Circulation.
Le projet de loi du ministère de l’Intérieur sur la
circulation a été rejeté par le Parlement. Les sanctions qui
y sont prévues sont jugées disproportionnées par rapport aux
infractions et les solutions trop « superficielles ».
Fausse route ?
Fait
relativement rare, le Parlement a rejeté le projet de loi
sur la circulation proposé par le ministère de l’Intérieur.
La commission parlementaire de la sûreté et de la Défense
nationale a renvoyé le texte au ministère pour le rendre «
plus en harmonie avec les conditions économiques, sociales
et politiques du pays ».
En effet, ce qui a choqué les députés, ce sont les peines
draconiennes prévues par le projet de loi : abuser du
klaxon, se garer en deuxième file ou rouler en sens interdit
coûteraient à l’automobiliste sa liberté. Une peine de
prison de six mois pénaliserait ce genre d’infraction du
code routier selon la loi proposée.
En fait, le ministère de l’Intérieur avait affirmé vouloir
combler, à travers ce projet de loi, les « lacunes » de la
loi en vigueur promulguée en 2000.
Voulant à tout prix régler l’anarchie qui règne dans les
rues, notamment de la capitale, et sur les autoroutes, les
rédacteurs du projet ont cru trouver la solution dans le
renforcement des peines. Outre les peines de prison, les
amendes ont été doublées, voire quadruplées. Le conducteur
qui ne porte pas sa ceinture de sécurité devrait, selon le
nouveau texte, verser une amende de 500 L.E. au lieu de 200
L.E. sous la loi actuelle. « La légèreté des sanctions
prévues par la loi actuelle encourage la nonchalance des
conducteurs, d’où les chiffres records des accidents sur les
autoroutes et l’anarchie de la circulation dans la capitale
et les grandes villes. C’est pour cette raison qu’on a
cherché à durcir les peines dans la nouvelle loi pour
inciter les conducteurs à plus de discipline », a déclaré le
général Amin Radi, qui a participé à l’élaboration du projet
de loi.
Mais les députés pensent autrement. Pour eux, le
durcissement des sanctions ne résoudra pas le problème de la
circulation, bien au contraire, cela contribuera à favoriser
la corruption pour contourner la loi à travers les pistons
et les pots-de-vin. « Il est vrai que les peines sont
indispensables pour faire respecter la loi, mais de là à
emprisonner un conducteur qui s’est garé en deuxième file.
Je pense que c’est très disproportionné », assure le député
Ahmad Haggag, de la Commission de la sûreté et de la défense
nationales au Parlement. Il estime que les peines de prison
ne doivent être appliquées sur les conducteurs qu’en cas
d’excès de vitesse ou de conduite en état d’ébriété, « parce
que de tels comportements mettent en danger des vies
humaines ».
Selon
les urbanistes, le facteur humain ne représente que 20 % des
causes d’accidents. « Si l’on envoie à la prison un
automobiliste pour s’être garé en deuxième file, on doit, à
plus forte raison, emprisonner les responsables qui ont
planifié les routes, et les propriétaires des magasins qui
occupent les rez-de-chaussées et empêchent les habitants de
stationner », lâche à son tour l’urbaniste Kamal Riyad.
Autre critique lancée contre le ministère de l’Intérieur,
c’est de vouloir « discipliner » les automobilistes, pour
reprendre les mots du député Kamal Ahmad, « au lieu de se
fatiguer à chercher des solutions radicales au problème ».
C’est un argument que reprennent également beaucoup de
spécialistes. « La loi actuelle est une loi dissuasive, mais
elle n’a pas pu régler le problème. Car ce n’est pas
uniquement un problème de législations, mais plutôt un
problème de planification : manque de lieux de
stationnement, encombrement des rues, absence de limites
claires entre les zones résidentielles, industrielles et
commerciales », assure Ossama Oqail, professeur de
planification routière.
Dans un même ordre d’idées, la nouvelle loi propose un tas
de « nouveautés », comme l’utilisation de caméras «
sophistiquées » pour repérer les immatriculations des
véhicules contrevenants, la fabrication de nouvelles plaques
minéralogiques unifiées pour tous les véhicules pour
faciliter le processu d’identification ...
Tout un panel de mesures qui sans doute aurait peiné à
régler un problème beaucoup plus compliqué. Le ministère de
l’Intérieur devrait remanier le texte avant de l’envoyer de
nouveau au Parlement.
Marianne Youssef