Coptes.
Un projet de loi sur le statut personnel serait en cours de
finalisation par le Conseil communautaire copte. Une
démarche qui pourrait mettre un terme au conflit actuel
entre les tribunaux et l’église.
Concilier l’ecclésiastique et le
judiciaire
Un nouveau texte de statut personnel pour les coptes
orthodoxes devrait être soumis aux autorités très
prochainement. Al-Maglis al-melli, ou le Conseil
communautaire de l’Eglise copte, aurait réagi pour éviter un
affrontement avec l’institution judiciaire, notamment sur
les questions de mariage et de divorce des citoyens
chrétiens. La loi en vigueur que les tribunaux appliquent
sur les chrétiens d’Egypte date de 1938 ; elle avait été
élaborée par ce même Conseil communautaire laïque. De son
côté, l’Eglise n’a jamais reconnu cette législation, la
jugeant contraire aux enseignements de l’Evangile.
Se basant sur cette législation, les tribunaux accordent le
divorce dans une dizaine de cas : maladie incurable,
incarcération ou absence prolongée de l’un des conjoints,
violence conjugale … entre autres, au moment où l’Eglise
n’en reconnaît que deux, à savoir l’adultère et la
conversion à une autre religion. Cette dualité signifie
simplement que les coptes qui recourent à la justice pour
obtenir le divorce, pour des raisons autres que celles
reconnues par l’église, n’ont pas beaucoup de chance de
pouvoir se refaire un mariage religieux.
Au mois de mars, la Haute Cour administrative avait enjoint
l’église à accorder des permis de remariage aux citoyens
chrétiens ayant obtenu le divorce par les tribunaux. Le chef
de l’Eglise, le pape Chénouda III, a critiqué le verdict et
rejeté fermement l’idée de « transgresser les enseignements
de l’Evangile, quitte à contredire la loi ». Passant à
l’offensive, le pape a dénoncé les tergiversations des
autorités qui refusent d’adopter le projet de loi unique sur
le statut personnel, présenté à deux reprises en 1978 et en
1998, par les chefs de toutes les communautés religieuses en
Egypte, orthodoxe, catholique et protestante. Du point de
vue de l’église, la solution est simple : il suffit que les
tribunaux appliquent ce projet de loi pour éviter le conflit
entre les décisions judiciaires et ecclésiastiques.
C’est sur cet arrière-plan qu’interviendrait donc le projet
de statut personnel du Conseil communautaire copte orthodoxe
: face au rechignement de l’Etat qui ne veut pas prendre
acte des revendications des églises chrétiennes, Al-Maglis
al-melli a décidé de prendre les choses en main. Formé dans
le temps de notables coptes majoritairement opposés au
clergé, le conseil constitue aujourd’hui « l’une des deux
ailes de l’église, avec le saint-synode », pour reprendre le
terme d’un évêque copte. Logiquement, le nouveau projet de
statut personnel sortira en parfaite harmonie avec les
croyances de l’église. Les juges devront prendre acte de
cette nouvelle législation qui invalidera l’ancienne,
puisque la loi égyptienne accorde au Maglis de légiférer en
matière de statut personnel des coptes. C’est du moins ce
que souhaite l’Eglise qui, selon des sources ayant gardé
l’anonymat, aurait obtenu le feu vert des autorités
égyptiennes.
Pour éviter que cette initiative ne soit vue comme un accord
« séparé » entre l’Eglise copte orthodoxe et l’Etat, le
secrétaire général du Conseil communautaire, Edouard Ghaleb,
a affirmé qu’il s’agissait d’une démarche « provisoire en
attendant l’adoption de la loi unique élaborée par les chefs
de toutes les communautés chrétiennes ». De son côté,
l’évêque Youhanna Qolta, de l’Eglise catholique d’Egypte, a
estimé que les amendements en question étaient une affaire
interne qui ne concerne que les coptes orthodoxes. « Je
pense qu’une réunion regroupera prochainement les chefs des
communautés chrétiennes pour relancer le statut personnel
commun ainsi que l’appel à l’Etat afin de le mettre en
vigueur », a affirmé Mgr Qolta.
Cela dit, des voix de fidèles s’élèvent pour dire halte à ce
genre de tentatives qui visent à rendre caduque la
législation de 1938. C’est notamment le cas du pasteur Ekram
Lameï, de l’Eglise évangélique. « Dans le fond, ce sont les
enseignements religieux qui doivent être placés au service
de l’homme et non le contraire, c’est ce que le Christ a
dit. Beaucoup de responsables à l’Eglise protestante
égyptienne pensent comme moi, mais malheureusement, beaucoup
d’autres s’en tiennent encore à la lettre plutôt qu’à
l’esprit », regrette-t-il. Dans une moindre proportion
certes, de telles voix se font entendre dans les milieux
coptes orthodoxes. « Restreindre ainsi le droit d’obtenir le
divorce ne résoudra pas le problème. Beaucoup de chrétiens
se convertissent à l’islam juste pour pouvoir divorcer, et
demandent ensuite de retourner au christianisme. Cela crée
d’importants problèmes juridiques et interconfessionnels »,
pense l’avocat copte, Naguib Guebraïl. Comme Lameï, il
appelle à plus de souplesse dans l’application des textes
religieux. « De toute façon, je ne pense pas que le
ministère de la Justice acceptera cette législation, je
m’attends plutôt à une escalade de la confrontation opposant
l’Eglise à l’Etat », ajoute Guebraïl.
Chérif
Albert