La porte ouverte devant Obama
Mohamed Salmawy
Pendant
mon séjour de dix jours aux Etats-Unis, j’ai remarqué que
les prochaines élections présidentielles étaient le sujet
qui préoccupait le plus les gens. La concurrence effrénée,
d’une part entre les deux candidats démocrates Barak Obama
et Hillary Clinton, et celle opposant, d’autre part, ce camp
au Parti républicain représenté par John McCain, dominait,
en grande partie, leurs entretiens quotidiens.
Bien que suivant de près la course aux présidentielles avant
mon arrivée aux Etats-Unis, il est des réalités que
j’ignorais totalement avant de me trouver sur le champ de
bataille. La plus importante étant la grande objection dont
fait l’objet Hillary Rodham Clinton, pour des raisons
propres à sa personne, et à la manière dont elle est perçue
par beaucoup plus qu’à ses politiques affichées et à ses
positions vis-à-vis des dossiers d’ordre public.
Hillary a, par exemple, fait de nouvelles propositions
relatives au système fiscal, entre autres, la taxe sur le
gaz. Ces propositions rejetées par l’opinion publique
démontrent qu’elles l’ont été parce qu’elles émanent de
cette candidate démocrate. D’ailleurs, si ces propositions
étaient avancées par quelqu’un d’autre, il serait probable
qu’elles aient été débattues avec plus d’objectivité.
Sur
un autre plan, nous voyons que l’opinion publique est
disposée à accepter plus les idées et les positions de Barak
Obama, qui devance, lui, McCain et Hillary sur ce plan.
L’incident du révérend Jeremiah White est l’exemple le plus
éloquent prouvant la disposition des électeurs à accepter la
vision d’Obama. Ce membre de l’Eglise, qui a des liens
étroits avec Obama, a fait des déclarations non conformes à
l’unanimité de l’opinion publique américaine au niveau de
certains dossiers délicats, comme les explosions de
septembre 2001 et la situation des minorités en Amérique.
Ainsi, un tollé a été suscité dans les médias dans les 4
coins du pays. Il avait déclaré, entre autres, que les
Etats-Unis étaient les seuls responsables des événements de
septembre 2001 et les politiques étrangères partiales et
arrogantes qui en ont découlé. Il a déclaré également que
les Etats-Unis devaient reconsidérer leurs politiques dans
le tiers-monde, notamment au Moyen-Orient, s’ils comptaient
vraiment lutter contre le terrorisme.
Une déclaration de vraie apostasie pour les Américains, si
l’on songe. D’aucuns pourraient se rappeler lorsque le
milliardaire saoudien Al-Walid bin Talal a voulu consoler le
peuple américain à l’issue de ces explosions. Il a alors
envoyé à cette époque au maire de New York un chèque de 10
millions de dollars. Il avait demandé aux Etats-Unis de
reconsidérer leur politique étrangère et de prendre des
positions plus objectives vis-à-vis du Moyen-Orient.
Le maire Rudolph Giuliani avait refusé cette donation et
avait pris une position démagogique arrogante, disant que
les Etats-Unis refusaient les conseils de ceux qui
désiraient les détruire. Depuis ce temps, il était devenu
inconcevable de parler de n’importe quelle responsabilité
des Etats-Unis d’attiser le sentiment d’injustice qui
entraîne, à son tour, la violence et le terrorisme.
La
relation étroite qui liait Barak Obama au révérend White a
amené certains cercles opposés au candidat démocrate à
déclencher une attaque féroce contre lui. D’autant plus
qu’il avait signalé, à plus d’une occasion, qu’il se
considérait comme le disciple de White. Cette attaque a
obligé Obama à déclarer qu’il n’adoptait pas les opinions de
White et il a demandé que l’on ne lui demande des comptes
que sur les positions qu’il affichait.
En commentaire, White a déclaré qu’Obama était un homme de
politique, candidat aux présidentielles, et ceci lui
imposait des positions bien déterminées. Quant à lui,
c’est-à-dire White, il ne faisait pas de politique et
n’était candidat à n’importe quel poste politique, raison
pour laquelle il avait le droit d’exprimer son opinion dans
son intégralité, sans prendre en compte des considérations
politiques.
Certains se sont imaginés que ce serait là le point de
faiblesse d’Obama et sa fin. Mais sa personnalité et la
sincérité qui l’avaient distingué étaient, à elles seules,
suffisantes pour qu’il dépasse cet obstacle en peu de temps.
Plus tard, cet incident tomba dans l’oubli.
Cette crédibilité qui distingue la personnalité de Barak
Obama par rapport à Hillary Clinton et John McCain revient à
son expérience en tant que sénateur au cours de laquelle les
électeurs ne lui ont reproché aucune tentative de
manipulation ou de tricherie. Le livre qu’il a publié, il y
a quelques années, sur sa vie et qui avait pour titre Dreams
From my Father, est devenu rapidement l’un des plus
importants best-sellers aux Etats-Unis, et a contribué, à
son tour, à faire connaître aux électeurs le parcours d’Obama
et ses conditions de vie, ainsi que ses visions modérées sur
les dossiers des minorités, de la femme et de la justice
sociale ou autres. Plus tard, il publia un deuxième livre
intitulé The Audacity of Hope, qui est devenu également l’un
des plus importants best-sellers selon la liste du New York
Times, connu comme étant le plus précis et le plus crédible
dans le monde des livres.
Barak
a reposé dans son dernier livre sur une théorie selon
laquelle les Etats-Unis souffrent actuellement de nombreux
problèmes internes et externes. Mais qu’ils avaient toujours
eu la capacité d’avoir espoir en l’avenir. Selon lui, c’est
là que réside la voie du réel salut qui repêcherait
l’Amérique des problèmes actuels qui l’entourent
politiquement, économiquement et socialement. Et c’est en
ces termes qu’Obama s’est adressé au peuple américain. Il a
ressuscité en lui l’espoir en un avenir meilleur.
Ajoutons à cela le fait qu’Obama soit considéré aux
yeux de la majorité des Américains comme le plus proche de
la revendication d’un changement qui se trouve en tête de
liste des priorités, après huit ans de gouvernance de Bush.
John McCain est le prolongement de la politique de
l’actuelle administration américaine. Quant à Hillary, le
peuple américain ne lui voue pas une confiance totale et
personne ne peut savoir exactement comment elle va procéder,
une fois installée à la Maison Blanche.
Dans un dîner qui m’a réuni avec un nombre d’amis dans le
célèbre club Nicker Bocker à New York, qui est uniquement
réservé à ses membres, l’entretien a abordé les prochaines
élections présidentielles. L’une des descendantes de la
famille Firestone, célèbre pour la production de pneus, m’a
dit qu’elle appartenait à une famille qui est l’alliée
historique du Parti républicain, mais qu’elle ne savait pas
qui élire cette fois-ci. Le pays a besoin du changement, tel
qu’elle a réitéré. « Nous espérons, a-t-elle dit, que le
Parti républicain nous présente, cette fois-ci, une nouvelle
vision qui introduirait le changement à travers les
principes républicains. Mais malheureusement, le candidat du
parti reflète le maintien du statu quo, et je n’élirai pas
Hillary qui est intelligente plus qu’il ne le faut, ce qui
la discréditerait sans doute ». Et les déclarations se sont
arrêtées là, comme pour dire que le choix se fera entre les
deux candidats blancs McCain et Hillary et qu’il n’y a pas
de troisième.
En réalité, les Etats-Unis ont déployé un grand effort pour
dépasser le racisme contre les personnes de couleur et les
minorités ethniques. Mais l’idée de l’accession d’un homme
de couleur reste toujours totalement inacceptable. Ceci
divise le pays en deux entre les jeunes, les personnes de
couleurs, les minorités et les couches aspirant au
changement. Parmi tous ceux-là, la plus grande tranche
d’entre eux penche pour Barak Obama. Il y a également ceux
qui désirent maintenir le statu quo et qui voteront au cours
des prochaines présidentielles pour le candidat républicain
John McCain. Quant au conflit opposant Hillary et Obama, il
réside dans la plupart dans les voix des blancs. Ainsi,
lorsque l’ancien candidat aux présidentielles John Edwards a
annoncé son appui à Obama, il a ainsi ouvert une nouvelle
voie devant les candidats de couleur pour s’attirer les voix
des blancs aux élections. La question qui se pose est alors
si la porte s’ouvrira encore plus pour obtenir davantage des
voix des blancs au profit d’Obama, ou bien il n’y aurait que
celle d’Edwards ?
Les jours qui viennent apporteront une réponse à cette
question qui, à son tour, déterminera les résultats des
élections présidentielles américaines qui auront lieu en
novembre prochain.