Al-Ahram Hebdo,Dossier | Beyrouth revient à la vie
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Dossier

Liban. La capitale libanaise semble renaître de ses cendres, à la suite de l’accord de réconciliation nationale. Après 537 jours, le sit-in de l’opposition prend finalement fin.

Beyrouth revient à la vie

La triste capitale commence à reprendre son air de joie et de liesse qui lui avait fait défaut depuis longtemps, à commencer par l’agression israélienne en terminant par les violences qui avaient fait 65 morts et 200 blessés, les plus sanglantes depuis la guerre civile (1975-90) et en passant par le sit-in de l’opposition. Et voici que l’on célèbre bien avant l’élection du nouveau chef de l’Etat, le général Michel Sleimane. En quelques heures, la page semble avoir été tournée. Une période de 18 mois où l’opposition avait occupé les places Al-Nejma et Riyad Al-Solh. Oubliés aussi les événements sanglants du 8 au 9 mai qui, en plus des morts et des blessés, ont suscité une véritable dévastation des maisons et des commerces et surtout cette douleur ressentie par tous ceux qui se sont mis à geindre face à la cruauté du sort. De nombreuses maisons continuent à afficher les signes du deuil par tristesse pour ceux qui sont tombés au cours d’une bataille qu’il était facile d’éviter. Avec le reste des Libanais, ils souhaitaient qu’une fin ait été mise au sit-in et que les parties en conflit parviennent à mettre fin à ce sang libanais qui coule.

Les antagonistes se sont réunis à Doha et se sont entendus après une longue attente. Beyrouth ne sait pas pourquoi ils ont divergé. Elle ne sait pas aussi sur quelle base ils se sont entendus. Le mystère restera opaque et ne sera révélé avant longtemps. Beyrouth, elle, reprend son éclat. Vite le sit-in prend fin. Personne ne s’attendait à une levée assez rapide, nombreux sont ceux qui avaient tenté de faire pression sur l’opposition et notamment le Hezbollah avec l’espoir qu’il lèvera les tentes et laissera libre cours à la vie, au commerce, au travail. Des tentatives qui ont reçu une fin de non-recevoir. C’était le sit-in le plus long de l’histoire du Liban. 537 jours où les éléments de l’opposition ont occupé le centre-ville arrêtant la vie économique dans un quartier  dont la survie dépend des cafés, restaurants divers et lieux de shopping. Solidaire, une zone dont le nom est lié à Rafiq Hariri, l’ancien premier ministre, a été paralysée pendant les deux dernières années. Mais voici qu’en un temps record, des centaines de tentes ont été levées. Des dizaines de rues qui étaient bloquées ont été dégagées, les piétons les empruntant désormais en toute facilité pour se rendre au centre-ville. Comme si une foule immense restée immobile s’est empressée en un clin d’œil la nuit même de la levée du sit-in pour gagner les deux places, avant même que les installations de l’opposition ne soient complètement démantelées. Les lieux ont ainsi retrouvé leur vrais propriétaires : les gens ordinaires qui croyaient que cette situation allait s’éterniser.

La première chose qu’a faite le premier ministre Fouad Siniora directement après son retour de Doha était d’accompagner son épouse Hoda à la zone de Solidaire, entourée par les places où se déroulait le sit-in. Ils ont circulé à pied et dîné sous le regard surpris et curieux des passants. Quelques heures avant, il était interdit à Siniora lui-même de regarder de la fenêtre du Sérail gouvernemental pour scruter ce qui se passe. Il a passé un an et demi emprisonné dans ce palais où il travaillait, mangeait et dormait, donnant ses discours dans les différentes occasions publiques, à partir de l’intérieur. Lorsqu’il devait partir hors du Liban, cela relevait du secret militaire, connu seulement de ses gardes du corps et des membres de son cabinet.

Or, le voici libéré de toutes ces contraintes et pratiqué l’un de ses grands souhaits, celui de faire le tour du centre-ville libanais. C’est ce qu’a fait aussi le ministre du Tourisme, Jo Sarkis, qui a pris part à une émission de télé réalisée en pleine rue, entouré de passants déambulant à leur gré et faisant signe à la caméra qui prenait les images en direct. La joie était extraordinaire lorsqu’une famille a vu une de ses filles debout derrière le ministre, son portable en main. Elle a eu un contact et répondit en faisant un signe de la main.

Un incident célèbre est survenu lorsqu’un jour Rafiq Hariri accompagnait son petit-fils à Solidaire pour faire le tour des lieux. Lorsqu’il est arrivé devant le Parlement, l’enfant lui a demandé que veut dire Parlement. Il répondit : « Cela veut dire démocratie ». Et Hariri de dire à son petit-fils : « répète après moi : Je déteste la guerre, je déteste la guerre » ... Aujourd’hui, plus de trois ans après l’assassinat de Hariri, les députés retrouvèrent leur Assemblée, après « deux jours de guerre civile ». Le mal du Liban est que chacun doit suivre sa communauté, sa confession, même si ses idées personnelles et convictions sont le contraire de ce qu’elle professe. Seuls les gens sages rêvent de ce moment où le pays deviendra laïque sans être dominé par les turbans des cheikhs et les calottes des prêtres. Ce premier décembre 2006, les choses étaient autant perplexes. La place Riyad Al-Solh a été investie de slogans, de chansons diffusées par les haut-parleurs incitant à résister au gouvernement et diffusant des passages du discours de Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah. En un temps record, les lieux furent occupés et les tentes installées, et l’accès contrôlé par des cadres bien entraînés. C’est avec la même promptitude et efficacité que le contraire s’est passé. D’aucuns peuvent penser que c’est l’impulsion du moment ... Mais en fait le Hezbollah était préparé à toutes les éventualités.

Le plus marquant, c’est cette cérémonie qui a eu lieu pour remettre la zone du sit-in entre l’opposition et le gouverneur de Beyrouth par intérim Nassif Qaloush et le président de la municipalité Abdel-Moneim El-Rais, en présence de députés de l’opposition et autres formations libanaises. L’opposition a dit qu’elle remettait ces positions au chef du pouvoir exécutif. Le chef de la municipalité, lui, a souligné : « Beyrouth a prouvé qu’elle est le cœur de la patrie et sa conscience. Elle restera unifiée, ayant le dernier mot. Elle ignorera toutes les offenses et tout ce qui a été dit. Elle reviendra, comme l’a voulu Rafiq Hariri, le lieu de rencontre de tous les Libanais, de toutes, de toutes les communautés. Les Libanais veulent tourner la page. Il reste que tout doit être débattu et toutes les inquiétudes doivent être prises en compte ».

A présent, il faut peut-être un peu plus de temps pour réaménager la zone, la rendre plus belle, préparer les routes, la chaussée, réparer les trottoirs, et surtout planter les fleurs de tous genres et de toutes couleurs. Dans le palais de Baabda, c’est autant pareil. Tout est prêt, même les lits sont faits. Les préparatifs vont bon train dans cette demeure sans locataire depuis six mois, pour accueillir le nouveau président du Liban. L’aile présidentielle était fermée, ses lumières éteintes, il faisait sombre. Maintenant, il fait jour à nouveau, la vie est revenue.

Maher Meqled

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Trois ans de crise

2005

— 14 février : Rafiq Hariri est tué dans un attentat à Beyrouth ainsi que 22 personnes, dont le député Bassel Fleyhane. L’opposition accuse les pouvoirs libanais et syrien et exige le retrait des troupes syriennes.

— 17 février : Début d’un sit-in quotidien de milliers de personnes scandant des slogans anti-syriens.

— 28 février : Démission du gouvernement de Omar Karamé.

— 8 mars : A l’appel des partis Hezbollah et Amal, plus de 400 000 personnes manifestent en faveur de la Syrie.

— 2 juin : Assassinat du journaliste anti-syrien Samir Qassir.

— 21 juin : Assassinat de Georges Haoui, ancien secrétaire général du Parti communiste libanais.

— 26 avril : Les derniers soldats syriens quittent le Liban.

— 29 mai/19 juin : Législatives : l’opposition anti-syrienne remporte la majorité.

— 19 juillet : Fouad Siniora forme un gouvernement incluant des ministres du Hezbollah pour la première fois de son histoire.

— 20 octobre : La commission d’enquête de l’Onu sur l’assassinat de Hariri met en cause la Syrie et le Liban.

— 11 novembre : Echec des consultations sur la formation d’un gouvernement d’union nationale, démission des cinq ministres.

 

2006

— 12 juillet/14 août : Guerre israélienne contre le Liban.

— 1er octobre : Israël retire ses troupes du Sud-Liban, excepté Ghajar.

— 21 novembre : Le ministre de l’Industrie, Pierre Gemayel, est tué.

— 1er décembre : Début d’un rassemblement de l’opposition à Beyrouth.

 

2007

— 23-25 janvier : Heurts entre pro et anti-gouvernementaux qui ont fait sept morts.

— 20 mai : L’armée lance son attaque contre Fatah Al-Islam dans le camp de Nahr Al-Bared.

— 10 juin : Création du tribunal international.

— 19 septembre : Le député anti-syrien Antoine Ghanem tué dans un attentat.

— 23 novembre : Expiration à minuit du mandat du président Emile Lahoud. Majorité et opposition échouent à élire son successeur.

 

2008

— 12 février : Emad Moughneyah, homme-clef du Hezbollah est tué à Damas dans l’explosion d’une voiture piégée. Israël pointé du doigt.

— 4 février : Marée humaine dans le centre de Beyrouth à l’occasion des trois ans de la mort de Hariri.

— 7 mai : des heurts opposent des partisans de la majorité à ceux de l’opposition dans plusieurs quartiers de Beyrouth, à l’occasion d’une grève générale sur des revendications salariales.

— 8 mai : Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qualifie les récentes décisions du gouvernement de mettre hors la loi le réseau de télécommunications du mouvement et de limoger le responsable de la sécurité de l’aéroport international de Beyrouth, de « déclaration de guerre ». De violents heurts éclatent à Beyrouth faisant au moins sept morts.

— 14 mai : Le gouvernement de Fouad Siniora abroge les deux mesures prises à l’encontre du Hezbollah, à la demande du chef de l’armée le général Michel Sleimane.

— 21 mai : La majorité et l’opposition parviennent à un accord à Doha pour mettre fin à la crise.

 




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