Accès aux Télécommunications.
La conférence Telecom Africa 2008, tenue du 11 au 15 mai au
Caire, a souligné la réussite du Partenariat Public-Privé
(PPP) dans les zones urbaines africaines. Mais les villages
attendent les progrès.
L’Afrique rurale à la traîne
Le
partenariat Public-Privé (PPP) a été l’un des thèmes phares
lors de la conférence Telecom Africa 2008, organisée au
Caire par l’Union internationale des télécommunications
(IUT) du 11 au 15 mai derniers. Il a même soulevé un grand
débat entre les représentants des grandes sociétés
internationales et les responsables gouvernementaux
africains autour de son degré de réussite dans le secteur
des télécommunications africaines, et les défis qui
entravent son succès.
Selon le dernier rapport de l’IUT publié la semaine
dernière, le secteur a connu un grand essor sur le continent
noir. Ainsi, le nombre total des abonnés aux services de
portable a dépassé les 250 millions en 2007. Mais un
important déséquilibre persiste entre les zones rurales, où
le taux de pénétration à ce service est très faible, et
urbaines. Seuls 7 % des habitants sont en effet abonnés au
service de téléphone portable dans les zones rurales. Quant
à l’Internet, à peine 1 % des villages africains y ont
accès. Le rapport a justifié cette faible pénétration par
deux facteurs essentiels : le manque d’infrastructures et la
faiblesse des revenus des habitants. « Le secteur privé
s’intéresse à l’investissement dans les zones rurales et
lointaines. Car les coûts de l’installation des réseaux sont
élevés, tout comme le prix du service qui s’élève à 50
dollars par mois pour l’Internet à titre d’exemple »,
souligne Basco Fernands, vice-président de Nokia Siemens.
Opinion partagée par Reza Jafari, directeur exécutif du
groupe Eaton international qui ajoute que le secteur privé
ne cherche que son propre profit, alors que le gouvernement
s’occupe d’aspects plus sociaux. « Alors, il faut combiner
les intérêts de chaque côté pour attirer le secteur privé
dans ces zones », souligne-t-il, en ajoutant que les
gouvernements africains devront jouer un rôle pour surmonter
ce défi. Pour les dirigeants du secteur privé, il s’agit
surtout d’obtenir plus de privilèges et d’exonérations
fiscales. « Il nous faut une réduction des taxes ou un
soutien financier pour pouvoir investir dans ces zones »,
clame Jafari.
Des demandes que les responsables africains ne rejettent pas
complètement : certains ont révélé leurs intentions de
subventionner le secteur privé pour investir dans ces zones.
« Notre objectif est de développer les services de
télécommunications dans les zones rurales et nous sommes
prêts à les subventionner. Au Botswana, nous venons
d’inviter 3 opérateurs de télécommunications à investir dans
4 zones rurales. Nous leur avons octroyé beaucoup de
facilités pour qu’ils puissent accomplir cette tâche »,
souligne Mphoeng Qabitsa, chef exécutif auprès de l’autorité
des télécommunications au Botswana.
Equation équilibrée
Outre les subventions, Hussein Badrane, un consultant
technique auprès du groupe des télécommunications Cisco,
propose la création d’un fonds souverain financé par les
sociétés des télécommunications privées et publiques. « Les
rendements de ce fonds seront consacrés à l’installation des
services des télécommunications dans les zones rurales. Et
ce, en vue de compenser la baisse de rentabilité de
l’investissement dans ces zones », explique-t-il, en
réclamant en plus de faciliter et de réviser les régulations
d’octroi des licences de télécommunications dans les
différents pays africains. Des demandes qui devront être
étudiées par les gouvernements africains pour pouvoir
attirer davantage d’investisseurs privés dans les zones
rurales.
Le géant français de télécommunications, France Telecom, a
résolu le problème différemment. Son accord de partenariat
avec le secteur public inclut une coopération dans
l’installation des réseaux et l’offre des services à la
population. Une équation équilibrée pour France Telecom. «
Aujourd’hui, la question du partenariat public-privé ne se
pose pas, car elle va de soi. Par l’application de ce
modèle, mon groupe a réussi à étendre les services des
télécommunications dans 6 pays africains (le Sénégal, le
Kenya, l’Ile Maurice, la Guinée, la Côte-d’Ivoire et la
Jordanie) suite à la privatisation de leurs secteurs des
télécommunications », souligne Marc Rennard, vice-président
exécutif pour la région d’Afrique et du Moyen-Orient chez
France Telecom, en ajoutant que le Sénégal est le meilleur
exemple de cette coopération. « Le taux de pénétration au
téléphone mobile dépasse les 45 % et plus de 85 % de la
population ont eu accès à la voix et à l’Internet au cours
des 10 dernières années. Même dans les zones rurales, plus
de 14 000 villages seront connectés soit à l’Internet soit
au mobile à la fin de cet été », renchérit-il.
Gilane Magdi