Al-Ahram Hebdo, Opinion | La porte ouverte devant Obama
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Opinion
 

La porte ouverte devant Obama

Mohamed Salmawy

 

Pendant mon séjour de dix jours aux Etats-Unis, j’ai remarqué que les prochaines élections présidentielles étaient le sujet qui préoccupait le plus les gens. La concurrence effrénée, d’une part entre les deux candidats démocrates Barak Obama et Hillary Clinton, et celle opposant, d’autre part, ce camp au Parti républicain représenté par John McCain, dominait, en grande partie, leurs entretiens quotidiens.

Bien que suivant de près la course aux présidentielles avant mon arrivée aux Etats-Unis, il est des réalités que j’ignorais totalement avant de me trouver sur le champ de bataille. La plus importante étant la grande objection dont fait l’objet Hillary Rodham Clinton, pour des raisons propres à sa personne, et à la manière dont elle est perçue par beaucoup plus qu’à ses politiques affichées et à ses positions vis-à-vis des dossiers d’ordre public.

Hillary a, par exemple, fait de nouvelles propositions relatives au système fiscal, entre autres, la taxe sur le gaz. Ces propositions  rejetées par l’opinion publique démontrent qu’elles l’ont été parce qu’elles émanent de cette candidate démocrate. D’ailleurs, si ces propositions étaient avancées par quelqu’un d’autre, il serait probable qu’elles aient été débattues avec plus d’objectivité.

Sur un autre plan, nous voyons que l’opinion publique est disposée à accepter plus les idées et les positions de Barak Obama, qui devance, lui, McCain et Hillary sur ce plan. L’incident du révérend Jeremiah White est l’exemple le plus éloquent prouvant la disposition des électeurs à accepter la vision d’Obama. Ce membre de l’Eglise, qui a des liens étroits avec Obama, a fait des déclarations non conformes à l’unanimité de l’opinion publique américaine au niveau de certains dossiers délicats, comme les explosions de septembre 2001 et la situation des minorités en Amérique. Ainsi, un tollé a été suscité dans les médias dans les 4 coins du pays. Il avait déclaré, entre autres, que les Etats-Unis étaient les seuls responsables des événements de septembre 2001 et les politiques étrangères partiales et arrogantes qui en ont découlé. Il a déclaré également que les Etats-Unis devaient reconsidérer leurs politiques dans le tiers-monde, notamment au Moyen-Orient, s’ils comptaient vraiment lutter contre le terrorisme.

Une déclaration de vraie apostasie pour les Américains, si l’on songe. D’aucuns pourraient se rappeler lorsque le milliardaire saoudien Al-Walid bin Talal a voulu consoler le peuple américain à l’issue de ces explosions. Il a alors envoyé à cette époque au maire de New York un chèque de 10 millions de dollars. Il avait demandé aux Etats-Unis de reconsidérer leur politique étrangère et de prendre des positions plus objectives vis-à-vis du Moyen-Orient.

Le maire Rudolph Giuliani avait refusé cette donation et avait pris une position démagogique arrogante, disant que les Etats-Unis refusaient les conseils de ceux qui désiraient les détruire. Depuis ce temps, il était devenu inconcevable de parler de n’importe quelle responsabilité des Etats-Unis d’attiser le sentiment d’injustice qui entraîne, à son tour, la violence et le terrorisme.

La relation étroite qui liait Barak Obama au révérend White a amené certains cercles opposés au candidat démocrate à déclencher une attaque féroce contre lui. D’autant plus qu’il avait signalé, à plus d’une occasion, qu’il se considérait comme le disciple de White. Cette attaque a obligé Obama à déclarer qu’il n’adoptait pas les opinions de White et il a demandé que l’on ne lui demande des comptes que sur les positions qu’il affichait.

En commentaire, White a déclaré qu’Obama était un homme de politique, candidat aux présidentielles, et ceci lui imposait des positions bien déterminées. Quant à lui, c’est-à-dire White, il ne faisait pas de politique et n’était candidat à n’importe quel poste politique, raison pour laquelle il avait le droit d’exprimer son opinion dans son intégralité, sans prendre en compte des considérations politiques.

Certains se sont imaginés que ce serait là le point de faiblesse d’Obama et sa fin. Mais sa personnalité et la sincérité qui l’avaient distingué étaient, à elles seules, suffisantes pour qu’il dépasse cet obstacle en peu de temps. Plus tard, cet incident tomba dans l’oubli.

Cette crédibilité qui distingue la personnalité de Barak Obama par rapport à Hillary Clinton et John McCain revient à son expérience en tant que sénateur au cours de laquelle les électeurs ne lui ont reproché  aucune tentative de manipulation ou de tricherie. Le livre qu’il a publié, il y a quelques années, sur sa vie et qui avait pour titre Dreams From my Father, est devenu rapidement l’un des plus importants best-sellers aux Etats-Unis, et a contribué, à son tour, à faire connaître aux électeurs le parcours d’Obama et ses conditions de vie, ainsi que ses visions modérées sur les dossiers des minorités, de la femme et de la justice sociale ou autres. Plus tard, il publia un deuxième livre intitulé The Audacity of Hope, qui est devenu également l’un des plus importants best-sellers selon la liste du New York Times, connu comme étant le plus précis et le plus crédible dans le monde des livres.

Barak a reposé dans son dernier livre sur une théorie selon laquelle les Etats-Unis souffrent actuellement de nombreux problèmes internes et externes. Mais qu’ils avaient toujours eu la capacité d’avoir espoir en l’avenir. Selon lui, c’est là que réside la voie du réel salut qui repêcherait l’Amérique des problèmes actuels qui l’entourent politiquement, économiquement et socialement. Et c’est en ces termes qu’Obama s’est adressé au peuple américain. Il a ressuscité en lui l’espoir en un avenir meilleur.

Ajoutons à cela le fait qu’Obama soit  considéré aux yeux de la majorité des Américains comme le plus proche de la revendication d’un changement qui se trouve en tête de liste des priorités, après huit ans de gouvernance de Bush. John McCain est le prolongement de la politique de l’actuelle administration américaine. Quant à Hillary, le peuple américain ne lui voue pas une confiance totale et personne ne peut savoir exactement comment elle va procéder, une fois installée à la Maison Blanche.

Dans un dîner qui m’a réuni avec un nombre d’amis dans le célèbre club Nicker Bocker à New York, qui est uniquement réservé à ses membres, l’entretien a abordé les prochaines élections présidentielles. L’une des descendantes de la famille Firestone, célèbre pour la production de pneus, m’a dit qu’elle appartenait à une famille qui est l’alliée historique du Parti républicain, mais qu’elle ne savait pas qui élire cette fois-ci. Le pays a besoin du changement, tel qu’elle a réitéré. « Nous espérons, a-t-elle dit, que le Parti républicain nous présente, cette fois-ci, une nouvelle vision qui introduirait le changement à travers les principes républicains. Mais malheureusement, le candidat du parti reflète le maintien du statu quo, et je n’élirai pas Hillary qui est intelligente plus qu’il ne le faut, ce qui la discréditerait sans doute ». Et les déclarations se sont arrêtées là, comme pour dire que le choix se fera entre les deux candidats blancs McCain et Hillary et qu’il n’y a pas de troisième.

En réalité, les Etats-Unis ont déployé un grand effort pour dépasser le racisme contre les personnes de couleur et les minorités ethniques. Mais l’idée de l’accession d’un homme de couleur reste toujours totalement inacceptable. Ceci divise le pays en deux entre les jeunes, les personnes de couleurs, les minorités et les couches aspirant au changement. Parmi tous ceux-là, la plus grande tranche d’entre eux penche pour Barak Obama. Il y a également ceux qui désirent maintenir le statu quo et qui voteront au cours des prochaines présidentielles pour le candidat républicain John McCain. Quant au conflit opposant Hillary et Obama, il réside dans la plupart dans les voix des blancs. Ainsi, lorsque l’ancien candidat aux présidentielles John Edwards a annoncé son appui à Obama, il a ainsi ouvert une nouvelle voie devant les candidats de couleur pour s’attirer les voix des blancs aux élections. La question qui se pose est alors si la porte s’ouvrira encore plus pour obtenir davantage des voix des blancs au profit d’Obama, ou bien il n’y aurait que celle d’Edwards ?

Les jours qui viennent apporteront une réponse à cette question qui, à son tour, déterminera les résultats des élections présidentielles américaines qui auront lieu en novembre prochain.

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