché les élections
municipales et les lourdes peines prononcées par les
tribunaux militaires contre les Frères musulmans ». Quoi
qu’il en soit les trois semaines restantes jusqu’à
l’expiration de la loi d’urgence ne tarderont pas à mettre
un terme à ces spéculations.
May
Al-Maghrabi