Abcès
Déjà embourbé dans un conflit au Darfour (ouest) et
faisant face à des difficultés dans l’application de
l’accord de paix dans le Sud, le Soudan se trouve
confronté à un nouveau front de tension avec son voisin
tchadien. Deux mois seulement après un énième accord de
paix « définitif », le Soudan et le Tchad ont une fois
de plus rompu leurs relations, la semaine dernière, au
lendemain d’une attaque de rebelles du Darfour près de
Khartoum, qui s’inscrit dans le conflit par groupes
armés interposés entre les deux voisins.
Une fois n’est pas coutume, c’est le président soudanais
Omar Al-Béchir,
régulièrement accusé par son homologue tchadien
Idriss Deby
Itno de vouloir le
renverser, qui est passé à l’acte en rompant les liens
diplomatiques avec N’Djamena, à la suite de violents
combats entre l’armée soudanaise et les rebelles du
Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM) à Omdurman,
la ville soudanaise jumelle de Khartoum, de l’autre côté
du Nil.
Cet épisode rappelle, en miroir, l’offensive ratée menée
à N’Djamena les 2 et 3 février par des rebelles
tchadiens partis de leurs bases arrières au Darfour,
dans l’ouest du Soudan, et qui avaient failli renverser
Idriss Deby, sauvé in
extremis avec, notamment, l’aide militaire de la France.
A l’époque, l’armée tchadienne en difficulté avait
également appelé les rebelles soudanais du JEM à la
rescousse. En février, le Tchad, qui avait déjà rompu
pendant quatre mois ses relations avec le Soudan en 2006
après un précédent raid rebelle sur sa capitale, avait
vivement dénoncé le soutien apporté par Khartoum aux
groupes armés tchadiens.
Sous la pression internationale, les deux pays avaient
néanmoins signé un accord de paix présenté comme «
définitif » le 13 mars à Dakar, après ceux, identiques,
conclus ces dernières années à Tripoli, à Riyad ou
encore à Cannes (sud de la France) ... Mais, à l’issue
d’une réunion à Libreville du « groupe de contact » sur
la crise tchado-soudanaise,
un diplomate africain s’inquiétait le 10 avril : « On
leur a forcé la main à Dakar, mais rien n’a changé. Et
rien ne changera tant que ces deux présidents seront au
pouvoir ». Le groupe de contact, qui réunit les
ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays
médiateurs africains, est censé se réunir à nouveau dans
les prochains jours en Libye.
Les racines du conflit de moins en moins larvé entre les
deux voisins sont à chercher du côté du Darfour, en
guerre civile depuis plus de cinq ans. Rapidement,
N’Djamena a été accusé de soutenir les rebelles, et
notamment le JEM, dirigé par des
Zaghawas, l’ethnie du président Deby et de son
cercle rapproché.