Al-Ahram Hebdo, Dossier | Hani Raslan, « Le Sud vit dans la crainte de perdre une part de sa représentation actuelle au Parlement »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 mai 2008, numéro 713

 

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Dossier

Soudan. Hani Raslan, spécialiste du Soudan, au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, estime que le recensement, bien qu’il soit un outil pour une transformation démocratique réelle, risque d’accentuer la crise entre le Nord et le Sud. 

« Le Sud vit dans la crainte de perdre une part de sa représentation actuelle au Parlement » 

Al-Ahram Hebdo : A votre avis, quelle serait l’importance de ce recensement général effectué ces jours-ci au Soudan ?

Hani Raslan : C’est une question très importante pour l’avenir du Soudan. Premièrement, il applique une des clauses de l’accord de paix globale de Naivasha signé en 2005 et qui a mis fin à la guerre civile entre le Nord et le Sud. Celui-ci stipule le partage du pouvoir et de la richesse entre le Nord et le Sud, selon le taux de la population.

Ce recensement est considéré aussi comme la pierre angulaire pour les élections prévues en 2009. Il sera ainsi facile de déterminer les circonscriptions géographiques et même celles en rapport avec les sources de richesse.

De plus, le recensement, d’une façon générale, est un élément essentiel pour le développement dans n’importe quel pays. Pour le Soudan, le dernier date de 1993. Alors l’actuel ne va pas seulement permettre de recenser les gens, mais il doit aussi détecter les lieux pauvres et marginalisés et leur accorder plus de soin. Mais le plus important, c’est que le résultat de ce recensement va être utilisé lors du processus de l’autodétermination du Sud prévu en 2011. C’est qu’il va déterminer le nombre des sudistes qui seront les concernés par la réponse à la question : « Etes-vous d’accord pour que le Sud se sépare ou non ? ».

Et la manière dont le processus se déroule ?

— A mon avis, le recensement est bien organisé. L’appareil du recensement central du Soudan exerce sa tâche avec transparence. Il y a d’autres comités de surveillance renfermant des personnalités des nationalités différentes, africaines, asiatiques et européennes qui veillent à ce que l’affaire aille dans le bon sens.

Comment jugez-vous les contestations du Sud ?

— Les contestations sudistes sont des manœuvres pour faire échouer cette opération, qui, à mon avis, doit mener à une transformation démocratique réelle au Soudan. Le Sud vit dans la crainte de perdre une part de sa représentation actuelle au Parlement et au gouvernement.

En fait, l’accord de paix de Naivasha avait attribué un pourcentage de représentation provisoire pour le Sud évalué à 34 % des sièges. Ce taux est menacé aujourd’hui d’être revu à la baisse puisque les premières évaluations du recensement des sudistes indiquent qu’ils constituent 18 % de la population, c’est-à-dire qu’il leur reviendrait 18 % des sièges, donc une réduction importante. C’est pourquoi le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLA) s’est déclaré contre ce recensement et pour lui, son résultat est exécutoire.

Son prétexte est qu’un grand nombre de sudistes sont des réfugiés ailleurs. Il a ainsi réclamé leur retour pour que le recensement soit correct. Mais le gouvernement national du Khartoum avait réfuté ce prétexte en disant que dans le bulletin du recensement se trouve la question : de quelle région faites-vous partie ?

Alors pour les sudistes qui vivent par exemple au Nord, ils vont être reconnus en tant que sudistes, mais puisqu’ils puisent dans les richesses des nordistes, ils vont être comptés parmi eux. Mais, au cas de leur déplacement une autre fois vers le Sud ils vont être recensés parmi les Sudistes et la part du Sud va ainsi augmenter.

Une autre réserve, c’est que le bulletin ne renferme pas des informations sur la tribu ou la religion.

Le gouvernement de Khartoum avait refusé de mettre cette question puisqu’elle est, selon lui, contraire à la Constitution soudanaise qui stipule que les droits et les devoirs sont basés sur la citoyenneté et non pas sur l’appartenance tribale ou religieuse. Il critique alors cette réclamation du Sud qui s’oppose avec leur vision du « nouveau Soudan » où tous les Soudanais sont égaux et où l’on ne tient pas compte de leur culture ni de leur religion.

En fait, le but caché des sudistes, c’est qu’ils veulent utiliser le résultat de cette question durant la prochaine élection à leur profit montrant que les Soudanais d’une origine africaine représente une grande majorité par rapport à ceux d’origine arabe.

Et le Darfour ne représente-t-il pas aussi un cas spécial ?

— Il en est de même pour le Darfour. Le processus de recensement actuel applique également une des clauses de l’accord d’Abuja sur cette province qui parle du partage des richesses selon la population.

Mais les mouvements armés au Darfour ont affiché fermement leur refus puisque la situation actuelle au Darfour n’est pas normale, et qu’un grand nombre d’habitants de la région se sont réfugiés à l’extérieur du Soudan. Mais le gouvernement affirme pour sa part qu’entre 80 % et 90 % de la région du Darfour sont des zones stables et sécurisées et qu’il n’y a aucune entrave pour y effectuer le recensement. Quant au reste de la région, le recensement va être évalué en se basant sur l’ancien effectué en 1993.

Alors quel scénario prévoyez-vous dans un tel contexte ?

— Face à cet état des lieux, les réserves du Sud et le refus du Darfour des résultats du recensement vont provoquer un intense débat politique qui va par la suite amener à des crises de plus en plus compliquées, notamment entre le Nord et le Sud.

Propos recueillis par Aliaa Al-Korachi

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