Pourquoi ne ressentons-nous pas l’effet de la croissance
économique ?
Mohamed Salmawy
Je
ne comprends pas pourquoi les obstacles entravent-ils notre
chemin, alors que pour les autres, ils représentent les
prémices d’un progrès et d’une avancée. Le problème de
l’explosion démographique, auquel les gouvernements
successifs ont attribué la crise économique dont nous
souffrons, est par exemple l’une des causes de la prospérité
économique d’un pays comme la Chine, dont les produits ont
envahi les marchés mondiaux.
La chine a réussi à exploiter sa spécificité. Avec la
croissance de la main-d’œuvre dans ce pays, celle-ci est
devenue peu coûteuse, par rapport à celle des autres pays du
monde, pour atteindre quelque 25 %. A tel point que les
grandes usines occidentales ont commencé à fabriquer leurs
produits en Chine au lieu de les fabriquer dans leurs pays
d’origine. Qu’il s’agisse d’articles électroniques, de
machines agricoles, de vêtements ou de jouets pour enfants.
Grâce à ce nombre considérable d’habitants, la Chine a
réussi à défier le monde entier et non pas uniquement les
pays industriels. Elle a réussi également à fabriquer les
produits locaux de chaque Etat à un prix et une qualité
meilleurs que ceux du pays d’origine. L’exemple le
plus éloquent est la lanterne de Ramadan qui est devenue une
production purement chinoise voilà plusieurs années. Cet
objet égyptien si typique est fabriqué en Chine et est vendu
chez nous. Avec le temps, la nôtre a été reléguée au second
plan. L’autre prétexte qu’on avance toujours pour justifier
notre recul industriel est le fait que nous sommes un Etat
sans ressources naturelles. En général, il y a toujours une
comparaison avec les Etats-Unis ou la Russie qui jouissent
d’énormes ressources, qui sont, dit-on, à l’origine de leur
avancée industrielle.
Mais
en réalité, la comparaison avec d’autres pays, en dehors de
ces deux-là, prouve le contraire. Un pays comme le Japon
souffre par exemple d’une carence énorme en matière de
ressources naturelles et ne dispose pas de l’énorme
superficie géographique des Etats-Unis ou de la Russie. 80 %
de la superficie du Japon, qui est à l’origine un petit Etat
caractérisé par sa nature montagneuse, est inappropriée à
l’agriculture ni à l’élevage du bétail. En dépit de ceci, le
Japon est le système économique n°2 mondial.
Nous avons toujours entendu dire que la terre de l’Egypte
est dans sa majorité de nature désertique et que nous vivons
seulement sur 3 % de sa superficie viable et appropriée à
l’agriculture, celle se situant sur les rives du Nil. Mais
notre état ne diffère pas beaucoup de celui du Japon. La
différence est que le Japon, lorsqu’il n’a pas trouvé les
ressources dont il avait besoin à l’intérieur de ses
territoires, il les a tout simplement importées. Ses
territoires se situant au milieu de la mer se sont
transformés en une énorme usine flottante, pour reprendre
les descriptions des économistes. Les matières premières
sont importées du monde entier, le Japon les fabrique et
ensuite les exporte de nouveau au monde sous forme de
produits de luxe qui sont de loin supérieurs aux autres
produits fabriqués dans le monde.
Les exemples sont nombreux et ils viennent tous prouver que
l’inexistence de ressources naturelles dans n’importe quel
pays n’est pas un obstacle face à son avancée industrielle ;
voire même, elle le transforme en un pays exportateur des
produits qu’il fabrique à partir des matières importées.
Nous avons également l’exemple de la Suisse. Ce petit pays
européen ne cultive pas le cacao, et malgré cela, il
fabrique le meilleur chocolat du monde. La petite superficie
de la Suisse n’a pas entravé son avancée dans l’élevage du
bétail, au point de devenir l’un des plus importants
exportateurs des produits laitiers de par le monde.
En réalité, l’expérience de la Suisse est digne d’études.
Elle a réussi, malgré sa petite superficie et sa pénurie en
matière de ressources naturelles, non seulement à fabriquer
le chocolat, mais à se tailler également une place
privilégiée incitant à la confiance, à la sécurité et à la
stabilité. Cette place a fait d’elle la réserve des fonds
monétaires en provenance du monde entier. Au moment où les
pays du tiers-monde ont une réputation mondiale de pays
caractérisés par des turbulences, la violence et
l’instabilité, ce petit Etat européen en manque de
ressources a pu gagner la réputation de trésorerie digne de
confiance et de sécurité. Les fonds sont alors venus de
toutes parts. Et ce, alors que d’autres pays n’ont cessé de
demander en vain les investissements étrangers, sans pouvoir
créer le climat propice à leur épanouissement.
Si le volume des ressources ou la superficie géographique ne
sont pas les conditions sine qua non du développement et si
les pays parviennent à réaliser un essor économique, même à
l’ombre d’une explosion démographique sans pareille, comme
il est arrivé en Chine, quel est donc l’obstacle réel à
notre avancée ?
La question se rapporte-t-elle à la nature des individus
dans les pays en développement qui ont tendance à sombrer,
dit-on, dans la nonchalance et la léthargie ? Si cela est
vrai, le défaut réside-t-il dans les individus ou dans le
système dans lequel ils fonctionnent ?
La main-d’œuvre de nombreux pays occidentaux développés est
formée d’immigrés en provenance des pays du tiers-monde peu
productifs dans leurs pays d’origine. Ceci prouve clairement
que le défaut ne réside pas dans les individus, mais plutôt
dans l’administration qui se trouve incapable d’exploiter
les ressources humaines pour augmenter la productivité. Une
autre administration en tirera le meilleur profit pour
devenir un grand pays industriel.
La gestion au sens propre du terme, c’est-à-dire celle des
ressources de l’Etat, est l’obstacle majeur au développement
d’un pays comme le nôtre. Bien que nos circonstances soient
similaires à beaucoup d’autres pays qui ont réalisé des
progrès. C’est cette gestion qui est responsable de cette
situation bizarre qui nous distingue et qui fait que le
gouvernement ne cesse de se vanter des taux de croissance
réalisés les dernières années, alors que le citoyen
ordinaire qui est censé en profiter ressent qu’il sombre
tous les jours un peu plus dans la pauvreté.
C’est cette défaillance dans la gestion administrative, et
non pas l’explosion démographique ni la pénurie des
ressources ou la superficie géographique restreinte, qui est
à l’origine de notre recul. Nous sommes les seuls
responsables de cette défaillance qui n’est pas le fruit de
la nature, de la géographie ou bien du nombre d’habitants.
Cela signifie uniquement que nous devons fonctionner à
l’intérieur d’un système administratif performant. C’est à
ce moment-là, et seulement de cette manière, que n’importe
quelle hausse dans le taux de croissance économique se
répercutera nécessairement sur le citoyen ordinaire.
L’objectif de toute croissance.