FEM.
Emmanuel E. MBI,
directeur du département central de la région du
Moyen-Orient et du Nord de l’Afrique auprès de la Banque
mondiale, estime que la région doit profiter de sa
prospérité actuelle pour diversifier son économie.
« Une croissance élevée est nécessaire pour réaliser la
justice sociale »
Al-Ahram
Hebdo : La hausse des prix des produits alimentaires a
poussé les gouvernements à appliquer des politiques contre
les règles du marché libre. Ce qui a vraiment suscité
l’inquiétude des investisseurs. Qu’en pensez-vous ?
Emmanuel E. MBI :
Cela dépend du genre des taxes imposées. Et il faut noter
que c’est naturel d’imposer des taxes sur les profits issus
des investissements. Surtout qu’au début, ces entreprises
ont été exemptées de taxes. Vous savez qu’aux Etats-Unis,
les Américains répètent toujours qu’ils possèdent deux
évidences dans leur vie : la mort et le remboursement des
taxes. Imposer des taxes sur les profits est donc un moyen
légitime pour se procurer des ressources financières
capables d’enrichir le budget des gouvernements et par suite
d’alléger le fardeau des classes démunies.
— Mais, en Egypte, les investisseurs se sont attaqués
fortement à de telles mesures ...
— En fait, le secteur privé ne doit pas s’inquiéter ou se
mécontenter de l’application de telles mesures. Et j’en suis
sûr : le fait d’imposer des taxes sur les profits de ces
entreprises n’affectera pas l’Egypte de manière importante.
Le pays demeurera, par contre, attractif pour les
investissements.
— Comment, selon vous, maintenir la balance entre une
croissance élevée et une justice sociale, surtout que dans
plusieurs pays comme l’Egypte, les classes démunies
souffrent surtout des lourds fardeaux pesant sur leur dos ?
— Une croissance élevée est en fait un élément essentiel
pour réaliser la justice sociale. Si les pays en
développement ne possèdent pas une telle croissance,
qu’est-ce qu’ils vont donc distribuer ?
Le défi est de préciser la stratégie de répartition des
ressources d’une manière correcte et équitable, mais c’est
cela qui ne se déroule pas dans les pays de la région. Et
c’est ainsi qu’il faut réviser le système des subventions.
Qui profite de ce système par exemple en Egypte ? Est-ce
vraiment les pauvres ? Je ne veux pas faire des jugements,
mais la réponse est claire. Au moment où nous déterminerons
à vrai dire qui en profite, la question différera.
— Quels sont, selon vous, les défis qui confrontent le
Moyen-Orient ?
— Le Moyen-Orient traverse actuellement une période de
prospérité unique. Il doit donc en profiter pour diversifier
son économie qui dépend dans la plupart des pays de la
région sur le pétrole. L’Egypte, elle, donne un bon exemple
en ce qui concerne cette diversification de l’économie.
— Le président américain Bush avait déclaré que les réformes
économiques ne sont pas suffisantes pour réaliser une
croissance. Des réformes politiques doivent avoir lieu en
parallèle ...
— Je n’ai pas le droit de parler politique. Mais, selon la
théorie économique, la réforme économique facilite beaucoup
de choses. Et très simplement, si le peuple mange bien et
trouve ses nécessités de base, il ne va jamais se révolter.
Propos réceuillis par
Salma Hussein et Névine Kamel