Oui à l’accalmie, non à la confrontation
Salama A. Salama
Qu’est-ce
que les peuples arabes peuvent déduire des déclarations
faites par Bush à l’occasion de sa visite dans la région
dans un entretien au service arabe de la BBC. Bush a déclaré
qu’il a envoyé le destroyer USS Cole en Méditerranée pour
manifester le soutien américain au gouvernement libanais de
Siniora et des alliés des Etats-Unis dans la région et pour
se dresser face à la Syrie et à l’Iran.
Le destroyer qui portait des missiles avait stationné en
février dernier sur les côtes libanaises, lorsque la crise
du Liban avait pris de l’ampleur. Ensuite, il avait quitté
les côtes libanaises en direction du Golfe, qui est
actuellement le théâtre de manœuvres militaires américaines
avec la participation de l’Egypte, de la Jordanie et du CCG.
Pour revenir de nouveau au Liban à l’heure des récentes
confrontations sanglantes. Pour le moment, Washington
cherche comment soutenir le Liban militairement, comme l’a
dit Bush.
Il est probable que les Etats-Unis et certains pays arabes
ne soient pas enthousiasmés à l’idée de calmer la situation
entre les différentes parties. Au contraire, ils cherchent à
attiser la confrontation opposant les parties en conflit au
Liban. Ceci s’est manifesté clairement dans les accusations
acerbes adressées par l’Arabie saoudite à l’Iran lui faisant
assumer la responsabilité des événements au Liban. La
convocation de son ambassadeur à Beyrouth a été accompagnée
d’une accusation acerbe adressée par la presse saoudienne à
l’encontre de l’armée libanaise, qui n’est pas intervenue
dans les combats du Mont Liban et de Tripoli.
D’ailleurs, certains journaux et cercles égyptiens ont tenu
le même langage.
Cette
incitation d’intervention franche faite à l’armée libanaise
pour s’aligner du côté d’une partie au dépens de l’autre n’a
pas empêché le gouvernement de Siniora d’accepter les
décisions du colonel Soleiman pour désamorcer la crise après
avoir traîné quelques jours. Celle concernant le réseau de
communication et celle du commandant de la sécurité de
l’aéroport. Cependant, le fait d’engager l’institution
militaire pourrait, en l’occurrence, entraîner une grande
sédition et un déchirement des forces libanaises en factions
et en milices. D’ailleurs, ceci ne fait que compliquer
davantage la situation devant le Comité ministériel arabe
qui, une fois arrivé à Beyrouth, a été surpris de voir les
partisans de Hariri opposés aux décisions du commandant de
l’armée. Il les a considérés comme une soumission à l’Iran
et à la Syrie.
Il est
certain que l’escalade de la confrontation et le flot
d’accusations adressées à l’Iran, à la Syrie et au Hezbollah
ne résoudront pas le problème. Mais au contraire, le pays
sera certainement en proie à la guerre civile. Les pays
arabes qui ont sombré dans un profond sommeil et se sont
réveillés pour mener la guerre contre l’influence iranienne
sur le sol du Liban seront certainement perdants s’ils
suivent le plan américain. D’autant plus que personne ne
croit ce qui est dit à propos d’un camp iranien chi’ite en
confrontation avec un camp sunnite pro-américain. La
résistance libanaise réunit en son sein, aux côtés du
Hezbollah, des maronites, des druzes et d’autres
commandements sunnites. Au même titre, on peut retrouver
dans les rangs du rassemblement du 14 mars une majorité de
sunnites, de maronites et des partisans de Joumblatt.
Le Liban
n’est pas gouverné par un seul groupe ou une seule faction
ou par le jeu de la majorité et de la minorité. Le Liban a
toujours reposé sur l’entente entre les différentes couleurs
de l’arc-en-ciel politiques et les différentes factions.
C’est cette diversité qui a toujours fait la source de sa
force et de sa richesse. Aujourd’hui, les ingérences
étrangères sont à l’origine de son malheur et de sa misère.
Ainsi, n’importe quel appel à la confrontation et à la
violence est un appel à effacer le Liban de la carte.