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Patrimoine.
Le mausolée du khédive Tewfiq, connu pour sa coupole, vient
d’être remis en honneur en présence d’un descendant de la
famille royale. Etat des lieux.
Le charme discret de la monarchie
Après
50 ans de fermeture, Qobbet Afandina ou « la coupole de
notre souverain » a été enfin restaurée, et ouverte aux
visiteurs. Elle a été en fait inaugurée officiellement la
semaine dernière par le ministre des Waqfs, Mahmoud Hamdi
Zaqzouq, et le gouverneur du Caire, Abdel-Azim Wazir, en
présence du prince Abbass Helmi, le descendant du khédive
Tewfiq.
Qobbet Afandina est une appellation donnée au mausolée du
khédive Tewfiq (1852-1892), fils et successeur du khédive
Ismaïl. Et ce, « en raison de la superbe coupole qui
surmonte la nécropole », explique Mahmoud Abbass, directeur
du département de l’histoire moderne au Conseil Suprême des
Antiquités (CSA). Pour l’atteindre, il faut passer par les
dédales étroits du grand cimetière d’Al-Ghafir qui
renferment la plupart des tombes des sultans mamelouks et
ottomans et où se trouvent plusieurs mosquées, notamment
celle de Qaïtbay. « C’est juste à côté de cette mosquée que
se dresse majestueusement Qobbet Afandina », reprend le
directeur. Pour y aller, il faut une demi-heure en voiture
du centre-ville, puisqu’elle est entourée d’un côté par
l’autoroute Al-Nasr et de l’autre côté de celle de
Salah Salem. Le site s’ouvre sur un grand jardin où les
arbres historiques étendent leurs ombres aux côtés. A
première vue, on a l’impression d’accéder plutôt au fameux
jardin historique du palais Manial, pas une nécropole. Mais
quelques épitaphes ont occupé un coin de ce jardin et nous
renseignent sur le lieu. « Ces tombes appartiennent à des
princesses de la famille royale qui ont été ensevelies à
Alexandrie. Mais lorsque ce lieu a été submergé dans les
années 1980, les autorités ont préféré les transférer au
jardin de Qobbet Afandina pour les sauvegarder », explique
Saïd Abdel-Aziz, inspecteur des monuments islamiques au CSA.
Jusque-là, aucune trace de ladite Qobbet Afandina. Peu de
patience. Il faut faire 300 mètres à pied et remarquer, à
peine, la splendide coupole qui surmonte la nécropole. Reste
peu de pas pour franchir le seuil de la salle où se repose
Abbass Helmi II qui a décidé de construire ce cimetière pour
commémorer ses parents : le khédive Tewfiq et Amina Hanem
Elhami (lire enc.).
Un souvenir réhabilité
En effet, le projet de restauration a été proposé en 2004,
par le descendant du khédive Tewfiq, le prince Abbass Helmi.
Au cours de sa visite du cimetière, il s’est rendu compte
que le mausolée de ses ancêtres subissait une détérioration
marquante. L’humidité a érodé les couches superficielles des
façades, ainsi que les linteaux des fenêtres, sans oublier
le marbre détaché du parterre. D’ailleurs, le verre coloré
des fenêtres est cassé. De même, les décorations des tombes
ainsi que de la coupole ont perdu leur splendeur éclatante
d’antan. L’état de la nécropole, aux yeux du prince Abbass
Helmi, exigeait une restauration, un nettoyage et une
préservation urgente afin de lui restituer sa splendeur.
Ainsi, celui-ci a-t-il fait appel de préservation et de
conservation auprès du ministère des Waqfs, dont le
cimetière en question fait partie de ses biens, afin de
restituer à cet édifice funéraire son ampleur d’antan. De sa
part, le ministre des Waqfs a versé 500 000 L.E. Quant aux
travaux de restauration, ils ont été affiliés à l’Institut
des Pays-Bas Flamand du Caire dont les archéologues avaient
étudié l’état architectural et décoratif de l’édifice. Quant
aux étapes pratiques, elles étaient dirigées par la
Polonaise Agnieszka Dobrowolska, qui a été élue par le
prince Abbass Helmi lui-même. La restauration a pris trois
ans, entre 2005 et les débuts de 2008, pour que le cimetière
reprenne son éclat de l’époque.
Ornements et événements
Bâtie en 1894 par l’architecte du palais royal de l’époque
Fabricius Bey, Qobbet Afandina témoigne de l’architecture
européenne répandue à la fin du XIXe siècle. Mais,
l’architecte s’est encore inspiré du style mamelouk, qui
était en ce temps complètement rejeté par le grand Mohamad
Ali, fondateur de la famille alawite en Egypte. C’est l’exemple-type
de la majestueuse coupole dont la décoration aux couleurs
vives témoigne de l’apogée de la période mamelouke. « Le
khédive Abbass Helmi II a décidé que Qobbet Afandina
commémore ses parents ainsi que ses descendants. Il a voulu,
en fait, que l’architecture convienne à une telle fonction.
Ainsi, elle est sortie impressionnante, voire inoubliable »,
affirme l’inspecteur Saïd Abdel-Aziz. La nécropole renferme
les tombeaux de neuf personnes des membres de la famille
royale et notamment les khédives Tewfiq et Abbass Helmi,
ainsi que leurs épouses et leurs enfants. Les tombes ont été
édifiées en marbre et en bois. Quant aux inscriptions, elles
étaient dorées. Celles d’Oum al-mohsenine (mère des
bienfaiteurs), la princesse Amina Hanem Elhami, l’épouse du
khédive Tewfiq, ainsi que la tombe de ce dernier en sont les
plus distinguées par excellence. En marbre qu’elle soit, la
tombe d’Amina Hanem Elhami qui ouvre le cimetière est la
plus grande parmi les neuf, puisqu’elle se compose de trois
niveaux.
Quoiqu’elle soit la plus grande, les experts estiment que la
tombe du khédive Tewfiq a plus de valeur, puisqu’elle est
construite en bois. Certes, mais les « éléments décoratifs
comme l’ivoire et le coquillage que l’architecte a utilisés
avec habilité ont haussé la valeur esthétique de la tombe du
khédive Tewfiq, et ce sans oublier les formations
géométriques qui couvrent les façades et les coins de la
tombe », commente l’inspecteur.
D’autre part, il paraît que la fonction de Qobbet Afandina
va au-delà de la commémoration des parents du khédive Abbass
Helmi II. Ainsi, le visiteur rencontre en fait plusieurs
mobiliers qui témoignaient des événements importants de
l’histoire égyptienne. C’est l’exemple de la présence du
salon en arabesque que le « khédive Ismaïl a utilisé pendant
les célébrations de l’inauguration du Canal de Suez en
novembre 1869 », affirme Mahmoud Abbass ; aussi trouve-t-on
une armoire, des vases et des lustres. D’ailleurs, les deux
côtés de l’entrée sont ornés de deux parties de la
couverture de la Kaaba, « keswa », qui ont été offertes par
le prince d’Al-Hegaz au kédive Abbass Helmi II. Pour les
responsables, la keswa donne un aspect spirituel au mausolée
médiéval.
Tombes, mobiliers et keswa, tous des éléments qui témoignent
non seulement des événements qui ont retracé l’histoire
égyptienne, mais encore de la position de l’Etat égyptien
sous le règne de la famille alawite. Raison pour laquelle
Qobbet Afandina mérite d’être mise au programme touristique
du Caire.
Doaa
Elhami
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Khédive malgré lui
Le débat n’a pas cessé sur la responsabilité de Tewfiq dans
l’occupation britannique.
« L’homme est le fruit de son entourage familial ». Une
telle expression va par excellence avec la personnalité du
khédive Tewfiq. Ce souverain, dont le règne était qualifié
de ténébreux par les anciens historiens, s’avère à présent
moins sombre. Son règne témoigne en fait de l’occupation
britannique en 1882, d’où les accusations lancées contre
lui, en en faisant un traître. « Avant de juger ses 13 ans
de règne (1879-1892), jetons un coup d’œil sur l’ambiance
qui a marqué son enfance et sa jeunesse », commente Mahmoud
Abbass, directeur du département de l’histoire moderne
auprès du Conseil Suprême des Antiquités (CSA).
Né en 1852, le khédive Tewfiq est le fils du khédive Ismaïl
et Chafaq-Nour Hanem, l’une de ses 14 courtisanes. Et bien
qu’il soit son aîné, le khédive Ismaïl ne le reconnaissait
pas en tant que tel. Il ne voulait pas que le prince Tewfiq
lui succède au trône, puisque sa femme officielle était
Hour-Ganan Hanem qui n’a eu que la princesse Amina. La
relation entre le père et le fils était marquée d’une
ambiguïté marquante. Mais il paraît qu’Ismaïl pacha n’aimait
pas son fils aîné qui a été exceptionnellement élevé et
éduqué en Egypte. Tous ses autres enfants mâles ont suivi
leur enseignement à l’étranger. Le prince Tewfiq sera en
fait connu par la faiblesse de la personnalité ainsi que le
manque de confiance en lui-même dû à la négligence de son
père. Il l’avoue à Batler, le maître de la langue anglaise
de ses fils, en disant : « Mon père n’avait pas confiance en
moi et me maltraitait. Un des ministres, dont la position
était peu considérable, voulant mon aide pour étendre sa
domination sur l’ouest du pays, m’a menacé de faire en sorte
que mon père m’envoie au Soudan. Je lui ai répondu que le
khédive, mon père, s’il a décidé, qu’il m’envoie même
jusqu’au fond du Soudan ».
Au cours des premières années de sa jeunesse, le prince
Tewfiq refusait la politique d’endettement du khédive
Ismaïl. En plus, il avait de fortes relations avec les
intellectuels de l’époque, à l’instar de Gamaleddine
Al-Afghani, cheikh Mohamad Abdou, Ahmad Orabi et Ibrahim
Al-Laqqani. Il connaissait, voire admettait les avis des
Egyptiens qui critiquaient leur souverain. Mais du jour au
lendemain, en juin 1879, Tewfiq deviendra le khédive de
l’empire africain, formé déjà par son père, et sera alourdi
d’environ 96 millions L.E. de dettes. Quelques mois plus
tard, un malentendu est né, voire accentué, au fil des
jours, entre lui et son ami de jeunesse Ahmad Orabi,
commandant de l’armée. Ce malentendu a été saisi par les
Anglais qui, sous prétexte de le secourir contre son récent
ennemi, ont concentré des troupes à Alexandrie et ont
combattu Orabi. Résultat : les Anglais se sont emparés de
l’Egypte pour enfin l’occuper. « Il est certain que le
khédive Tewfiq n’a pas trahi le pays où il a vécu toute sa
vie. Certes, mais il savait que la cour royale voulait se
débarrasser de lui. Par ailleurs, par manque d’expérience,
il avait mis toute sa confiance dans les Anglais », affirme
Mahmoud Abbass.
Malgré tous ces inconvénients, le khédive Tewfiq a entamé
beaucoup de faits considérables et lumineux : tout d’abord,
Tewfiq a réussi à rembourser la plupart des dettes. Aussi,
il a installé une ligne féerique sur le pont Al-Laimoun.
D’ailleurs, le khédive a bâti un hôpital psychologique,
ainsi que la mosquée d’Al-Imam Al-Chaféï, sans oublier la
fameuse villa royale de repos, dite de Farouq, à Esna, qui a
été construite par Tewfiq.
Quant à sa vie privée, le khédive Tewfiq a épousé la
princesse Amina Hanem Elhami, fille de Abbass Ier. « C’est
l’unique souverain de la famille alawite qui a épousé une
seule femme », reprend le directeur. Ce couple a eu quatre
enfants : le khédive Abbass Helmi II, le prince Mohamad Ali
Tewfiq ainsi que les princesses Nazli et Nemat-Allah. Connue
parmi le peuple par Oum al-mohsenine ou la mère des
bienfaiteurs, Amina Hanem avait offert tous ses biens aux
pauvres des musulmans.
D.E.
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