Lutte Gréco-Romaine.
Le champion du monde 2006, Mohamad
Abdel-Fattah, dit Bougui (84 kg), espoir égyptien,
tente sa dernière chance de qualification pour Pékin à
travers le tournoi de Novi Sad (Serbie) du 23 au 25 mai.
Entretien.
« Je n’arrive pas à imaginer
ne pas pouvoir disputer les JO »
Al-Ahram Hebdo : Comment vous sentez-vous à la veille du
dernier tournoi de qualification olympique qui aura lieu du
23 au 25 mai à Novi Sad (Serbie) ?
Mohamad Abdel-Fattah :
Bien sûr, la tension règne au milieu de tous les lutteurs
qui ne sont pas encore qualifiés pour les Jeux Olympiques
(JO) de Pékin. Je ressens des sentiments très nouveaux pour
moi, je n’arrive pas à imaginer ne pas pouvoir disputer les
JO et réaliser mon rêve de toujours : la médaille olympique
qui était à ma portée à plusieurs reprises. C’est la
première fois que j’envisage une telle situation. Lors des
JO de Sydney 2000, j’étais le premier lutteur égyptien qui
assurait sa qualification à travers les tournois
internationaux, je n’avais pas besoin d’attendre les
Championnats d’Afrique pour me qualifier. Et lors des JO
d’Athènes, je me suis qualifié très tôt à travers les
Championnats d’Afrique. Aujourd’hui, je me trouve dans une
mauvaise situation, mais cela malgré moi, car l’on m’a privé
de 2 principaux Championnats de qualification olympique :
les Championnats du monde 2007 et ceux d’Afrique 2008. Et
cela à cause de l’Agence mondiale antidopage (WADA) qui, en
coopération avec l’Agence Américaine antidopage (WISADA), a
intenté un procès contre moi demandant mon arrêt pour 2 ans
pour mon refus de donner un échantillon pour un test
antidopage lors de mon séjour aux Etats-Unis l’année
dernière. Ma première chance de qualification n’a eu lieu
que lors du tournoi de qualification olympique qui a eu lieu
du 9 au 11 mai à Rome.
— Quelle est la raison de votre faux pas à Rome ?
— Après avoir remporté mon premier match contre l’Espagnol
Pedro Garcia, j’ai perdu ma seconde rencontre devant
l’Ukrainien, Oleksandr Daragan. Ce dernier est un lutteur
d’un bon niveau qui avait remporté une médaille d’argent aux
Championnats d’Europe l’année dernière et 2 médailles de
bronze aux Championnats du monde 2001 et 2005, mais je suis
mieux que lui. Mon problème réside dans mon mental. Lors de
ce tournoi, j’ai eu peur de ne pas disputer la compétition.
J’ai cru que la Fédération internationale allait décider à
la dernière minute de me priver de ce tournoi. En fait, ma
concentration était divisée entre l’entraînement et le
procès intenté contre moi par la WADA. Donc, mon problème
est le manque de concentration.
— Le tournoi de Novi Sad sera votre dernière chance de
qualification. Comment l’appréhendez-vous ?
— Aujourd’hui, j’essaye de me concentrer à 100 % à
l’entraînement et d’être relax et m’éloigner de toute
tension. Je m’entraîne au Centre olympique de Maadi 2 fois
par jour. Durant l’entraînement, je me concentre sur ma
stratégie durant les matchs. Je me distingue par une
technique de jeu qui dépend du combat au sol, à travers
cette technique, je peux gagner les matchs. Donc, j’essaye
de travailler sur mon style en l’améliorant. Je connais bien
la difficulté de ce tournoi. Le stress sera beaucoup plus
important que lors du tournoi de Rome, car en Serbie, ce
sera la dernière chance de qualification et il existe
plusieurs lutteurs d’un très haut niveau qui ne sont pas
encore qualifiés, tels le champion d’Azerbaïdjan, de
Biélorussie, d’Allemagne, de Serbie et de Slovaquie. La
concurrence sera féroce et l’effort sera double. J’espère
obtenir une des 3 premières places qui me qualifieront pour
Pékin.
— Votre coéquipier, le champion olympique Karam Gaber (96
kg), est dans la même situation et devra décrocher son
ticket olympique à travers le tournoi de Serbie. Quelles
sont ses chances ?
— Après avoir raté plusieurs compétitions, Karam a retrouvé
son niveau. Il a réalisé de bons matchs lors du tournoi de
Rome. En Serbie, sa catégorie sera plus facile avec la
présence du champion de la Suède et de la Grèce. Je crois
que Karam pourra décrocher son ticket olympique en Serbie.
Mais il faut dire que chaque jour la lutte nous offre son
lot de surprises, en outre, nous avons perdu beaucoup de
temps. Jusqu’à maintenant, 6 lutteurs égyptiens se sont
qualifiés pour les JO : 3 en gréco-romaine, 2 en libre et
une en féminine. J’espère que ce nombre montera à 8 lutteurs
avec la qualification de Karam et moi.
Propos recueillis par Doaa Badr