Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Dialogue de sourds
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 Semaine du 21 au 27 mai 2008, numéro 715

 

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Liban. L’ambiance à la conférence interlibanaise de Doha reste tendue en raison de divergences profondes sur des questions-clés. Les pressions s’intensifient cependant pour parvenir à un compromis.

Dialogue de sourds

Après l’escalade de la semaine dernière, l’heure est aujourd’hui au dialogue. Mais il semble que c’est un dialogue de sourds. Avec une crise qui perdure depuis 17 mois et qui est passée récemment au stade des affrontements armés, des positions diamétralement opposées et des revendications souvent inconciliables, il est difficile d’imaginer que le tout soit réglé en quelques jours de négociations, et ce malgré les bons offices des Arabes, notamment du Qatar, hôte des pourparlers interlibanais.

Désarmement du Hezbollah, élection présidentielle, formation d’un gouvernement d’unité nationale, nouvelle loi électorale. Une liste de questions hautement épineuses dont il est en effet question à Doha, chaque point nécessitant à lui seul de longues négociations.

Pour éviter l’impasse au sujet des questions de fond les plus délicates, impasse qui risquerait de faire avorter les efforts arabes, le Qatar a présenté une proposition prônant une élection immédiate d’un président de la République et la formation d’un gouvernement d’unité nationale. Une proposition aussitôt rejetée par l’opposition, conduite par le Hezbollah, et qui a annoncé lundi qu’elle n’acceptait pas de reporter la question controversée d’une loi électorale jusqu’à l’élection d’un président de la République. Cette annonce intervient après que le Qatar, hôte de la conférence interlibanaise, a proposé dimanche de procéder immédiatement à l’élection du chef de l’armée, Michel Sleimane, un homme de consensus, à la présidence pour succéder au pro-syrien Emile Lahoud, parti en novembre à la fin de son mandat. Dans un communiqué publié après une réunion de ses dirigeants, l’opposition a réitéré sa demande de parvenir à un accord sur un gouvernement d’union nationale et une loi électorale en vue des élections législatives de 2009, avant d’élire Michel Sleimane à la présidence. Elle a ajouté qu’elle s’en tenait à l’accord de Beyrouth parrainé par la Ligue arabe et qui a permis l’organisation de la conférence de Doha dans l’espoir de régler la crise au Liban, qui a dégénéré en violences meurtrières et conduit, un moment, au contrôle de quartiers de Beyrouth-Ouest, bastion du gouvernement, par le Hezbollah.

A ce sujet, un délégué chrétien de l’opposition, membre du Mouvement Patriotique Libre (MPL) de Michel Aoun, a déclaré à l’AFP : « Nous sommes venus ici avec un ordre du jour destiné à parvenir à un accord sur le gouvernement d’union nationale, la loi électorale et l’élection d’un président ». Les deux camps divergent sur un nouveau découpage électoral, chaque partie craignant de perdre des sièges lors des élections législatives de 2009 en modifiant la composition démographique des circonscriptions. A ce sujet, la proposition de compromis s’appuie sur un projet déjà mis au point par une commission d’experts juridiques nommés par le gouvernement en vue des élections législatives de 2009. Cette législation inclut une dose de proportionnelle dans le système majoritaire en vigueur.

Outre la question de la présidentielle, la proposition qatarie suggérait également la formation d’un gouvernement d’unité nationale de 30 ministres « avec 13 membres de la majorité, 10 membres de l’opposition et 7 ministres choisis par le président de la République », selon un délégué présent à la conférence. Sauf qu’une telle répartition des postes ministériels a été rejetée dans le passé par l’opposition qui exige plus d’un tiers des portefeuilles. Les délégués de l’opposition ont déclaré qu’ils n’accepteraient qu’un compromis avec 11 ministres, ou un droit de veto sur les décisions gouvernementales. En cas d’absence d’accord, des délégués évoquent la possibilité d’un scénario alternatif, la constitution d’un gouvernement de transition constitué de technocrates ou de responsables politiques n’appartenant à aucun des deux camps. Reste un autre sujet hautement délicat, le désarmement du Hezbollah. Les délégués n’ont pas dit si les Qataris avaient pressenti une proposition sur la question cruciale de l’armement du Hezbollah, seule faction libanaise à avoir été autorisée à conserver ses armes à la fin de la guerre civile en 1990 en raison de sa lutte contre la présence israélienne au Sud-Liban. Le camp gouvernemental réclame la garantie que la milice chiite ne retournera pas à nouveau ses armes contre les autres communautés, comme elle l’a fait lors des affrontements d’il y a dix jours. Le chef de la délégation du Hezbollah, Mohammad Raed, a exclu toute discussion sur l’armement de son mouvement. « La question de la résistance, de ses armes et de ses capacités n’a pas à être discutée », a-t-il dit. « Si la question des armes n’est pas spécialement évoquée lors des discussions à Doha, rien n’aura été (fait) », a répliqué le ministre de la Jeunesse et des Sports, Ahmed Fatfat. Autant d’indices qui n’augurent rien de positif.

Abir Taleb

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