Al-Ahram Hebdo, Opinion | Hassan Abou-Taleb , Le Liban et l’action arabe
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 Semaine du 21 au 27 mai 2008, numéro 715

 

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Opinion

Le Liban et l’action arabe

Hassan Abou-Taleb 

Dans une récente déclaration, Nabih Berri a souligné qu’il n’y avait ni gagnant ni perdant dans la crise actuelle et qu’on ne pouvait parvenir à une solution qu’à travers le dialogue, et rien d’autre. Il essaye ainsi de réinstaurer la règle d’or selon laquelle les Libanais ont vécu ensemble pendant de longues années. Cette règle est reliée à une autre règle, celle de la coexistence pacifique basée sur l’entente.

Malgré les significations positives de la déclaration de Berri qui appartient à la résistance comme nous le savons, ce qui s’est passé au cours des deux dernières semaines a brisé toutes les règles sur lesquelles s’est basé le Liban. Cependant, le Liban ne peut s’imaginer vivre sans ces règles. Toutes les parties libanaises assument d’une manière ou d’une autre la responsabilité de cette brisure. Cette dernière a commencé par de faux calculs politiques qui ne s’accordent nullement avec l’ensemble des conjonctures que traverse le Liban ou avec les réalités ancrées au Liban depuis de longues années. Ces faux calculs ont été suivis par des décisions politiques encore plus fausses qui ont entraîné des bains de sang et qui ont placé le Liban au bord du gouffre de la guerre civile.

Ces faux calculs résident dans le fait que la majorité, ou du moins une partie de ce clan, a insisté pour promulguer deux décrets gouvernementaux relatifs à la sécurité de l’aéroport et au réseau de communication du Hezbollah. Elle a aussi adopté des mesures outrées qui ont soulevé des sentiments déjà enflammés alors qu’elle savait très bien qu’elle ne pourrait pas réaliser ses objectifs pour des considérations relatives au rapport des forces. En effet, elle sait très bien que la résolution n°1 701 relative au désarmement du Hezbollah ne peut être appliquée ni par la force ni par les pressions et qu’il s’agit en premier lieu de concessions mutuelles de la part de toutes les parties.

Il est décevant que les fausses estimations de la majorité qui peuvent être placées dans le cadre des manœuvres politiques dangereuses aient été suivies par des réactions encore plus erronées de la part de la résistance dirigée par le Hezbollah. Même en acceptant la logique que la résistance jouit d’une situation privilégiée lui permettant d’obtenir certaines prérogatives afin de faire face à toute éventuelle agression contre elle-même ou contre le Liban. La réaction de la résistance et de ses partisans a été plus grande que ce qu’on peut accepter dans le cadre de l’autodéfense. Il est difficile d’accepter cette logique pour trois raisons.

Il est vrai que les deux décisions du gouvernement ont des répercussions dangereuses sur la position de la résistance. Cependant, elles demeurent une position politique possédant des dimensions juridiques auxquelles on peut faire face selon la même logique, soit par l’intermédiaire d’outils politiques et juridiques. Cependant, recourir à la force et à l’encerclement des adversaires pour les obliger à sortir de leurs positionnements historiques et influencer l’ensemble des équilibres avec toutes les conséquences négatives sur la formule de coexistence libanaise, c’est là une erreur historique dans laquelle il ne fallait absolument pas tomber. C’est là la première raison.

Deuxièmement, l’utilisation des armes est allée plus loin que la simple volonté d’annuler les deux décrets gouvernementaux qui sont à l’origine de la crise. En effet, les affrontements se sont prolongés à l’extérieur de Beyrouth. Ce qui a mené à la cristallisation d’une nouvelle carte politique du point de vue des forces et des poids au sein de la même secte. C’est ainsi qu’est apparu Talal Arslan comme sauveteur des Druzes à la place de Walid Joumblatt et qu’a disparu Saad Hariri, alors que des foyers sunnites traditionnels s’apprêtent à réapparaître comme Karami, Al-Hoss et autres. De plus, est réapparu après une longue disparition le Parti national syrien avec tout son attirail militaire. Cela profitera peut-être aux forces de l’opposition dans leur ensemble. Mais il peut entraîner de nouveaux conflits dont le Liban n’a nullement besoin.

Troisièmement, l’armement de la résistance est désormais devenu un point noir. Son aspect positif est désormais rayé à jamais. La résistance devra déployer de grands efforts pour qu’elle retrouve son aspect rayonnant d’antan.

Il s’agit d’un piège dans lequel les Libanais ne devaient pas tomber. Les deux décrets gouvernementaux auraient pu être annulés à travers les moyens politiques traditionnels où excellent les partis d’opposition comme la contre-propagande, les sit-in, les manifestations et tout ce qui entre dans le cadre de la réponse politique et juridique légitime. Cependant, la résistance a eu recours aux armes. C’est de là qu’émane la crise dans laquelle tous les Libanais sont tombés, majorité et gouvernement, et qui a engendré des gagnants et des perdants sur le terrain, même si les gagnants le nient et si les perdants ferment les yeux momentanément sur leur défaite.

La crise libanaise est une crise pour tous les Arabes. Elle touche l’avenir du Liban et de toute la région. Ceux qui y voient une simple réflexion des ingérences régionales, notamment iraniennes, savent très bien que toute ingérence étrangère ne peut réussir qu’à travers des outils locaux favorisant cette ingérence. Ils savent aussi que le Liban a toujours été la scène des influences étrangères et que la réussite de certaines influences à un certain moment est la preuve de l’échec d’autres influences et que le Liban restera ainsi jusqu’à ce que changent ses conjonctures internes.

Les ministres arabes des Affaires étrangères sont parvenus à une position arabe unanime malgré les différends apparus avant leur réunion. Cette position est porteuse de nombreux indices positifs. D’une part, elle a garanti une couverture arabe à l’action de l’armée libanaise pour mettre un terme au désordre sécuritaire et à tous les aspects d’armement illégitime. D’autre part, la position arabe a conservé une position neutre à l’égard de toutes les parties libanaises sans dénoncer une partie et prendre le parti de l’autre. Ce qui lui garantit un parterre d’entente avec toutes les parties. De plus, voir que la crise du Liban n’est pas une crise purement locale, mais aussi une crise arabe a permis aux ministres arabes d’agir.

Les leaders libanais seront-ils à la hauteur de la responsabilité ? Nous espérons une position positive qui protège le Liban ainsi que toute la région.

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