Soudan.
Mme Badriya
Solimane,
présidente de la commission des Affaires juridiques au
Parlement soudanais et membre du Congrès national au
pouvoir, explique les objectifs du recensement.
« C’est la citoyenneté qui doit être le fondement d’une
répartition des pouvoirs »
Al-Ahram
Hebdo : Pourquoi tous ces problèmes et ces polémiques pour
un recensement qui, somme toute, constitue une procédure
normale un peu partout dans le monde ?
Badriya
Solimane :
Ce recensement est une nécessité afin de déterminer le moyen
de répartir le pouvoir et les richesses. Ces éléments sont
devenus un critère s’appliquant à toutes les régions du
Soudan. Il permettra aussi de délimiter les circonscriptions
électorales lors des prochaines élections prévues l’année
prochaine. Un autre aspect lié à ce processus, le
développement équilibré dans tout le Soudan. Une telle
opération se base sur un recensement permettant de
déterminer les besoins de chaque région en projets en plus
du service civil, lequel dépendra des résultats de ce
dénombrement.
— Mais pourquoi le recensement n’a-t-il pas été reporté
afin de pouvoir répondre à toutes les exigences du
gouvernement du Sud ?
— Le recensement devrait intervenir avant l’avènement de
l’automne et la chute des pluies dans le Sud qui rend le
déplacement difficile. Quant aux demandes du gouvernement
sud-soudanais sur les deux
questions relatives à la religion et l’ethnie, il était
difficile de les admettre parce que les techniciens et les
experts dans le monde entier ont refusé de compter sur
d’autres critères que la citoyenneté. C’est la citoyenneté
qui doit être le fondement d’une répartition des pouvoirs et
des richesses et non la religion et l’ethnie, sinon nous
établissons une discrimination
entre les enfants d’une même patrie.
— Les cadres sudistes ont dit qu’ignorer ces aspects,
c’est effacer l’identité soudanaise qui compte sur le
pluralisme religieux, ethnique et linguistique ...
— L’accord de paix globale signé à
Nivacha au Kenya en 2OO5 et la Constitution nationale
provisoire prendront compte de ces aspects. La Constitution
du Nord habité par une majorité musulmane compte sur la
charia islamique. La Constitution du Sud est laïque. Les
textes constitutionnels et l’accord de paix ont souligné la
protection des droits des non musulmans dans la capitale en
plus d’un commissariat ad hoc. Afin de connaître le nombre
de ceux à qui cette institution doit apporter sa protection,
la Constitution a stipulé la possibilité pour l’Etat du
Khartoum d’effectuer un recensement à cette fin.
— Les Etats du Sud s’intéressent à la question de la race
et de la religion afin de déterminer les programmes
religieux scolaires.
— Le Constitution et l’accord de paix soulignent l’existence
de 3 types de recensement : le premier est national, c’est
celui qui a lieu actuellement, le deuxième peut avoir lieu
au niveau du gouvernement du Sud. Quant au troisième, il se
déroulerait au niveau des Etats. Il n’y a aucun
problème quant à mener d’autres genres de recensement pour
les besoins spécifiques de chaque Etat ou ceux du
gouvernement du Sud.
— Et que dire de l’opposition des groupes armés au Darfour
qui considèrent le recensement comme un acte hostile à leur
égard ?
— Il faut attirer l’attention sur le fait que le recensement
est effectué par le gouvernement d’union nationale qui
comporte toutes les composantes politiques, toutes les
ethnies, y compris celles du Darfour et aussi les groupes
armés qui ont signé avec le gouvernement l’accord d’Abuja.
Cela aura lieu avec l’aide des agences de l’Onu qui sont
tombées d’accord avec le gouvernement pour l’aider à
effectuer le recensement. L’Unrwa
a annoncé qu’elle aiderait à recenser les réfugiés du
Darfour se trouvant au Tchad.
— Ce recensement ne va-t-il pas ajouter d’autres crises
en plus de celles dont souffre le Soudan surtout si l’on ne
tient pas compte de ses résultats.
— Il s’agit d’un processus normal qui a lieu partout dans le
monde. Le dernier à avoir eu lieu au Soudan est intervenu en
1993. Il était supposé qu’un autre ait lieu en 2003. Ce qui
n’a pas été le cas, parce que nous étions occupés par les
négociations qui ont mené à l’accord de paix. Celui-ci a
stipulé la mise en place justement du recensement actuel
devant se dérouler à la 4e année de la période transitoire,
ce qui se déroule à présent.
— Ne pas reconnaître les résultats ne constitue-t-il pas
une possibilité ?
— Tant que le président du gouvernement du Sud, et premier
vice-président du Soudan, Samuel Kiir,
est une partie intégrante de la décision prise par
l’institution présidentielle, il n’est pas pensable que des
gens ordinaires au Sud viennent exprimer leur opposition. Il
a participé, lui, au recensement et invité les Sudistes à y
prendre part. Nombreux d’entre eux, qui se trouvaient au
Nord, sont revenus dans leurs zones pour y prendre part.
— Les résultats du référendum peuvent-ils susciter des
changements ?
— S’il s’avère que le nombre de musulmans au Sud équivaut au
nombre de chrétiens à Khartoum, il sera équitable de leur
créer un commissariat.
Propos recueillis par Asmaa
Al-Hosseini