Al-Ahram Hebdo,Arts | Zoom avant : la Nakba
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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Arts

Festival. Celui du printemps, organisé dernièrement au centre Al-Mawred, fut marqué cette année par les événements sanglants du Liban et la mémoire de la Nakba.

Zoom avant : la Nakba

Cette édition du Spring Festival n’a finalement eu de printanier que le nom. Ce n’est ni la renaissance ni la floraison artistique qui l’auront couronnée cette année, mais bien le conflit au Liban et la commémoration des 60 ans de la création d’Israël. Le ton s’est donc volontairement assombri après la reprise des combats dans les rues libanaises, signant l’arrêt de mort de la partie libanaise du festival, et les différents événements organisés autour de la « Nakba », à savoir les conférences, les lectures et l’exposition de photographies n’ont pas dissipé ce voile opaque. Une initiative retient particulièrement l’attention : un concours de la meilleure caricature autour de la Nakba a été organisé. Baptisé Hanzala (amertume), le concours tire son du nom du célèbre personnage du caricaturiste palestinien Naji Al-Ali, adoré par les Palestiniens dont il croquait la vie quotidienne misérable, et profondément haï par l’OLP. Il se fera assassiner à Londres en 1987. Hanzala est un petit garçon de 10 ans, en haillons et toujours dessiné de dos, en signe de protestation. Son créateur le décrivait en ces termes : « Au début, il était un enfant palestinien, mais sa conscience s’est développée pour devenir celle d’une nation, puis de l’humanité dans sa totalité. Il a fait la promesse de ne jamais se trahir ».

C’est une jeune Palestinienne aux multiples talents, Amal Kaawash, qui s’est placée au-dessus du lot, remportant le premier prix. Cette jeune femme, élevée dans un camp de réfugiés au Liban et qui y réside toujours, n’a jamais foulé la terre palestinienne. La nostalgie, le « Heimweh » (la douleur d’être loin de son foyer), est aussi présente dans ses dessins que la revendication politique qui maintient l’ensemble. La petite fille dessinée de dos, naviguant sur Google Earth dans l’espoir, même virtuel, de découvrir sa terre natale est poignante. L’émotion qui se dégage est encore accentuée par le titre du roman de Mourid Barghouti Raïytou Ramallah (j’ai vu Ramallah) qui est ajouté au-dessus du dessin. Cet écrivain palestinien a dû subir un exil forcé en Egypte après que sa maison de Ramallah eut été détruite par l’armée israélienne en 1967. On estime à 5 millions le nombre de Palestiniens qui ont été contraints à un exil forcé de Palestine, après 1948 et 1967. 60 ans après, leur attachement est intact, voire encore plus vivace. Le deuxième prix a été décerné à Abdallah Al-Amry d’Arabie saoudite qui a représenté un homme dont les sens ont été annihilés : il porte une pince à linge sur le nez, un bandeau sur les yeux. Et un bâillon sur lequel on peut lire « Rafah » l’empêche de crier. Le dernier et troisième lauréat est algérien, il s’agit de Zoubir Ghougali, représentant l’expansion non encore achevée de l’Etat hébreu de la Palestine. L’ensemble des caricatures configurent une vision et un engagement envers une nation dont il appartient à ses fils de tracer l’avenir en dépit d’une mémoire meurtrie.

Louise Sarant

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