Liban.
L’ambiance à la conférence interlibanaise de Doha reste
tendue en raison de divergences profondes sur des
questions-clés. Les pressions s’intensifient cependant pour
parvenir à un compromis.
Dialogue de sourds
Après l’escalade de la semaine dernière, l’heure est
aujourd’hui au dialogue. Mais il semble que c’est un
dialogue de sourds. Avec une crise qui perdure depuis 17
mois et qui est passée récemment au stade des affrontements
armés, des positions diamétralement opposées et des
revendications souvent inconciliables, il est difficile
d’imaginer que le tout soit réglé en quelques jours de
négociations, et ce malgré les bons offices des Arabes,
notamment du Qatar, hôte des pourparlers interlibanais.
Désarmement du Hezbollah, élection présidentielle, formation
d’un gouvernement d’unité nationale, nouvelle loi
électorale. Une liste de questions hautement épineuses dont
il est en effet question à Doha, chaque point nécessitant à
lui seul de longues négociations.
Pour éviter l’impasse au sujet des questions de fond les
plus délicates, impasse qui risquerait de faire avorter les
efforts arabes, le Qatar a présenté une proposition prônant
une élection immédiate d’un président de la République et la
formation d’un gouvernement d’unité nationale. Une
proposition aussitôt rejetée par l’opposition, conduite par
le Hezbollah, et qui a annoncé lundi qu’elle n’acceptait pas
de reporter la question controversée d’une loi électorale
jusqu’à l’élection d’un président de la République. Cette
annonce intervient après que le Qatar, hôte de la conférence
interlibanaise, a proposé dimanche de procéder immédiatement
à l’élection du chef de l’armée, Michel Sleimane, un homme
de consensus, à la présidence pour succéder au pro-syrien
Emile Lahoud, parti en novembre à la fin de son mandat. Dans
un communiqué publié après une réunion de ses dirigeants,
l’opposition a réitéré sa demande de parvenir à un accord
sur un gouvernement d’union nationale et une loi électorale
en vue des élections législatives de 2009, avant d’élire
Michel Sleimane à la présidence. Elle a ajouté qu’elle s’en
tenait à l’accord de Beyrouth parrainé par la Ligue arabe et
qui a permis l’organisation de la conférence de Doha dans
l’espoir de régler la crise au Liban, qui a dégénéré en
violences meurtrières et conduit, un moment, au contrôle de
quartiers de Beyrouth-Ouest, bastion du gouvernement, par le
Hezbollah.
A ce sujet, un délégué chrétien de l’opposition, membre du
Mouvement Patriotique Libre (MPL) de Michel Aoun, a déclaré
à l’AFP : « Nous sommes venus ici avec un ordre du jour
destiné à parvenir à un accord sur le gouvernement d’union
nationale, la loi électorale et l’élection d’un président ».
Les deux camps divergent sur un nouveau découpage électoral,
chaque partie craignant de perdre des sièges lors des
élections législatives de 2009 en modifiant la composition
démographique des circonscriptions. A ce sujet, la
proposition de compromis s’appuie sur un projet déjà mis au
point par une commission d’experts juridiques nommés par le
gouvernement en vue des élections législatives de 2009.
Cette législation inclut une dose de proportionnelle dans le
système majoritaire en vigueur.
Outre la question de la présidentielle, la proposition
qatarie suggérait également la formation d’un gouvernement
d’unité nationale de 30 ministres « avec 13 membres de la
majorité, 10 membres de l’opposition et 7 ministres choisis
par le président de la République », selon un délégué
présent à la conférence. Sauf qu’une telle répartition des
postes ministériels a été rejetée dans le passé par
l’opposition qui exige plus d’un tiers des portefeuilles.
Les délégués de l’opposition ont déclaré qu’ils
n’accepteraient qu’un compromis avec 11 ministres, ou un
droit de veto sur les décisions gouvernementales. En cas
d’absence d’accord, des délégués évoquent la possibilité
d’un scénario alternatif, la constitution d’un gouvernement
de transition constitué de technocrates ou de responsables
politiques n’appartenant à aucun des deux camps. Reste un
autre sujet hautement délicat, le désarmement du Hezbollah.
Les délégués n’ont pas dit si les Qataris avaient pressenti
une proposition sur la question cruciale de l’armement du
Hezbollah, seule faction libanaise à avoir été autorisée à
conserver ses armes à la fin de la guerre civile en 1990 en
raison de sa lutte contre la présence israélienne au
Sud-Liban. Le camp gouvernemental réclame la garantie que la
milice chiite ne retournera pas à nouveau ses armes contre
les autres communautés, comme elle l’a fait lors des
affrontements d’il y a dix jours. Le chef de la délégation
du Hezbollah, Mohammad Raed, a exclu toute discussion sur
l’armement de son mouvement. « La question de la résistance,
de ses armes et de ses capacités n’a pas à être discutée »,
a-t-il dit. « Si la question des armes n’est pas
spécialement évoquée lors des discussions à Doha, rien
n’aura été (fait) », a répliqué le ministre de la Jeunesse
et des Sports, Ahmed Fatfat.
Autant
d’indices qui n’augurent rien de positif.
Abir
Taleb