Al-Ahram Hebdo, Egypte | L’étau se resserre sur le syndicat
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 21 au 27 mai 2008, numéro 715

 

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Egypte

Avocats. Une nouvelle loi de réglementation de la profession doit être approuvée par le Conseil consultatif. Les islamistes, qui dominent le conseil du Syndicat, y voient une tentative de les évincer.

L’étau se resserre sur le syndicat

Après le feu vert du ministère de la Justice, la nouvelle loi sur la profession d’avocat a été transmise la semaine dernière au Conseil consultatif en vue de son adoption. La démarche a engendré une nouvelle crise au Syndicat des avocats où la ligne frontière démarque le camp du bâtonnier Sameh Achour (considéré par ses adversaires comme l’homme du régime), et celui des Frères musulmans qui dominent le conseil syndical. Ces derniers dénoncent une « transaction » entre Achour et le gouvernement pour exclure les éléments islamistes à travers le projet de loi proposé.

L’article 1 du projet de loi concerne la formation du conseil du syndicat. Le dernier bâtonnier élu, en l’occurrence Me Achour, sera nommé à la tête du conseil pour une période « transitoire » d’un an. Outre le bâtonnier, le nouveau conseil sera formé, toujours d’après le texte en question, de 15 « bâtonniers locaux », c’est-à-dire les représentants du syndicat dans les divers gouvernorats, ainsi que de dix avocats auprès des cours d’appel. Ils auraient pour première tâche de « passer au crible » les listes d’avocats syndiquées. D’après Me Achour, seuls 50 % des quelque 350 000 avocats inscrits pratiquent effectivement le métier, alors que le marché du travail serait saturé avec seulement 25 % de ce chiffre. Le bâtonnier avait toujours affiché ses ambitions de « purifier » les listes de son syndicat, non seulement de ceux qui ne pratiquent pas, mais aussi des anciens magistrats et hauts policiers qui, suite à des licenciements disciplinaires, se convertissent en avocats.

Mais derrière ces intentions irréprochables, beaucoup d’avocats craignent une tentative de paralyser le syndicat. Un conseil, majoritairement formé de membres vivant à des centaines de kilomètres du Caire, ne pourrait pas maintenir des réunions régulières, ce qui affecterait son travail, craignent beaucoup d’avocats. Me Achour est également critiqué pour n’avoir pas soumis son texte à un débat général. En fait, beaucoup d’avocats estiment que leur métier avait besoin d’une nouvelle loi, mais souhaitaient impliquer le plus grand nombre possible dans son élaboration. Récemment plusieurs « vieux » du métier, dont Ragaï Attiya, Sélim Al-Awa entre autres, ont été contactés pour s’intégrer à l’initiative. Visiblement, ils ont été pris de court. « Je suis hors du pays et je viens d’apprendre à propos de ce projet de loi dont j’ignore la teneur. C’est sûrement une démarche prise à la hâte », affirme depuis le Koweït Ragaï Attiya.

 

Demande de représentation

Les détracteurs du projet de loi entendent organiser une manifestation devant le siège du Parlement pour demander une représentation lors de la discussion de ce projet de loi au Conseil consultatif et à l’Assemblée du peuple.

« L’élection de 15 avocats au niveau de toute la République et d’un autre nombre issus des tribunaux est un processus démocratique qui empêcherait la mainmise d’un quelconque courant sur le syndicat, que ce soit les partisans du parti au pouvoir, les gauchistes ou les Frères », reconnaît le bâtonnier. Mais les islamistes se sentent les premiers visés. « Le projet de loi donne au bâtonnier le droit exclusif de traduire un membre devant un conseil disciplinaire, rien ne l’empêcherait donc d’user de ce droit contre ses opposants », fait remarquer Gamal Tagueddine, membre du conseil et proche des Frères musulmans. Pour lui, ce projet de loi met pratiquement le syndicat sous séquestre. « Cette période transitoire pour soi-disant épurer les listes des membres peut s’étaler sur des années durant lesquelles il n’y aurait normalement pas d’élections », poursuit-il. Le « vrai » objectif, selon Tagueddine, c’est de « neutraliser l’influence de notre syndicat durant cette période qui témoignera de l’adoption d’une loi antiterroriste et d’une succession héréditaire au sommet du pouvoir ».

Beaucoup d’avocats craignent que leur syndicat ne connaisse le sort de celui des ingénieurs mis sous séquestre ou des médecins, où les élections sont gelées depuis des années. En février dernier, le tribunal administratif a tranché un procès en suspens depuis trois ans, en annulant les élections du bâtonnier et du conseil qui avaient eu lieu en 2005. L’arrêt se base sur la législation syndicale qui interdit au bâtonnier d’assurer plus de deux mandats successifs. Or, après l’annulation — a posteriori — de son troisième mandat, Me Achour, en poste depuis 2001, sera en mesure de se porter candidat à sa propre succession lors des prochaines élections.

Chérif Albert

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