FEM.
Sous la pression de la hausse des prix de la nourriture et
d’une inflation galopante, le gouvernement égyptien a dû
enfreindre les sacro-saintes règles du marché. De quoi
lancer un débat houleux, même dans les coulisses du Forum.
Déviation risquée
Les
investisseurs ne cachent pas leurs inquiétudes face aux
récentes mesures prises par le gouvernement égyptien.
Celui-ci vient en effet de décider une exemption fiscale
pour 39 usines installées dans les zones franches, en plus
d’une augmentation du prix du gaz naturel destiné aux
industries fortes consommatrices d’énergie et des prix des
droits d’exploitation des carrières. Ces décisions récemment
prises par le gouvernement ont eu un effet de choc auprès
des investisseurs étrangers. D’où une chute libre de la
Bourse, suite aux opérations de ventes massives des
investisseurs étrangers. « Ces mesures sont toutes conformes
au programme de réformes adopté depuis 2004 », se défend
Rachid, ministre du Commerce et de l’Industrie. Et
d’expliquer que : « Ces usines ont bénéficié des privilèges
et des subventions, pour les encourager à s’installer dans
le pays. Aujourd’hui, les circonstances ont changé, ils
n’ont plus besoin de ces privilèges ». Et de souligner que,
malgré ces mesures, « leurs marges de profit vont dépasser
celles prévues au début des projets, même si elles vont
légèrement diminuer à cause de la taxation ou encore de la
hausse des prix des matières premières. Bref, ces usines
maintiendront une profitabilité considérablement élevée ».
Ces décisions ont été précédées par d’autres aussi fortes,
comme l’interdiction de l’exportation du ciment et du riz.
Pour les investisseurs, ces mesures sont un pas en arrière
pour un gouvernement qui s’est fait le chantre depuis son
arrivée en 2004 des règles orthodoxes du marché libre. « Ces
décisions vont mener à la détérioration de l’ambiance de
l’investissement sur l’échelle de la compétitivité mondiale.
Notamment celle de l’annulation des exemptions fiscales des
entreprises installées dans les zones franches », assure
Samir Radwane, directeur du Conseil égyptien de la
compétitivité. Cependant, il écarte le fait que cela va
réduire le flux des investissements étrangers.
Les investisseurs avancent les arguments de leur colère. «
Si un pays comme l’Australie à qui nous exportons le riz et
de qui nous importons le blé, interdit à son tour de nous
exporter le blé, nous ne mangerons pas de pain », lance
Naguib Sawirès, président d’Orascom Telecom et de la Chambre
de commerce égypto-allemande. Pour lui, ces décisions
soudaines n’ont été ni assez étudiées, ni négociées avec les
parties concernées. « C’est un grand pas en arrière ». Il
propose d’autres solutions plus conformes aux règles du
marché : « Dans le cas du ciment, le gouvernement pourrait
laisser les investisseurs qui ont du mal à obtenir des
licences de production, installer plus facilement des
usines. Ainsi, ces usines n’inonderont-elles le pays de
ciment ? Une offre qui réduira les prix ». Ces mesures ont
été par ailleurs le centre d’un débat entre le gouvernement
et un nouvel investisseur qui s’apprête à pénétrer sur le
marché égyptien et qui se dit confiant. Le directeur
exécutif de Metro Cash&Carry, Frans W.H. Muller a confié à
l’Hebdo avoir discuté avec les ministres de l’Investissement
et du Commerce, la possibilité de prendre davantage de
mesures soudaines. « Cette possibilité ne va pas nous
empêcher de nous introduire sur le marché. Par ailleurs, les
mesures récentes n’auront pas d’impact sur le lancement de
notre activité en Egypte », rassure Muller qui a souligné
que le volume du marché ainsi que les taux de consommation
élevés des Egyptiens sont les facteurs déterminants de
l’investissement dans le pays. Cependant, un exportateur de
riz, qui se trouve face à une impossibilité de remplir ces
engagements avec ses clients sur le marché international
n’aura pas la même réaction. Le PDG de Lafarge, la
cimenterie numéro un mondial, a refusé de commenter à
l’Hebdo le gel des exportations du ciment et les autres
mesures : « Je ne veux pas parler de ce sujet », a dit Bruno
Lafont. De son côté, Klaus Ibermann, l’ambassadeur de
l’Union européenne en Egypte a révélé à l’Hebdo que les
investisseurs européens aimeront écouter les explications du
gouvernement sur ces mesures. Le Forum de Charm Al-Cheikh
est le lieu pour discuter de la manière d’éviter les
mauvaises répercussions de telles décisions. Rachid a saisi
l’opportunité du Forum économique à Charm Al-Cheikh pour
expliquer la logique de ces mesures : « Je savais que ces
décisions auraient des impacts économiques négatifs,
j’aurais souhaité ne jamais prendre ces mesures. Cependant,
le gouvernement a dû faire un choix difficile (de nuire à un
nombre limité d’investisseurs) pour l’intérêt général. Par
exemple, le prix mondial du riz a grimpé à 1 200 dollars la
tonne, si le gouvernement n’avait pas imposé un gel de
l’exportation du riz depuis deux mois, les Egyptiens
auraient payé 10 L.E. le kilo ». Sa mission est donc
d’apaiser les investisseurs étrangers pour garantir un flux
croissant d’investissements étrangers directs.
Réussira-t-il ?
Salma
Hussein
Névine Kamel