Al-Ahram Hebdo, Voyages | A la quête d’une mémoire disparue
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 Semaine du 21 au 27 mai 2008, numéro 715

 

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Voyages

Patrimoine. La 5e Conférence internationale des manuscrits, tenue du 6 au 8 mai à la Bibliotheca Alexandrina, a accueilli de nombreux intervenants et présentédes axes intéressants relatifs à notre patrimoine écrit.

A la quête d’une mémoire disparue

Plus fragiles que les vestiges de pierre qui ne sont pas eux-mêmes indestructibles, les manuscrits portent l’Histoire, mais ils sont eux-mêmes une histoire. Notre héritage de manuscrits ne représente en fait qu’une partie très restreinte de ce patrimoine manuscrit. Ainsi la grande majorité de cet héritage a disparu, détruit, négligé ou confisqué durant les conflits. Quel a été donc le sort de la plus grande partie de ce patrimoine écrit ? Et que reste-t-il de ces pages parcheminées, témoignages précieux et souvent magnifiques de l’existence, du savoir et de l’art de nos ancêtres ou prédécesseurs ? C’est dans ce cadre qu’intervient la 5e édition de la Conférence internationale de manuscrits, organisée à la Bibliotheca Alexandrina, du 6 au 8 mai en cours. Celle-ci avait pour thème cette année « Al-Makhtoutat al-matwiya » ou les manuscrits perdus et détruits.

Un thème rarement abordé par les chercheurs et les spécialistes en ce domaine, mais qui est en fait très important pour l’histoire des sciences et des civilisations. « La 5e édition de la Conférence internationale de manuscrits intervient évidemment pour poursuivre une série de manifestations précédentes qui étaient en fait des pas sur le chemin d’une prise de conscience de l’importance des manuscrits quels qu’en soient les genres. Cette série a commencé en 2004 par les manuscrits millénaires, les manuscrits signés en 2005, les commentés en 2006 et les traduits en 2007. L’édition de cette année vise à découvrir le patrimoine manuscrit perdu », a déclaré le Dr Ismaïl Séragueddine, directeur de la Bibliotheca Alexandrina, lors de la séance de l’inauguration de la conférence. Une cinquantaine de spécialistes érudits, experts et chercheurs ont participé à la conférence. Ceux-ci venaient de plusieurs pays arabes, musulmans et étrangers. Citons : l’Egypte, la Syrie, l’Iraq, le Maroc, le Liban, le Koweït, Oman, la France, l’Allemagne, la Hollande, les Etats-Unis et le Canada. Une variété de nationalités qui marquent le succès dont jouit la conférence dans sa cinquième édition. Les intervenants ont discuté de plusieurs axes, dont les œuvres perdues du patrimoine arabe, les auteurs inconnus, les facteurs qui entraînent à détruire ou à perdre certains manuscrits, les caractéristiques générales des manuscrits perdus, leur importance et le rôle des bibliographies quant à découvrir ces manuscrits perdus ...

De son côté, le Dr Youssef Zidan, directeur du centre et du musée des manuscrits de la Bibliotheca Alexandrina, a défini le concept des manuscrits al-matwiya (littéralement dont on a tourné la page), étant les publications qui sont apparues pour un certain temps puis et depuis lors ont disparu. « Jusqu’aujourd’hui, les manuscrits perdus ou dissimulés n’ont occupé l’intérêt que d’une partie très restreinte de chercheurs du patrimoine écrit. Dès le premier instant, on pense que les perdus et les inconnus du patrimoine manuscrit sont une petite partie et qu’on ne cherche ce perdu que si l’on a un surplus de temps et d’efforts. La vérité est en fait tout à fait différente. Or, la majorité surtout de notre patrimoine arabo-islamique reste encore inconnue, puisque 5 % seulement de ce patrimoine a été publié », a affirmé Youssef Zidan.

Mais il faut noter que la dissimulation des manuscrits remonte bien avant la période arabo-islamique. « L’histoire de la dissimulation des manuscrits commençait bien avant l’époque islamique. L’Egypte pharaonique a même caché volontairement une grande partie de ses manuscrits. En fait, la plupart de ceux qui ont présenté des lectures sur le patrimoine écrit se sont basés sur les manuscrits publiés et célèbres », explique le Dr Youssef Zidan, qui a en fait présenté un discours considérable à l’inauguration de la conférence.

Les intervenants ont affirmé que les manuscrits sont fragiles, parce que ceux-ci s’abîment un jour, et l’encre pâlit, il peut y avoir des insectes, des souris, etc. Quelques tentatives pour la restauration ou la conservation des manuscrits peuvent aussi contribuer à les perdre et les détruire. « Ce qui arrive aussi très souvent, c’est que quand le manuscrit commence à être un peu abîmé, parfois on refait la reliure et très souvent à ce moment-là des pages se perdent ou des pages sont reliées dans un autre ordre. Donc, chaque fois qu’on relie un manuscrit, c’est un risque d’en perdre un peu, d’en mélanger un peu. C’est effectivement très fragile, c’est pour ça qu’on a par exemple à la Bibliothèque nationale de Paris, très peu de manuscrits du Xe siècle », explique Hélène Bellosta, directrice de recherche au CNRS et au Centre d’histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales. Hélène Bellosta a présenté à la conférence son travail sur le célèbre mathématicien musulman Ibrahim Ibn Sinan, qui a perdu ses propres manuscrits dont, à part les titres, on n’a aucune idée de ce qu’ils pouvaient contenir.

 

La guerre, facteur de destruction

Cependant, un autre facteur qui peut causer la perte ou la destruction des manuscrits, ce sont les guerres et les conflits. Le plus célèbre exemple à cet égard, quand les Mongols sont arrivés à Bagdad en 1258, ils ont complètement rasé Bagdad. « Il ne reste plus rien de sa gigantesque bibliothèque. Les historiens se sont même demandé quelle était la dimension de la ville abbasside. Ce qu’on a perdu au moment de l’arrivée des Mongols à Bagdad était énorme : une bibliothèque complète qui possédait des collections très variées. On a perdu pratiquement le contenu de toute la bibliothèque ... », indique Hélène Bellosta. On a très peu de manuscrits du Xe siècle. Plusieurs autres grandes bibliothèques dans le monde islamique ont connu un sort encore aussi dramatique que celui de la Bibliothèque de Bagdad. Ainsi des milliers de manuscrits furent la proie des flammes.

A aussi animé une des séances de la conférence le professeur Rouchdi Rached, directeur de recherche émérite au CNRS et fondateur de son laboratoire de restauration de manuscrits. Il a parlé en détails des différents genres de manuscrits perdus et inconnus. Il a aussi mis le point sur les obstacles qu’affrontent les chercheurs et les analyseurs des manuscrits scientifiques et mathématiques.

Régis Morelon, directeur de l’Institut dominicain d’études orientales, a présenté, quant à lui, son travail sur les manuscrits perdus de l’astronomie. Il a surtout abordé les œuvres de Sabet Ibn Qorrah, qui vivait au IXe siècle (836–901). « Parmi les listes bibliographiques de l’époque, j’ai trouvé à peu près quarante œuvres d’astronomie. Il m’en reste sept. Une trentaine ou moins sont donc perdues. C’est donc la plupart de ces œuvres de l’astronomie qui sont perdues. Alors j’ai cherché dans toutes les œuvres successives d’autres auteurs s’ils citaient les œuvres de Sabet Ibn Qorrah et j’arrive à trouver des citations d’œuvres perdues de Sabet. C’est très important pour comprendre ce qu’était la pensée en astronomie de quelqu’un comme Sabet », explique Régis Morelon.

 

Un texte connu mais égaré

Il ne faut pas donc dire qu’on ne connaît absolument pas les œuvres perdues. Il y a des traces quelque part. « Il y a par exemple un texte qui est perdu que j’aimerais beaucoup trouver, c’est une œuvre d’astronomie d’un astronome du Xe siècle, dont j’ai le titre et je pourrais presque dire ce qu’il y a dedans, mais il faut mieux que je trouve le manuscrit. Comme je vois très bien ce qu’il y avait avant lui et ce qu’il y a après lui, et les différences entre les deux, lui doit être à la jonction, donc je vois ce qu’il a dû lancer comme problème, mais il vaut mieux que je trouve le texte avant de l’inventer », souligne Régis Morelon. C’est un problème très important mais qui est aussi très difficile, parce qu’un texte qui vous paraît perdu et qui est cité quelque part, il faut savoir si c’est vrai ou si c’est inventé. C’est-à-dire, ce n’est pas sûr peut-être. Quand on travaille donc sur les œuvres perdues, il faut voir si c’est authentique ou pas. C’est très important pour l’histoire des sciences. « Lorsqu’on fait l’histoire des sciences et l’histoire des mathématiques, souvent les manuscrits qui traitent les choses les plus avancées de la recherche de leur temps, ce sont les choses qui ont été le moins comprises et donc le moins copiées, alors qu’on peut avoir beaucoup de copies d’autres genres de manuscrits. Chercher donc ces manuscrits scientifiques et mathématiques est très important pour reconstituer ce qu’a pu être le milieu de la recherche scientifique de l’époque. C’est le point le plus avancé du savoir des sciences et des mathématiques », assure Pascal Crozet, directeur de recherche au CNRS.

Ce ne sont pas seuls les manuscrits mathématiques et scientifiques qui sont perdus. On a aussi parlé, lors de la conférence, des manuscrits religieux, historiques et culturels.

Cette conférence essaye de sauver les manuscrits qui sont naturellement fragiles, de les étudier, de les imprimer, de les traduire et de les commenter, mais avant tout de sauver le texte en l’éditant encore.

Amira Samir

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Le Musée d’Athènes expose ses chefs-d’œuvre égyptiens

Le Musée archéologique national d’Athènes a ouvert jeudi au public une exposition permanente d’un millier de chefs-d’œuvre de la civilisation égyptienne antique qu’il détient depuis la fin du XIXe siècle. Quelque 300 pièces de cette collection avaient déjà été exposées de 1994 à 2002 jusqu’à la fermeture temporaire du musée, le plus grand du pays, pour cause de rénovations.

La nouvelle exposition comprend tous les aspects de la vie des Egyptiens de 4 000 av. J.-C. jusqu’à l’époque romaine au IVe siècle après J.-C. Elle comprend des statues, des figurines, des stèles, des sarcophages, des momies d’animaux, des coffres et des urnes funéraires, des céramiques, des bijoux et des portraits peints de type Fayoum. « L’exposition a pour objectif de présenter au visiteur la vie quotidienne des Anciens Egyptiens », a souligné le ministère de la Culture dans un communiqué. Elle se veut pédagogique, présentant de façon chronologique des unités thématiques qui soulignent « la relation étroite entre l’hellénisme et la civilisation égyptienne pendant l’antiquité ». La collection a été formée essentiellement par les donations de deux Grecs d’Egypte, Ioannis Dimitrios dans la période 1880-1887, et Alexandros Rostovitz en 1904. Le gouvernement égyptien a également fait don en 1893 de neuf momies de l’époque des pharaons, a précisé le ministre de la Culture, Michalis Liapis, en inaugurant la nouvelle exposition permanente. Il a précisé que le musée, le plus visité de Grèce avec plus de 400.000 visiteurs en 2007, accueillera à la fin de l’automne de nouvelles collections permanentes comprenant des figurines en terre, des bijoux en or, de la verrerie antique et une collection chypriote.

 

 




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