Al-Ahram Hebdo, Dossier | Prendre état du présent
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 21 au 27 mai 2008, numéro 715

 

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Dossier

Festival du Film de Cannes. L’entrée en matière de la 61e édition (du 14 au 20 mai) n’a pas été marquée uniquement par le glamour et les paillettes. La guerre et la prison étaient au menu de sa programmation, à travers des œuvres confirmant le ton grave du début de la compétition. 

Prendre état du présent 

Le festival a donné les couleurs de sa pente politique en programmant dès la première semaine un bouquet de fictions chargées de maux et de détresse de différents peuples du monde. Ainsi, Massacres dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, désespoir d’une jeune mère emprisonnée à qui on a enlevé son enfant, l’engagement d’un Bobby Sandes pour l’indépendance de l’Irlande ou le militantisme d’une jeune fille palestinienne pour retrouver son foyer à Ramallah ont été de mise. On en débusque notamment le film d’animation israélien présenté en compétition, Valse avec Bachir sur les massacres de Sabra et Chatila.

Après « Persépolis », prix du jury 2007, ce nouveau film d’animation politique a débarqué sur la Croisette. Les deux films n’ont pourtant pas grand-chose en commun, si ce n’est cette volonté de faire écho à un parcours personnel bousculé par l’histoire. Ce procédé original permet à Ari Folman d’aborder, d’une manière assez captivante, un sujet tragique : le massacre de Palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila, au Liban, perpétré en 1982 par des milices chrétiennes, alliées d’Israël, suite à l’assassinat du président Bachir Jémayel, auquel le titre du film fait référence.

Le réalisateur, ancien soldat de l’armée israélienne occupant le Liban en 1982, après avoir effacé cette expérience éprouvante de sa mémoire, a éprouvé soudain le besoin de s’y replonger. Son récit très autobiographique emprunte sa forme au genre de docu-fiction, présenté sous forme de dessin animé.

Il est allé interroger et filmer des témoins de l’époque, ses anciens compagnons d’armes, puis a tiré de ce documentaire un story-board, devenu un dessin animé.

Soutenu par une bande sonore puissante, le film n’apporte pas de nouveaux éléments sur le plan historique, mais il fait ressortir des souvenirs douloureux, difficiles à reléguer à l’oubli.

Si la fiction peut rendre compte de l’état d’esprit dans lequel se trouve un soldat, l’animation se révèle ici un détour judicieux, à la fois en instaurant une distance et en plaçant le spectateur au plus près des sensations, conférant aux personnages une épaisseur, une intensité, une complexité inégalées dans le cinéma d’animation.

Toujours sur la même note politique, les deux films de la compétition « Un Certain Regard » : Hunger (la faim) de Steve Mcqueen et Melh had hal bahr (le sel de cette mer) de Anne-Marie Jacir défendent d’autres causes gagnées ou passées sous silence par l’histoire. Alors que le premier relate l’histoire du protestant irlandais Bobby Sands qui a perdu sa vie en militant pour l’indépendance de l’Irlande, le second film, de production palestinienne, jette la lumière sur le droit des Palestiniens à vivre en paix dans leur patrie. Une projection qui a été suivie par l’ovation soutenue du public. Ainsi, ce démarrage battant pavillon politique aura juste été un avant-goût haut en couleur, présageant des temps forts que cette cuvée 2008 réserve aux initiés.

Yasser Moheb

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3 questions à

La vedette américaine Julianne Moore, qui a présenté en ouverture du festival son film Blindness (aveuglement). Elle revient en toute objectivité sur le rôle qu’elle y interprète. 

« Je vois mes rêves personnels se réaliser à travers mes personnages » 

Al-Ahram Hebdo : Vous revenez dans cette édition avec un rôle d’envergure. Cette participation revêt-elle une valeur particulière ?

Julianne Moore : Je me suis rendue à Cannes plusieurs fois, notamment avec la projection de mes films, mais c’est toujours un grand honneur d’être l’une des stars de l’ouverture de cette manifestation cinématographique numéro 1 dans le monde.

Le personnage que vous tenez dans le film paraît assez simple de prime abord, mais se métamorphose de fond en comble au cours des événements ...

— Le rôle que je tiens dans Blindness est celui d’une épouse plus ou moins simple, assez fidèle à son mari, qui préfère jouir de son intimité loin du regard des curieux pour préserver son bonheur. Mais cela devient préjudiciable au cours normal de sa vie, lorsque les événements tournent contre elle. En un mot, c’est un personnage qui pourrait ne pas attirer beaucoup de comédiennes, mais auquel je me suis sentie vraiment attirée, car j’aime présenter l’ordinaire à ma façon. De même, j’éprouve une grande joie en me réalisant à travers les caractères que je joue et voyant mes rêves personnels se réaliser à travers eux sur l’écran.

Votre film, par son intrigue plus ou moins tragique, est accusé de rendre l’ouverture du Festival de Cannes plutôt glauque. Cela vous dérange-t-il ?

— Pas du tout, je respecte tous les points de vue, même si je ne les partage pas. Pour moi, le film est chargé d’émotions et de chagrins susceptibles d’être éprouvés à n’importe quel moment, même en fêtant l’ouverture du festival ! La maladie, le dévouement, le défi et bien sûr l’amour sincère sont des thèmes universels, même s’ils ont été présentés à travers des images parfois dures, c’est pour montrer à quel point notre vie est aussi dure et qu’on a à se dévouer parfois, les uns pour les autres, pour pouvoir survivre.

Propos recueillis par Y.M.

 




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