Les Arabes dans l’impasse
Morsi Attalla
Il
est clair qu’il n’est plus suffisant de se contenter
d’observer et de parler des dangers et des défis des crises
actuelles que vivent le Soudan, le Liban, la Palestine et
l’Iraq. Et ce, malgré la menace claire que ces crises
impliquent pour toute la nation arabe.
Il est absolument nécessaire d’être francs avec nous-mêmes,
loin de toute sensibilité, afin de répondre à certaines
questions importantes. D’abord, que font les Arabes avec
tout ce qui se passe autour d’eux ? Est-il possible
d’espérer un avenir sûr pour la nation arabe tout en restant
inertes et noyés dans les différends intérieurs ? Et puis
quand y aura-t-il une coordination arabe réelle capable
d’affronter les dangers qui nous menacent ?
En effet, il est temps que les Arabes reconnaissent les
défauts de leurs politiques intérieures et de leurs moyens
de coopération. Et ce, afin de pouvoir remédier au
déchirement qu’ils vivent et qui est l’une des répercussions
de la guerre du Golfe en 1991. Ce déchirement n’est plus
limité aux relations politiques et diplomatiques entre les
Etats arabes. Ce déchirement est devenu intérieur dans
certains Etats arabes dont les régimes sont incapables
d’assimiler les avis de l’opposition. Le déchirement est
aussi politique, géographique et économique pour ceux qui
ont pensé qu’ils étaient capables de sortir de la crise
grâce à la méthode de l’isolement, sous prétexte que
l’action arabe commune est tout à fait inutile.
Il faut donc reconnaître que nous assumons une partie de la
facture politique et stratégique mondiale. Cette facture se
révèle être très lourde à cause de nombreux événements avec
lesquels nous n’avons rien à voir. Partant, de
l’effondrement de l’Union soviétique jusqu’aux événements du
11 septembre 2001, qui au milieu du déchirement arabe, ont
donné aux Etats-Unis l’occasion propice pour envahir l’Iraq
en 2003 comme introduction de la propagation du chaos dans
toute la région.
Le déchirement politique arabe, malgré toutes les tentatives
de l’Egypte de remédier aux fissures, a causé un état
d’instabilité politique, sécuritaire et économique dans
certains Etats arabes. Ceux-ci se sont trouvés incapables de
réagir face aux mutations régionales et internationales,
bien que ces Etats soient en étroite liaison politique avec
les Etats qui dirigent la politique internationale.
Quelles que soient les causes de l’échec arabe à assimiler
les changements régionaux et internationaux, il est sûr que
ce sont les répercussions du déchirement arabe qui ont
permis à certains de penser qu’ils peuvent réaliser leurs
intérêts grâce à des relations fortes et directes avec les
grandes puissances. Et ce, sans accorder beaucoup
d’importance aux relations avec les pays voisins, alors que
ces relations peuvent permettre d’un côté d’échanger des
intérêts et de l’autre de former un bloc économique,
politique et sécuritaire de forte influence.
C’est ainsi qu’au milieu du déchirement politique et de la
faiblesse économique, un déséquilibre culturel et
sécuritaire s’est produit dans certains Etats arabes. Ce
déséquilibre est apparu sous forme d’aspects violents qui
ont atteint leur apogée lors des derniers incidents dans les
territoires libanais et soudanais.
Les défis arabes ne sont donc pas faciles. Pour les
affronter, il faut dissiper tous les différends existant
dans les relations interarabes et s’engager dans une
coordination réelle.