Al-Ahram Hebdo, Egypte | Concilier l’ecclésiastique et le judiciaire
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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Egypte

Coptes. Un projet de loi sur le statut personnel serait en cours de finalisation par le Conseil communautaire copte. Une démarche qui pourrait mettre un terme au conflit actuel entre les tribunaux et l’église.

Concilier l’ecclésiastique et le judiciaire

Un nouveau texte de statut personnel pour les coptes orthodoxes devrait être soumis aux autorités très prochainement. Al-Maglis al-melli, ou le Conseil communautaire de l’Eglise copte, aurait réagi pour éviter un affrontement avec l’institution judiciaire, notamment sur les questions de mariage et de divorce des citoyens chrétiens. La loi en vigueur que les tribunaux appliquent sur les chrétiens d’Egypte date de 1938 ; elle avait été élaborée par ce même Conseil communautaire laïque. De son côté, l’Eglise n’a jamais reconnu cette législation, la jugeant contraire aux enseignements de l’Evangile.

Se basant sur cette législation, les tribunaux accordent le divorce dans une dizaine de cas : maladie incurable, incarcération ou absence prolongée de l’un des conjoints, violence conjugale … entre autres, au moment où l’Eglise n’en reconnaît que deux, à savoir l’adultère et la conversion à une autre religion. Cette dualité signifie simplement que les coptes qui recourent à la justice pour obtenir le divorce, pour des raisons autres que celles reconnues par l’église, n’ont pas beaucoup de chance de pouvoir se refaire un mariage religieux.

Au mois de mars, la Haute Cour administrative avait enjoint l’église à accorder des permis de remariage aux citoyens chrétiens ayant obtenu le divorce par les tribunaux. Le chef de l’Eglise, le pape Chénouda III, a critiqué le verdict et rejeté fermement l’idée de « transgresser les enseignements de l’Evangile, quitte à contredire la loi ». Passant à l’offensive, le pape a dénoncé les tergiversations des autorités qui refusent d’adopter le projet de loi unique sur le statut personnel, présenté à deux reprises en 1978 et en 1998, par les chefs de toutes les communautés religieuses en Egypte, orthodoxe, catholique et protestante. Du point de vue de l’église, la solution est simple : il suffit que les tribunaux appliquent ce projet de loi pour éviter le conflit entre les décisions judiciaires et ecclésiastiques.

C’est sur cet arrière-plan qu’interviendrait donc le projet de statut personnel du Conseil communautaire copte orthodoxe : face au rechignement de l’Etat qui ne veut pas prendre acte des revendications des églises chrétiennes, Al-Maglis al-melli a décidé de prendre les choses en main. Formé dans le temps de notables coptes majoritairement opposés au clergé, le conseil constitue aujourd’hui « l’une des deux ailes de l’église, avec le saint-synode », pour reprendre le terme d’un évêque copte. Logiquement, le nouveau projet de statut personnel sortira en parfaite harmonie avec les croyances de l’église. Les juges devront prendre acte de cette nouvelle législation qui invalidera l’ancienne, puisque la loi égyptienne accorde au Maglis de légiférer en matière de statut personnel des coptes. C’est du moins ce que souhaite l’Eglise qui, selon des sources ayant gardé l’anonymat, aurait obtenu le feu vert des autorités égyptiennes.

Pour éviter que cette initiative ne soit vue comme un accord « séparé » entre l’Eglise copte orthodoxe et l’Etat, le secrétaire général du Conseil communautaire, Edouard Ghaleb, a affirmé qu’il s’agissait d’une démarche « provisoire en attendant l’adoption de la loi unique élaborée par les chefs de toutes les communautés chrétiennes ». De son côté, l’évêque Youhanna Qolta, de l’Eglise catholique d’Egypte, a estimé que les amendements en question étaient une affaire interne qui ne concerne que les coptes orthodoxes. « Je pense qu’une réunion regroupera prochainement les chefs des communautés chrétiennes pour relancer le statut personnel commun ainsi que l’appel à l’Etat afin de le mettre en vigueur », a affirmé Mgr Qolta.

Cela dit, des voix de fidèles s’élèvent pour dire halte à ce genre de tentatives qui visent à rendre caduque la législation de 1938. C’est notamment le cas du pasteur Ekram Lameï, de l’Eglise évangélique. « Dans le fond, ce sont les enseignements religieux qui doivent être placés au service de l’homme et non le contraire, c’est ce que le Christ a dit. Beaucoup de responsables à l’Eglise protestante égyptienne pensent comme moi, mais malheureusement, beaucoup d’autres s’en tiennent encore à la lettre plutôt qu’à l’esprit », regrette-t-il. Dans une moindre proportion certes, de telles voix se font entendre dans les milieux coptes orthodoxes. « Restreindre ainsi le droit d’obtenir le divorce ne résoudra pas le problème. Beaucoup de chrétiens se convertissent à l’islam juste pour pouvoir divorcer, et demandent ensuite de retourner au christianisme. Cela crée d’importants problèmes juridiques et interconfessionnels », pense l’avocat copte, Naguib Guebraïl. Comme Lameï, il appelle à plus de souplesse dans l’application des textes religieux. « De toute façon, je ne pense pas que le ministère de la Justice acceptera cette législation, je m’attends plutôt à une escalade de la confrontation opposant l’Eglise à l’Etat », ajoute Guebraïl.

Chérif Albert

 

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