Syrie-Israël.
Après un gel de huit ans, les deux pays ont amorcé une
nouvelle série de négociations indirectes dont le but semble
davantage de briser l’axe Damas-Téhéran que d’aboutir à un
accord de paix.
La nouvelle voie
Les
nouveaux pourparlers entre la Syrie et Israël, à peine
entamés, sont-ils déjà compromis ? S’il est encore tôt de
juger de leur devenir, il est tout de même clair que les
positions sont antagonistes, les objectifs étant d’ores et
déjà opposés. Officiellement, les pourparlers indirects
syro-israéliens, les premiers entre les deux pays depuis
leur interruption en 2000, portent sur un retrait israélien
du plateau du Golan conquis en 1967, en échange d’un accord
de paix. Pour Israël, une paix avec la Syrie bouleverserait
la donne régionale et pourrait notamment permettre
d’affaiblir l’Iran, actuel allié de Damas, pire ennemi de l’Etat
hébreu, et surtout une puissance régionale dont le poids est
de plus en plus important ces dernières années, notamment
avec le rôle croissant du Hezbollah au Liban et les
changements de la donne en Iraq depuis la chute du régime de
Saddam Hussein et la montée des groupes chiites.
Pour Damas, il s’agit avant tout de récupérer le Golan, tout
en gardant un rôle régional de premier ordre, mais aussi de
rétablir les liens avec l’Occident et sortir de l’isolement.
Or, ce rôle régional ne peut se faire sans une alliance avec
Téhéran et avec le Hezbollah. Les négociations indirectes
qui reprendront la semaine prochaine sous les auspices de la
Turquie — un premier cycle s’est tenu la semaine dernière à
Istanbul —, s’annoncent donc difficiles.
D’emblée, Damas a prévenu que son alliance avec l’Iran ne
pâtirait pas des pourparlers de paix engagés avec Israël,
alors que l’Etat hébreu souhaiterait voir Damas rompre avec
Téhéran. Ainsi, dans son édition de samedi dernier, le
quotidien gouvernemental Techrine, qui reprend le discours
officiel, écrit : « La Syrie refuse toute condition
préalable concernant ses relations avec les autres pays.
Damas ne fait pas de compromis sur ces relations ». Tout en
qualifiant ces « conditions » de « chantages », qui mettent
« des bâtons dans les roues » du processus de paix. « La
Syrie annoncera plus tard si les négociations indirectes ont
enregistré des progrès ou si elles se sont heurtées à des
obstacles et des conditions », a ajouté le journal.
Des propos qui tombent comme une mise au point à l’encontre
des dirigeants israéliens qui réclament de Damas une rupture
avec l’Iran. Jeudi dernier, la ministre israélienne des
Affaires étrangères, Tzipi Livni, l’a clairement dit. Elle a
posé comme condition à tout progrès dans les discussions
avec Damas la rupture de ses liens avec « l’Iran, le
Hezbollah (libanais), le Hamas (palestinien), et les autres
organisations terroristes ».
Mais la Syrie, qui voit dans ces négociations la possibilité
d’obtenir un plus grand rôle régional, n’est pas montée
seule au créneau. Dimanche, le ministre iranien de la
Défense, Mohammad Najar, a réaffirmé le caractère «
stratégique » des relations entre l’Iran et Damas, « basées
sur les intérêts nationaux des deux pays et du monde
islamique », lors d’un entretien à Téhéran avec son
homologue syrien Hassan Turkmani. L’alliance Damas-Téhéran
s’est renforcée en 2006 avec la signature d’un accord de
coopération militaire. Et la visite de Hassan Turkmani à
Téhéran, quelques jours à peine après l’annonce de la
reprise des pourparlers israélo-syriens, est lourde de
significations. A la veille de cette visite déjà, le
ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki
est intervenu, déclarant qu’Israël devait restituer le
plateau du Golan à Damas sans condition.
Contenir le Hezbollah et le Hamas
Dans un contexte régional complexe, les objectifs
s’enchevêtrent. En jeu, interviennent également la récente
crise libanaise et l’accord de Doha sur le Liban, qui a mis
fin à un bras de fer de 18 mois entre la majorité
parlementaire antisyrienne et l’opposition menée par le
Hezbollah chiite. Avec cet accord d’une part, et le
lancement des pourparlers syro-israéliens d’autre part,
c’est l’occasion ou jamais, pour les Israéliens, de contenir
et le Hezbollah, et le Hamas. Israël veut donc déstabiliser
la « coalition des tireurs de roquettes », expression
utilisée par le commentateur diplomatique du journal
Haaretz, Aluf Benn, et qui englobe l’Iran, la Syrie, le
Hezbollah et le Hamas à Gaza.
Pour ce qui est du Hezbollah, la guerre du Liban de 2006 a
montré à quel point Israël était vulnérable face aux tirs de
roquettes contre sa population civile, malgré une nette
supériorité militaire. Quant à la question de fond dans les
relations israélo-arabes, c’est-à-dire la Palestine, Israël
veut avant tout neutraliser le Hamas, dont il craint la
montée en puissance et qui risque de devenir l’unique
porte-parole des Palestiniens.
Pour cela, les Israéliens comptent sur le fait que les
Syriens feront passer leur intérêt avant tout, c’est-à-dire
le Golan. Le premier ministre israélien, Ehud Olmert n’a pas
dit publiquement qu’Israël le restituerait à Damas, mais il
a évoqué des « concessions douloureuses et importantes »
inévitables pour parvenir à la paix. Une expression qui
revient sans cesse dans le jargon israélien, mais derrière
laquelle se cachait souvent une intransigeance à l’origine
de l’échec de précédentes négociations. Reste à savoir si
cette nouvelle donne régionale complexe et entremêlée
modifiera les conditions de négociations.
Abir
Taleb