Al-Ahram Hebdo,Dossier | Le langage des intérêts
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 mai 2008, numéro 713

 

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Dossier

Soudan. Les intérêts de l’Egypte au Soudan sont multiples, et surtout vitaux. Souvent ils ont suscité les soupçons des Soudanais. Mais Khartoum, qui fait aujourd’hui face à des défis colossaux, a opté pour une coopération renforcée avec Le Caire. 

Le langage des intérêts 

Les rapports souvent passionnels entre l’Egypte et le Soudan n’ont jamais été dénués de suspicions et de préjugés. Les voisins du sud de la vallée du Nil ont toujours soupçonné les visées hégémoniques de leurs puissants voisins du Nord. Les Egyptiens, depuis déjà l’époque des pharaons, n’ont-ils pas conquis à plusieurs reprises le Soudan ? Le vice-roi d’Egypte, Mohamad Ali, n’a-t-il pas occupé en 1821 le Soudan, qui se retrouvera plus sous la domination du condominium anglo-égyptien ? Le dernier roi d’Egypte, Farouq, ne portait-il pas le titre de roi d’Egypte et du Soudan ? Les Officiers libres, qui ont renversé la monarchie en juillet 1952, n’ont-ils pas résisté à la volonté des Soudanais d’accéder à l’indépendance, qui s’est finalement concrétisée en 1956 ?

Certes, les temps ont changé. L’Egypte d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. N’empêche que les Soudanais gardent toujours en mémoire le souvenir d’époques où l’Egypte exerçait sa domination sur le pays, source de suspicions, même à notre époque, dans les intentions de la politique soudanaise du Caire. Premier sujet en cause, le partage des eaux du Nil. Une question de vie ou de mort pour l’Egypte qui dépend à 95 % de ses besoins sur le Nil. Certes, celui-ci ne trouve pas ses sources au Soudan, mais traverse ce pays pour finalement assurer à l’Egypte sa part vitale de 55,5 milliards de m3 par an. Assurer la sécurité de ses « droits historiques » dans les eaux du Nil est donc la première préoccupation de l’Egypte dans ses rapports avec le Soudan.

Si les rapports entre les deux pays sont aujourd’hui au beau fixe, et si Khartoum a décidé de mettre en sourdine ses vieilles querelles avec l’Egypte — à propos par exemple du contentieux frontalier de Halayeb et Chalatine —, c’est parce que le gouvernement de Khartoum fait face à de monumentaux défis, à commencer par le conflit entre le Nord et le Sud-Soudan, qui risque de se solder par la sécession de ce dernier, ou la crise du Darfour (ouest), objet de multiples interventions et d’intenses pressions étrangères sur le président Omar Hassan Al-Béchir.

Pour relever ces défis, qui sont autant de dangers pour Le Caire, le Soudan a besoin de l’Egypte. Celle-ci tient en tout premier lieu à maintenir l’intégrité territoriale du Soudan, qui risque la séparation du Sud au terme de la période de transition de six ans, décidée par l’accord de paix de Nivasha, conclu en janvier 2005. Le Caire craint par dessus tout la création d’un nouvel Etat au Sud-Soudan qui compliquerait la question, déjà compliquée et problématique du partage des eaux du Nil, la plupart des Etats riverains du Nil contestant la part que s’arroge l’Egypte dans les eaux du fleuve. Sans parler des prévisibles futurs rapports conflictuels entre ce nouvel Etat et l’Egypte, celle-ci, dans sa quête du maintien de l’unité du Soudan, ayant toujours soutenu Khartoum contre les ex-rebelles sudistes. Déjà, ceux-ci étaient à l’origine du sabotage en 1984 du seul véritable projet commun égypto-soudanais pour augmenter le débit des eaux du Nil, le canal de Jonglei. Celui-ci, d’une longueur de 360 km, dont la moitié a été creusée à partir de 1978, devait économiser quelque 7,5 milliards de m3, partagés à égalité entre l’Egypte et le Soudan, et qui se perdaient dans la zone marécageuse de Bahr Al-Ghazal au Sud-Soudan. Le Caire caresse toujours l’espoir d’une reprise des travaux de ce projet, une fois l’unité consacrée du Soudan.

C’est que le pays des pharaons souffre d’une pénurie en eau qui va croissant en raison d’une démographie galopante. Les études situent les besoins annuels de l’Egypte à 73 milliards de m3. D’autres l’évaluent à 24 milliards. L’Egypte étant le pays de l’aval, ce fossé ne peut être comblé qu’à travers une coopération régionale, qui fait aujourd’hui défaut, entre les pays du bassin du Nil, dont le Soudan.

L’Egypte fait donc tout, dont une mobilisation des ressources financières arabes, pour favoriser le développement du Sud-Soudan, palliant ainsi l’un des principaux griefs des Sudistes contre les Nordistes. Le Caire a ainsi accordé un don de 154 millions de L.E. pour la construction de quatre centrales électriques, dont la première a été inaugurée jeudi dernier dans la ville de Wau. Son plan d’assistance englobe la construction d’hôpitaux et d’écoles, mais aussi le fait d’apporter son aide dans des domaines aussi variés que l’agriculture, le commerce, l’environnement ou le développement humain. Sur le plan politique, Le Caire intervient régulièrement entre Nordistes et Sudistes pour aplanir les divergences, qu’il s’agit du partage des ressources naturelles ou du pouvoir politique.

L’Egypte, qui souffre également d’un fossé alimentaire croissant, notamment dans les céréales, a besoin du Soudan, véritable grenier en puissance du monde arabe, mais où le manque de moyens financiers et de stabilité politique a miné tous les plans de développement économique. Le Caire s’est employé, depuis l’époque de l’ancien président soudanais Gaafar Némeiry, dans les années 1970 et jusqu’au milieu des années 1980, à monter des projets agricoles en commun avec le Soudan, moyennant financement, expertise, voire main-d’œuvre. Mais rien n’y fait. Tous les projets de « complémentarité économique » ont capoté. Le dernier projet commun en date (voir le numéro 710 d’Al-Ahram Hebdo, daté du 16-22 avril, p. 14) est celui de la culture de 1,8 million de feddans (1 feddan = 0,42 hectare), dont 1,2 million au Soudan, dans la zone frontalière d’Arqine, dédiée à la production du blé, dont l’Egypte est l’un des plus gros importateurs au monde.

Le Caire poursuit donc inlassablement sa politique au Soudan, malgré le climat de suspicions, dont elle n’arrive pas à se défaire. Elle tente de rassurer sur ses intentions et montrer aux Soudanais les gains politiques et matériels qu’ils peuvent tirer d’une coopération  bilatérale. Khartoum est aujourd’hui ouvert à ces arguments. Il a bien besoin de l’Egypte ... .

Hicham Mourad

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