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 Semaine du 21 au 27 mai 2008, numéro 715

 

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Opinion

Pourquoi ne ressentons-nous pas l’effet de la croissance économique ?

Mohamed Salmawy 

Je ne comprends pas pourquoi les obstacles entravent-ils notre chemin, alors que pour les autres, ils représentent les prémices d’un progrès et d’une avancée. Le problème de l’explosion démographique, auquel les gouvernements successifs ont attribué la crise économique dont nous souffrons, est par exemple l’une des causes de la prospérité économique d’un pays comme la Chine, dont les produits ont envahi les marchés mondiaux. 

La chine a réussi à exploiter sa spécificité. Avec la croissance de la main-d’œuvre dans ce pays, celle-ci est devenue peu coûteuse, par rapport à celle des autres pays du monde, pour atteindre quelque 25 %. A tel point que les grandes usines occidentales ont commencé à fabriquer leurs produits en Chine au lieu de les fabriquer dans leurs pays d’origine. Qu’il s’agisse d’articles électroniques, de machines agricoles, de vêtements ou de jouets pour enfants. Grâce à ce nombre considérable d’habitants, la Chine a réussi à défier le monde entier et non pas uniquement les pays industriels. Elle a réussi également à fabriquer les produits locaux de chaque Etat à un prix et une qualité meilleurs que ceux du pays d’origine.  L’exemple le plus éloquent est la lanterne de Ramadan qui est devenue une production purement chinoise voilà plusieurs années. Cet objet égyptien si typique est fabriqué en Chine et est vendu chez nous. Avec le temps, la nôtre a été reléguée au second plan. L’autre prétexte qu’on avance toujours pour justifier notre recul industriel est le fait que nous sommes un Etat sans ressources naturelles. En général, il y a toujours une comparaison avec les Etats-Unis ou la Russie qui jouissent d’énormes ressources, qui sont, dit-on, à l’origine de leur avancée industrielle.

Mais en réalité, la comparaison avec d’autres pays, en dehors de ces deux-là, prouve le contraire. Un pays comme le Japon souffre par exemple d’une carence énorme en matière de ressources naturelles et ne dispose pas de l’énorme superficie géographique des Etats-Unis ou de la Russie. 80 % de la superficie du Japon, qui est à l’origine un petit Etat caractérisé par sa nature montagneuse, est inappropriée à l’agriculture ni à l’élevage du bétail. En dépit de ceci, le Japon est le système économique n°2 mondial.

Nous avons toujours entendu dire que la terre de l’Egypte est dans sa majorité de nature désertique et que nous vivons seulement sur 3 % de sa superficie viable et appropriée à l’agriculture, celle se situant sur les rives du Nil. Mais notre état ne diffère pas beaucoup de celui du Japon. La différence est que le Japon, lorsqu’il n’a pas trouvé les ressources dont il avait besoin à l’intérieur de ses territoires, il les a tout simplement importées. Ses territoires se situant au milieu de la mer se sont transformés en une énorme usine flottante, pour reprendre les descriptions des économistes. Les matières premières sont importées du monde entier, le Japon les fabrique et ensuite les exporte de nouveau au monde sous forme de produits de luxe qui sont de loin supérieurs aux autres produits fabriqués dans le monde.

Les exemples sont nombreux et ils viennent tous prouver que l’inexistence de ressources naturelles dans n’importe quel pays n’est pas un obstacle face à son avancée industrielle ; voire même, elle le transforme en un pays exportateur des produits qu’il fabrique à partir des matières importées.

Nous avons également l’exemple de la Suisse. Ce petit pays européen ne cultive pas le cacao, et malgré cela, il fabrique le meilleur chocolat du monde. La petite superficie de la Suisse n’a pas entravé son avancée dans l’élevage du bétail, au point de devenir l’un des plus importants exportateurs des produits laitiers de par le monde.

En réalité, l’expérience de la Suisse est digne d’études. Elle a réussi, malgré sa petite superficie et sa pénurie en matière de ressources naturelles, non seulement à fabriquer le chocolat, mais à se tailler également une place privilégiée incitant à la confiance, à la sécurité et à la stabilité. Cette place a fait d’elle la réserve des fonds monétaires en provenance du monde entier. Au moment où les pays du tiers-monde ont une réputation mondiale de pays caractérisés par des turbulences, la violence et l’instabilité, ce petit Etat européen en manque de ressources a pu gagner la réputation de trésorerie digne de confiance et de sécurité. Les fonds sont alors venus de toutes parts. Et ce, alors que d’autres pays n’ont cessé de demander en vain les investissements étrangers, sans pouvoir créer le climat propice à leur épanouissement.

Si le volume des ressources ou la superficie géographique ne sont pas les conditions sine qua non du développement et si les pays parviennent à réaliser un essor économique, même à l’ombre d’une explosion démographique sans pareille, comme il est arrivé en Chine, quel est donc l’obstacle réel à notre avancée ?

La question se rapporte-t-elle à la nature des individus dans les pays en développement qui ont tendance à sombrer, dit-on, dans la nonchalance et la léthargie ? Si cela est vrai, le défaut réside-t-il dans les individus ou dans le système dans lequel ils fonctionnent ?

La main-d’œuvre de nombreux pays occidentaux développés est formée d’immigrés en provenance des pays du tiers-monde peu productifs dans leurs pays d’origine. Ceci prouve clairement que le défaut ne réside pas dans les individus, mais plutôt dans l’administration qui se trouve incapable d’exploiter les ressources humaines pour augmenter la productivité. Une autre administration en tirera le meilleur profit pour devenir un grand pays industriel.

La gestion au sens propre du terme, c’est-à-dire celle des ressources de l’Etat, est l’obstacle majeur au développement d’un pays comme le nôtre. Bien que nos circonstances soient similaires à beaucoup d’autres pays qui ont réalisé des progrès. C’est cette gestion qui est responsable de cette situation bizarre qui nous distingue et qui fait que le gouvernement ne cesse de se vanter des taux de croissance réalisés les dernières années, alors que le citoyen ordinaire qui est censé en profiter ressent qu’il sombre tous les jours un peu plus dans la pauvreté.

C’est cette défaillance dans la gestion administrative, et non pas l’explosion démographique ni la pénurie des ressources ou la superficie géographique restreinte, qui est à l’origine de notre recul. Nous sommes les seuls responsables de cette défaillance qui n’est pas le fruit de la nature, de la géographie ou bien du nombre d’habitants. Cela signifie uniquement que nous devons fonctionner à l’intérieur d’un système administratif performant. C’est à ce moment-là, et seulement de cette manière, que n’importe quelle hausse dans le taux de croissance économique se répercutera nécessairement sur le citoyen ordinaire. L’objectif de toute croissance.

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