Iran.
A la veille de la publication d’un nouveau rapport de l’AIEA
sur les activités nucléaires iraniennes, le jeu du chat et
de la souris se poursuit de plus belle entre la communauté
internationale et le régime iranien.
L’heure est encore aux tergiversations
A quelques jours de la publication d’un nouveau rapport de
l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) sur les
activités nucléaires iraniennes prévue du 2 au 6 juin à
Vienne, la communauté internationale tente de porter le
régime iranien, décidé à poursuivre l’enrichissement de
l’uranium, à faire marche arrière. Comme les précédents, le
prochain rapport devrait confirmer que Téhéran a ignoré,
malgré trois séries de sanctions, les demandes du Conseil de
sécurité de l’Onu, réclamant l’arrêt de ses activités
d’enrichissement d’uranium.
Tenant le bâton d’une main et maniant la carotte de l’autre,
les grandes puissances ont haussé le ton, cette semaine, en
menaçant le régime iranien de nouvelles sanctions, s’il ne
renonce pas vite à ses activités nucléaires. Les Européens
ont affirmé être prêts à adopter de nouvelles sanctions
contre des institutions financières iraniennes. Ces
nouvelles sanctions devraient notamment frapper la grande
banque commerciale iranienne Melli Bank, en interdisant à
ses bureaux européens — situés à Londres, Hambourg et Paris
— de fonctionner. Certains experts pronostiquent aussi que
l’Union européenne pourrait bien interdire les vols d’Iran
Air vers l’Europe si Téhéran ne stoppe pas l’enrichissement.
Quant aux Etats-Unis, ils étaient plus tranchants que jamais
cette semaine, affirmant qu’ils continueront à imposer «
avec la plus grande fermeté » des sanctions unilatérales à
l’Iran, tant qu’il n’aura pas renoncé à son programme
d’enrichissement de l’uranium : « Nous continuerons à
sanctionner des entités tant que nous les découvrirons en
train d’essayer de pénétrer le système financier
international pour leurs petits jeux malhonnêtes. Oui, nous
continuerons à le faire et nous le ferons de façon agressive
», a menacé la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza
Rice.
Plus grave encore. Le scénario d’une
possible frappe militaire américaine revient sur le devant
de la scène cette semaine. Selon les experts, la rhétorique
de « va-t-en guerre » hante toujours M. Bush persuadé que
l’Iran est une puissance fort dangereuse pour toute la
planète. Même si ce scénario demeure pour le moment «
difficile », le président Bush, dont le mandat expirera en
novembre, ne l’a pas pourtant écarté. « On ne peut pas
éliminer complètement l’option d’une frappe militaire même
si elle semble pour le moment difficile. Il se peut que
Washington frappe l’Iran à l’improviste avant que le mandat
de Bush n’expire. Bush même n’a pas exclu cette option ces
derniers jours. De toute façon, toutes les sanctions et même
l’option militaire seront sans lendemain, car l’Iran ne
rebroussera jamais chemin. Même la Banque de Melli que les
Européens veulent sanctionner est déjà sanctionnée et
certains pays du Golfe comme Bahreïn et les Emirats arabes
unis l’ont déjà boycottée. L’Iran semble prêt à endurer
toutes les pertes, mais ne jamais céder d’un iota sur le
nucléaire », analyse Mohamad Abbass, expert politique.
Les grandes puissances ont affirmé cette semaine qu’elles
n’appliqueront aucune nouvelle sanction avant une offre «
rafraîchie » de coopération, selon les termes de la
présidence slovène de l’UE. Ce nouveau paquet d’offres doit
être présenté prochainement à l’Iran par le porte-parole de
la diplomatie européenne, Javier Solana. L’Iran a jusqu’ici
rejeté l’offre de coopération des grandes puissances,
conditionnée à la suspension par Téhéran de ses activités
d’enrichissement.
Téhéran garde la porte entrouverte
Soufflant le chaud et le froid comme d’habitude, Téhéran a
gardé cette semaine la porte entrouverte avec l’Occident, en
affirmant être prêt à entamer des négociations « sérieuses
et ciblées » avec les grandes puissances sur une vaste
étendue de sujets économiques, politiques et aussi
nucléaires. Prouvant sa bonne volonté, le régime iranien a
transmis, il y a quelques jours, aux « Grands » un nouveau
paquet de « d’offres » alléchantes. La République islamique
estime qu’il subsiste un éventail de questions, comme celles
en rapport avec la sécurité, les événements de la région et
du monde, l’énergie atomique, le terrorisme, la démocratie,
etc. qui nécessitent une vaste coopération entre l’Iran et
la communauté internationale. Ces questions, avec d’autres
comme la lutte contre le trafic de drogues, la protection de
l’environnement, l’économie, la technologie, le commerce et
spécialement l’énergie, ouvrent des perspectives
extraordinaires à une étroite coopération constructive.
Cherchant toujours à gagner du temps, l’Iran a indiqué,
vendredi, avoir donné son accord de principe pour une
nouvelle visite à Téhéran de Javier Solana, mais qu’aucune
date n’était encore fixée.
« En effet, toutes ces propositions iraniennes n’ont pas
séduit les grandes puissances, car elles n’ont pas mentionné
l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium, principale
revendication des Européens et des Etats-Unis. L’Occident a
bien compris le stratagème iranien qui consiste à gagner du
temps. Ce sont de simples manœuvres iraniennes », analyse
Mohamad Abbass, sans exclure l’idée d’un possible accord
conclu à l’improviste entre Téhéran et les Grands. «
N’oublions pas que l’Iran cause des tracas aux Etats-Unis
que ce soit en Iraq, en Palestine ou au Liban. Plus la
pression sur l’Iran s’accroît, plus ce pays usera de ses
cartes pour perturber le sommeil de l’Occident », conclut
l’expert.
Maha
Al-Cherbini