Al-Ahram Hebdo,Voyages | Le charme discret de la monarchie
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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Patrimoine. Le mausolée du khédive Tewfiq, connu pour sa coupole, vient d’être remis en honneur en présence d’un descendant de la famille royale. Etat des lieux.

Le charme discret de la monarchie

Après 50 ans de fermeture, Qobbet Afandina ou « la coupole de notre souverain » a été enfin restaurée, et ouverte aux visiteurs. Elle a été en fait inaugurée officiellement la semaine dernière par le ministre des Waqfs, Mahmoud Hamdi Zaqzouq, et le gouverneur du Caire, Abdel-Azim Wazir, en présence du prince Abbass Helmi, le descendant du khédive Tewfiq.

 Qobbet Afandina est une appellation donnée au mausolée du khédive Tewfiq (1852-1892), fils et successeur du khédive Ismaïl. Et ce, « en raison de la superbe coupole qui surmonte la nécropole », explique Mahmoud Abbass, directeur du département de l’histoire moderne au Conseil Suprême des Antiquités (CSA). Pour l’atteindre, il faut passer par les dédales étroits du grand cimetière d’Al-Ghafir qui renferment la plupart des tombes des sultans mamelouks et ottomans et où se trouvent plusieurs mosquées, notamment celle de Qaïtbay. « C’est juste à côté de cette mosquée que se dresse majestueusement Qobbet Afandina », reprend le directeur. Pour y aller, il faut une demi-heure en voiture du centre-ville, puisqu’elle est entourée d’un côté par l’autoroute Al-Nasr et de l’autre côté de  celle de Salah Salem. Le site s’ouvre sur un grand jardin où les arbres historiques étendent leurs ombres aux côtés. A première vue, on a l’impression d’accéder plutôt au fameux jardin historique du palais Manial, pas une nécropole. Mais quelques épitaphes ont occupé un coin de ce jardin et nous renseignent sur le lieu. « Ces tombes appartiennent à des princesses de la famille royale qui ont été ensevelies à Alexandrie. Mais lorsque ce lieu a été submergé dans les années 1980, les autorités ont préféré les transférer au jardin de Qobbet Afandina pour les sauvegarder », explique Saïd Abdel-Aziz, inspecteur des monuments islamiques au CSA. Jusque-là, aucune trace de ladite Qobbet Afandina. Peu de patience. Il faut faire 300 mètres à pied et remarquer, à peine, la splendide coupole qui surmonte la nécropole. Reste peu de pas pour franchir le seuil de la salle où se repose Abbass Helmi II qui a décidé de construire ce cimetière pour commémorer ses parents : le khédive Tewfiq et Amina Hanem Elhami (lire enc.).

 

Un souvenir réhabilité

En effet, le projet de restauration a été proposé en 2004, par le descendant du khédive Tewfiq, le prince Abbass Helmi. Au cours de sa visite du cimetière, il s’est rendu compte que le mausolée de ses ancêtres subissait une détérioration marquante. L’humidité a érodé les couches superficielles des façades, ainsi que les linteaux des fenêtres, sans oublier le marbre détaché du parterre. D’ailleurs, le verre coloré des fenêtres est cassé. De même, les décorations des tombes ainsi que de la coupole ont perdu leur splendeur éclatante d’antan. L’état de la nécropole, aux yeux du prince Abbass Helmi, exigeait une restauration, un nettoyage et une préservation urgente afin de lui restituer sa splendeur. Ainsi, celui-ci a-t-il fait appel de préservation et de conservation auprès du ministère des Waqfs, dont le cimetière en question fait partie de ses biens, afin de restituer à cet édifice funéraire son ampleur d’antan. De sa part, le ministre des Waqfs a versé 500 000 L.E. Quant aux travaux de restauration, ils ont été affiliés à l’Institut des Pays-Bas Flamand du Caire dont les archéologues avaient étudié l’état architectural et décoratif de l’édifice. Quant aux étapes pratiques, elles étaient dirigées par la Polonaise Agnieszka Dobrowolska, qui a été élue par le prince Abbass Helmi lui-même. La restauration a pris trois ans, entre 2005 et les débuts de 2008, pour que le cimetière reprenne son éclat de l’époque.

Ornements et événements

Bâtie en 1894 par l’architecte du palais royal de l’époque Fabricius Bey, Qobbet Afandina témoigne de l’architecture européenne répandue à la fin du XIXe siècle. Mais, l’architecte s’est encore inspiré du style mamelouk, qui était en ce temps complètement rejeté par le grand Mohamad Ali, fondateur de la famille alawite en Egypte. C’est l’exemple-type de la majestueuse coupole dont la décoration aux couleurs vives témoigne de l’apogée de la période mamelouke. « Le khédive Abbass Helmi II a décidé que Qobbet Afandina commémore ses parents ainsi que ses descendants. Il a voulu, en fait, que l’architecture convienne à une telle fonction. Ainsi, elle est sortie impressionnante, voire inoubliable », affirme l’inspecteur Saïd Abdel-Aziz. La nécropole renferme les tombeaux de neuf personnes des membres de la famille royale et notamment les khédives Tewfiq et Abbass Helmi, ainsi que leurs épouses et leurs enfants. Les tombes ont été édifiées en marbre et en bois. Quant aux inscriptions, elles étaient dorées. Celles d’Oum al-mohsenine (mère des bienfaiteurs), la princesse Amina Hanem Elhami, l’épouse du khédive Tewfiq, ainsi que la tombe de ce dernier en sont les plus distinguées par excellence. En marbre qu’elle soit, la tombe d’Amina Hanem Elhami qui ouvre le cimetière est la plus grande parmi les neuf, puisqu’elle se compose de trois niveaux.

Quoiqu’elle soit la plus grande, les experts estiment que la tombe du khédive Tewfiq a plus de valeur, puisqu’elle est construite en bois. Certes, mais les « éléments décoratifs comme l’ivoire et le coquillage que l’architecte a utilisés avec habilité ont haussé la valeur esthétique de la tombe du khédive Tewfiq, et ce sans oublier les formations géométriques qui couvrent les façades et les coins de la tombe », commente l’inspecteur.

D’autre part, il paraît que la fonction de Qobbet Afandina va au-delà de la commémoration des parents du khédive Abbass Helmi II. Ainsi, le visiteur rencontre en fait plusieurs mobiliers qui témoignaient des événements importants de l’histoire égyptienne. C’est l’exemple de la présence du salon en arabesque que le « khédive Ismaïl a utilisé pendant les célébrations de l’inauguration du Canal de Suez en novembre 1869 », affirme Mahmoud Abbass ; aussi trouve-t-on une armoire, des vases et des lustres. D’ailleurs, les deux côtés de l’entrée sont ornés de deux parties de la couverture de la Kaaba, « keswa », qui ont été offertes par le prince d’Al-Hegaz au kédive Abbass Helmi II. Pour les responsables, la keswa donne un aspect spirituel au mausolée médiéval.

Tombes, mobiliers et keswa, tous des éléments qui témoignent non seulement des événements qui ont retracé l’histoire égyptienne, mais encore de la position de l’Etat égyptien sous le règne de la famille alawite. Raison pour laquelle Qobbet Afandina mérite d’être mise au programme touristique du Caire.

Doaa Elhami


 

Khédive malgré lui

Le débat n’a pas cessé sur la responsabilité de Tewfiq dans l’occupation britannique.

« L’homme est le fruit de son entourage familial ». Une telle expression va par excellence avec la personnalité du khédive Tewfiq. Ce souverain, dont le règne était qualifié de ténébreux par les anciens historiens, s’avère à présent moins sombre. Son règne témoigne en fait de l’occupation britannique en 1882, d’où les accusations lancées contre lui, en en faisant un traître. « Avant de juger ses 13 ans de règne (1879-1892), jetons un coup d’œil sur l’ambiance qui a marqué son enfance et sa jeunesse », commente Mahmoud Abbass, directeur du département de l’histoire moderne auprès du Conseil Suprême des Antiquités (CSA).

Né en 1852, le khédive Tewfiq est le fils du khédive Ismaïl et Chafaq-Nour Hanem, l’une de ses 14 courtisanes. Et bien qu’il soit son aîné, le khédive Ismaïl ne le reconnaissait pas en tant que tel. Il ne voulait pas que le prince Tewfiq lui succède au trône, puisque sa femme officielle était Hour-Ganan Hanem qui n’a eu que la princesse Amina. La relation entre le père et le fils était marquée d’une ambiguïté marquante. Mais il paraît qu’Ismaïl pacha n’aimait pas son fils aîné qui a été exceptionnellement élevé et éduqué en Egypte. Tous ses autres enfants mâles ont suivi leur enseignement à l’étranger. Le prince Tewfiq sera en fait connu par la faiblesse de la personnalité ainsi que le manque de confiance en lui-même dû à la négligence de son père. Il l’avoue à Batler, le maître de la langue anglaise de ses fils, en disant : « Mon père n’avait pas confiance en moi et me maltraitait. Un des ministres, dont la position était peu considérable, voulant mon aide pour étendre sa domination sur l’ouest du pays, m’a menacé de faire en sorte que mon père m’envoie au Soudan. Je lui ai répondu que le khédive, mon père, s’il a décidé, qu’il m’envoie même jusqu’au fond du Soudan ».

Au cours des premières années de sa jeunesse, le prince Tewfiq refusait la politique d’endettement du khédive Ismaïl. En plus, il avait de fortes relations avec les intellectuels de l’époque, à l’instar de Gamaleddine Al-Afghani, cheikh Mohamad Abdou, Ahmad Orabi et Ibrahim Al-Laqqani. Il connaissait, voire admettait les avis des Egyptiens qui critiquaient leur souverain. Mais du jour au lendemain, en juin 1879, Tewfiq deviendra le khédive de l’empire africain, formé déjà par son père, et sera alourdi d’environ 96 millions L.E. de dettes. Quelques mois plus tard, un malentendu est né, voire accentué, au fil des jours, entre lui et son ami de jeunesse Ahmad Orabi, commandant de l’armée. Ce malentendu a été saisi par les Anglais qui, sous prétexte de le secourir contre son récent ennemi, ont concentré des troupes à Alexandrie et ont combattu Orabi. Résultat : les Anglais se sont emparés de l’Egypte pour enfin l’occuper. « Il est certain que le khédive Tewfiq n’a pas trahi le pays où il a vécu toute sa vie. Certes, mais il savait que la cour royale voulait se débarrasser de lui. Par ailleurs, par manque d’expérience, il avait mis toute sa confiance dans les Anglais », affirme Mahmoud Abbass.

Malgré tous ces inconvénients, le khédive Tewfiq a entamé beaucoup de faits considérables et lumineux : tout d’abord, Tewfiq a réussi à rembourser la plupart des dettes. Aussi, il a installé une ligne féerique sur le pont Al-Laimoun. D’ailleurs, le khédive a bâti un hôpital psychologique, ainsi que la mosquée d’Al-Imam Al-Chaféï, sans oublier la fameuse villa royale de repos, dite de Farouq, à Esna, qui a été construite par Tewfiq.

Quant à sa vie privée, le khédive Tewfiq a épousé la princesse Amina Hanem Elhami, fille de Abbass Ier. « C’est l’unique souverain de la famille alawite qui a épousé une seule femme », reprend le directeur. Ce couple a eu quatre enfants : le khédive Abbass Helmi II, le prince Mohamad Ali Tewfiq ainsi que les princesses Nazli et Nemat-Allah. Connue parmi le peuple par Oum al-mohsenine ou la mère des bienfaiteurs, Amina Hanem avait offert tous ses biens aux pauvres des musulmans.

D.E.

 




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