Théâtre.
Dans Zay al-foll (en forme), le show domine le drame et les
thèmes socio-politiques. Costumes, décor, musique, chansons,
chorégraphies et humour en constituent les attraits
principaux.
La société en dérision
Zay
al-foll est une expression couramment utilisée en égyptien
pour signifier être en forme. Elle comporte une exagération,
de l’humour et parfois du sarcasme …
C’est l’origine du titre choisi par le chorégraphe et
metteur en scène, Adel Abdou, pour son nouveau spectacle
donné au théâtre Al-Balloun. En fait, ce théâtre de l’Etat
s’offre en particulier aux shows, accueillant régulièrement
à titre d’exemple les danses de la Troupe Réda, celles de la
troupe nationale des arts populaires, etc.
La pièce en question pénètre le monde des jeunes éduqués et
cultivés qui ne trouvent cependant pas de travail et
finissent par devenir vendeurs ambulants. Désespérés, ils
deviennent victimes des gangs et des corrompus. Ainsi,
Achour, incarné par le speaker–vedette, Chérif Madkour, est
victime de l’immigration clandestine. Ammoura, interprétée
par Rim Al-Baroudi, sa bien-aimée, a perdu ses parents à la
suite de l’effondrement de leur immeuble.
Le jeune couple, abattu par les coups du destin, accepte de
participer à un complot, pour une poignée de dollars. C’est
alors qu’il se retrouve face à des criminels et des
malfaiteurs : Hayder (le comédien Wahid Seif), Roueiha (le
comédien Ahmad Siyam) et Sonia (Maysara, jouant souvent la
manipulatrice séduisante). L’occasion ou jamais de prendre
sa revanche sur toute une société.
Le chorégraphe Adel Abdou et l’écrivain Hamdi Nawar se
servent des maux sociaux comme l’immigration clandestine, le
chômage, la corruption pour enrichir leur pièce. Mais c’est
surtout le spectacle qui s’avère le plus marquant.
Au niveau des détails vestimentaires, les costumes ont des
couleurs criardes. Ceux des danseurs sont souvent munis de
strass et brillent de mille feux.
Les décors, notamment lorsqu’il s’agit de danses, sont à
leur tour chargés de couleurs, avec plusieurs éléments
mobiles créant un arrière-fond assez riche. Sur scène, on
recrée la place Tahrir, la station de métro, la corniche …
soit le centre-ville cairote. Abdou profite de l’espace que
lui offre le théâtre, notamment durant la chanson du marin
où il emploie la fosse de l’orchestre pour montrer un bateau
à voile qui traverse les planches.
Chorégraphe à l’origine, Abdou s’occupe bien du mouvement
des danseurs et des comédiens qui chantent et dansent
quasiment tous. Sur les rythmes des chansons composées par
Yéhia Ghanem et écrites par Hamdi Nawar, le chorégraphe et
metteur en scène réussit à produire un mouvement rapide,
léger et rythmé. Tous les éléments servent à créer une
scénographie riche. Certaines scènes sont consacrées aux
jeux acrobatiques et aux arts du cirque. D’autres sont
basées sur des chansons de mawals, de noces … Les aspects
folkloriques propres aux fêtes et aux mariages sont de mise.
Un jeu de va-et-vient entre le proscenium (le devant de la
scène) et la salle engendre un sentiment de familiarité
entre acteurs et public. Parfois, les acteurs dansent,
chantent et entretiennent une conversation avec les
spectateurs.
Et pour mieux déclencher les rires en salle, chaque comédien
est libre de faire des digressions, se livrant à des
insinuations politiques ou sensuelles. Certaines scènes se
transforment en sketches avec blagues à l’appui, tournant en
dérision les sujets soulevés, à l’instar du sketch sur les
toilettes publiques. Tout un dialogue assez ridicule compare
un nain et un homme de taille ordinaire cherchant à
atteindre les cuvettes …
Vers la fin, c’est toujours l’heure de la vérité. Les
symboles sont à découvert : la femme séduisante et
manipulatrice, c’est les Etats-Unis. Son serviteur n’est
qu’Israël et les jeunes du pays doivent relever le défi. Les
sketchs, danses et chants sont là pour alléger le spectacle,
lui prêtant une note d’espoir .
May
Sélim