Koweït.
Les Koweïtiens espèrent voir mettre fin à l’instabilité
politique du pays après qu’ils ont été appelés à choisir un
nouveau Parlement, dimanche dernier, où les radicaux
islamistes sont sortis grands gagnants.
La fin des vicissitudes ?
En deux ans, le Koweït, 4e plus grand exportateur de
l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), a vu
quatre cabinets démissionner, une kyrielle de ministres
interrogés par l’assemblée et forcés à partir. Les appels se
font plus pressants au sein de la classe politique pour des
réformes en profondeur, incluant la légalisation des partis
politiques et la nomination d’un premier ministre en dehors
de la famille de l’émir cheikh Sabah
Al-Ahmad Al-Sabah.
Plusieurs ont rendu les membres de la famille princière
directement responsables de la crise qui a conduit l’émir à
dissoudre le Parlement en mars dernier. Cette crise avait
été provoquée par une campagne contre des activistes de la
minorité chiite qui ont, dans un pays gouverné par une
famille princière sunnite, célébré un chef du Hezbollah
chiite libanais, Imad
Moughnieh, tué à Damas.
C’est dans ce climat que se sont déroulées les élections
législatives, dimanche dernier. Les islamistes radicaux sont
les grands gagnants de ces élections, au cours desquelles
aucune des 27 femmes candidates n’a été élue. Ces
législatives ont suivi la dissolution, la deuxième en moins
de deux ans, de l’ancien Parlement par l’émir cheikh Sabah
Al-Ahmad
Al-Sabah, après une crise entre l’exécutif et le
législatif. Aucun chiffre officiel sur le taux de
participation n’a été publié mais la télévision d’Etat l’a
estimé à plus de 75 % pour les hommes et d’un peu plus de 50
% pour les femmes, qui ont voté pour la deuxième fois de
leur histoire.
Au total, 28 des 50 membres siégeant au Parlement dissous en
mars dernier par l’émir ont été réélus.
Comme lors du précédent scrutin en 2006, aucune des 27
femmes qui se présentaient parmi les 275 candidats n’a
trouvé grâce aux yeux des électeurs, symbole de la
résistance de la société koweïtienne à une importance accrue
du rôle de la femme. L’Alliance islamique
salafiste, un mouvement radical
sunnite, a remporté 10 des 50 sièges du Parlement. Le
Mouvement Islamique Constitutionnel (MIC), bras politique
des Frères musulmans, des sunnites modérés, a toutefois
connu un recul, ne gardant que la moitié des six sièges
qu’il avait dans l’ancien Parlement. Au total, les
islamistes sunnites remportent 21 sièges, soit quatre de
plus que dans l’ancienne assemblée.
La minorité chiite, qui constitue le tiers de la population
au Koweït, sera représentée par cinq députés, contre quatre
précédemment. Les libéraux et leurs alliés, avec sept élus,
ont perdu un siège, tout comme le bloc nationaliste de
l’Action populaire, du vétéran de la vie politique
koweïtienne, Ahmad Al-Saadoun,
qui n’a obtenu que quatre sièges.
La majorité des députés nouvellement élus sont originaires
des régions tribales du pays. Le Koweït, qui possède 10 %
des réserves mondiales de pétrole, est en proie à une
instabilité politique chronique depuis deux ans. Un climat
peu propice aux affaires alors que les revenus pétroliers ne
cessent de s’accumuler.
La campagne législative a été émaillée ces deux derniers
mois de manifestations et d’arrestations après l’adoption
d’une loi modifiant les circonscriptions électorales et
censée garantir une meilleure répartition dans un Parlement
traditionnellement dominé par les islamistes radicaux et les
alliances tribales.
Le Parlement est certes élu au suffrage universel, mais le
gouvernement n’a pas besoin de majorité pour gouverner et la
dynastie des Al-Sabah contrôle les ministères-clefs. Il
n’intervient pas dans la formation du gouvernement,
traditionnellement dirigé par un membre des Al-Sabah et
investi sans vote de confiance. La Chambre peut révoquer un
ministre, mais pas le cabinet dans sa totalité.
Les
ministres y
sont membres
d’office.
Rania
Adel