Al-Ahram Hebdo, Economie | L’Afrique rurale à la traîne
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 21 au 27 mai 2008, numéro 715

 

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Economie

Accès aux Télécommunications. La conférence Telecom Africa 2008, tenue du 11 au 15 mai au Caire, a souligné la réussite du Partenariat Public-Privé (PPP) dans les zones urbaines africaines. Mais les villages attendent les progrès.

L’Afrique rurale à la traîne

Le partenariat Public-Privé (PPP) a été l’un des thèmes phares lors de la conférence Telecom Africa 2008, organisée au Caire par l’Union internationale des télécommunications (IUT) du 11 au 15 mai derniers. Il a même soulevé un grand débat entre les représentants des grandes sociétés internationales et les responsables gouvernementaux africains autour de son degré de réussite dans le secteur des télécommunications africaines, et les défis qui entravent son succès.

Selon le dernier rapport de l’IUT publié la semaine dernière, le secteur a connu un grand essor sur le continent noir. Ainsi, le nombre total des abonnés aux services de portable a dépassé les 250 millions en 2007. Mais un important déséquilibre persiste entre les zones rurales, où le taux de pénétration à ce service est très faible, et urbaines. Seuls 7 % des habitants sont en effet abonnés au service de téléphone portable dans les zones rurales. Quant à l’Internet, à peine 1 % des villages africains y ont accès. Le rapport a justifié cette faible pénétration par deux facteurs essentiels : le manque d’infrastructures et la faiblesse des revenus des habitants. « Le secteur privé s’intéresse à l’investissement dans les zones rurales et lointaines. Car les coûts de l’installation des réseaux sont élevés, tout comme le prix du service qui s’élève à 50 dollars par mois pour l’Internet à titre d’exemple », souligne Basco Fernands, vice-président de Nokia Siemens. Opinion partagée par Reza Jafari, directeur exécutif du groupe Eaton international qui ajoute que le secteur privé ne cherche que son propre profit, alors que le gouvernement s’occupe d’aspects plus sociaux. « Alors, il faut combiner les intérêts de chaque côté pour attirer le secteur privé dans ces zones », souligne-t-il, en ajoutant que les gouvernements africains devront jouer un rôle pour surmonter ce défi. Pour les dirigeants du secteur privé, il s’agit surtout d’obtenir plus de privilèges et d’exonérations fiscales. « Il nous faut une réduction des taxes ou un soutien financier pour pouvoir investir dans ces zones », clame Jafari.

Des demandes que les responsables africains ne rejettent pas complètement : certains ont révélé leurs intentions de subventionner le secteur privé pour investir dans ces zones. « Notre objectif est de développer les services de télécommunications dans les zones rurales et nous sommes prêts à les subventionner. Au Botswana, nous venons d’inviter 3 opérateurs de télécommunications à investir dans 4 zones rurales. Nous leur avons octroyé beaucoup de facilités pour qu’ils puissent accomplir cette tâche », souligne Mphoeng Qabitsa, chef exécutif auprès de l’autorité des télécommunications au Botswana.

 

Equation équilibrée

Outre les subventions, Hussein Badrane, un consultant technique auprès du groupe des télécommunications Cisco, propose la création d’un fonds souverain financé par les sociétés des télécommunications privées et publiques. « Les rendements de ce fonds seront consacrés à l’installation des services des télécommunications dans les zones rurales. Et ce, en vue de compenser la baisse de rentabilité de l’investissement dans ces zones », explique-t-il, en réclamant en plus de faciliter et de réviser les régulations d’octroi des licences de télécommunications dans les différents pays africains. Des demandes qui devront être étudiées par les gouvernements africains pour pouvoir attirer davantage d’investisseurs privés dans les zones rurales.

Le géant français de télécommunications, France Telecom, a résolu le problème différemment. Son accord de partenariat avec le secteur public inclut une coopération dans l’installation des réseaux et l’offre des services à la population. Une équation équilibrée pour France Telecom. « Aujourd’hui, la question du partenariat public-privé ne se pose pas, car elle va de soi. Par l’application de ce modèle, mon groupe a réussi à étendre les services des télécommunications dans 6 pays africains (le Sénégal, le Kenya, l’Ile Maurice, la Guinée, la Côte-d’Ivoire et la Jordanie) suite à la privatisation de leurs secteurs des télécommunications », souligne Marc Rennard, vice-président exécutif pour la région d’Afrique et du Moyen-Orient chez France Telecom, en ajoutant que le Sénégal est le meilleur exemple de cette coopération. « Le taux de pénétration au téléphone mobile dépasse les 45 % et plus de 85 % de la population ont eu accès à la voix et à l’Internet au cours des 10 dernières années. Même dans les zones rurales, plus de 14 000 villages seront connectés soit à l’Internet soit au mobile à la fin de cet été », renchérit-il.

Gilane Magdi

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4 questions à

Oqeil Béchir, PDG de Telecom Egypt.

« Pour réaliser nos objectifs, nous accordons des avantages aux investisseurs »

Al-Ahram Hebdo : Comment percevez-vous l’application du Partenariat Public-Privé en Egypte ?

Oqeil Béchir : Je dirais que l’Egypte est sur le bon chemin dans ce domaine. Depuis sa création, le ministère des Télécommunications a déployé des efforts pour créer un environnement propice à l’investissement. La preuve en est l’essor du développement des centres d’appel en Egypte, alors que quelques années auparavant, ils se développaient en Inde et en Irlande. Pour réaliser nos objectifs, nous accordons des avantages aux investisseurs. Il s’agit notamment de subventionner à plus de 75 % les tarifs des appels internationaux qui représentent la majeure partie du coût pour ce secteur. Par ailleurs, le gouvernement a signé un accord avec les grandes sociétés telles que Microsoft et IBM pour former les employés non qualifiés. Et ce, en vue de résoudre le problème du manque de cadres qualifiés, qui représente un grand défi du secteur privé.

— Quelle est la situation actuelle du secteur africain des télécommunications ?

— Le continent africain a connu un essor important. Le total des abonnés aux téléphones fixe et mobile a connu une augmentation annuelle de 10 % au cours des 5 dernières années. Il existe actuellement 3 milliards d’abonnés au téléphone mobile dans le monde et il est prévu que le 4e milliard proviendra du continent africain. Toutefois, la densité téléphonique pour les différents services de télécommunications reste trop faible. Ainsi, il est de 4 % pour le téléphone fixe, 8 % pour le portable et à peine 1 % pour l’Internet. Cependant, la faiblesse de ces taux signifie qu’il y a de grandes chances d’investissements en Afrique.

Quels sont les obstacles retenant encore les opérateurs internationaux à investir en Afrique ?

— L’instabilité politique, le manque de réglementation qui organise le travail des organismes régulateurs des télécommunications et les difficultés de transferts des capitaux restent les principaux problèmes.

Quel est le résultat des négociations avec les sociétés de portables sur la réduction des tarifs des appels de téléphone fixe au portable ?

— Les négociations sont en cours. J’estime qu’un accord pourrait être conclu en juin prochain. Sinon, le sujet sera présenté à l’Organisme de régulation des télécommunications.

Propos recueillis par G.M.

 

 




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