Festival.
Celui du printemps, organisé dernièrement au centre
Al-Mawred, fut marqué cette année par les événements
sanglants du Liban et la mémoire de la Nakba.
Zoom avant : la Nakba
Cette édition du Spring Festival n’a finalement eu de
printanier que le nom. Ce n’est ni la renaissance ni la
floraison artistique qui l’auront couronnée cette année,
mais bien le conflit au Liban et la commémoration des 60 ans
de la création d’Israël. Le ton s’est donc volontairement
assombri après la reprise des combats dans les rues
libanaises, signant l’arrêt de mort de la partie libanaise
du festival, et les différents événements organisés autour
de la « Nakba », à savoir les conférences, les lectures et
l’exposition de photographies n’ont pas dissipé ce voile
opaque. Une initiative retient particulièrement l’attention
: un concours de la meilleure caricature autour de la Nakba
a été organisé. Baptisé Hanzala (amertume), le concours tire
son du nom du célèbre personnage du caricaturiste
palestinien Naji Al-Ali, adoré par les Palestiniens dont il
croquait la vie quotidienne misérable, et profondément haï
par l’OLP. Il se fera assassiner à Londres en 1987. Hanzala
est un petit garçon de 10 ans, en haillons et toujours
dessiné de dos, en signe de protestation. Son créateur le
décrivait en ces termes : « Au début, il était un enfant
palestinien, mais sa conscience s’est développée pour
devenir celle d’une nation, puis de l’humanité dans sa
totalité. Il a fait la promesse de ne jamais se trahir ».
C’est une jeune Palestinienne aux multiples talents, Amal
Kaawash, qui s’est placée au-dessus du lot, remportant le
premier prix. Cette jeune femme, élevée dans un camp de
réfugiés au Liban et qui y réside toujours, n’a jamais foulé
la terre palestinienne. La nostalgie, le « Heimweh » (la
douleur d’être loin de son foyer), est aussi présente dans
ses dessins que la revendication politique qui maintient
l’ensemble. La petite fille dessinée de dos, naviguant sur
Google Earth dans l’espoir, même virtuel, de découvrir sa
terre natale est poignante. L’émotion qui se dégage est
encore accentuée par le titre du roman de Mourid Barghouti
Raïytou Ramallah (j’ai vu Ramallah) qui est ajouté au-dessus
du dessin. Cet écrivain palestinien a dû subir un exil forcé
en Egypte après que sa maison de Ramallah eut été détruite
par l’armée israélienne en 1967. On estime à 5 millions le
nombre de Palestiniens qui ont été contraints à un exil
forcé de Palestine, après 1948 et 1967. 60 ans après, leur
attachement est intact, voire encore plus vivace. Le
deuxième prix a été décerné à Abdallah Al-Amry d’Arabie
saoudite qui a représenté un homme dont les sens ont été
annihilés : il porte une pince à linge sur le nez, un
bandeau sur les yeux. Et un bâillon sur lequel on peut lire
« Rafah » l’empêche de crier. Le dernier et troisième
lauréat est algérien, il s’agit de Zoubir Ghougali,
représentant l’expansion non encore achevée de l’Etat hébreu
de la Palestine. L’ensemble des caricatures configurent une
vision et un engagement envers une nation dont il appartient
à ses fils de tracer l’avenir en dépit d’une mémoire
meurtrie.
Louise Sarant