Festival
du Film de Cannes.
L’entrée en matière de la 61e édition (du 14 au 20 mai) n’a
pas été marquée uniquement par le glamour et les paillettes.
La guerre et la prison étaient au menu de sa programmation,
à travers des œuvres confirmant le ton grave du début de la
compétition.
Prendre état du présent
Le
festival a donné les couleurs de sa pente politique en
programmant dès la première semaine un bouquet de fictions
chargées de maux et de détresse de différents peuples du
monde. Ainsi, Massacres dans les camps palestiniens de Sabra
et Chatila, désespoir d’une jeune mère emprisonnée à qui on
a enlevé son enfant, l’engagement d’un Bobby Sandes pour
l’indépendance de l’Irlande ou le militantisme d’une jeune
fille palestinienne pour retrouver son foyer à Ramallah ont
été de mise. On en débusque notamment le film d’animation
israélien présenté en compétition, Valse avec Bachir sur les
massacres de Sabra et Chatila.
Après « Persépolis », prix du jury 2007, ce nouveau film
d’animation politique a débarqué sur la Croisette. Les deux
films n’ont pourtant pas grand-chose en commun, si ce n’est
cette volonté de faire écho à un parcours personnel bousculé
par l’histoire. Ce procédé original permet à Ari Folman
d’aborder, d’une manière assez captivante, un sujet tragique
: le massacre de Palestiniens dans les camps de Sabra et
Chatila, au Liban, perpétré en 1982 par des milices
chrétiennes, alliées d’Israël, suite à l’assassinat du
président Bachir Jémayel, auquel le titre du film fait
référence.
Le réalisateur, ancien soldat de l’armée israélienne
occupant le Liban en 1982, après avoir effacé cette
expérience éprouvante de sa mémoire, a éprouvé soudain le
besoin de s’y replonger. Son récit très autobiographique
emprunte sa forme au genre de docu-fiction, présenté sous
forme de dessin animé.
Il est allé interroger et filmer des témoins de l’époque,
ses anciens compagnons d’armes, puis a tiré de ce
documentaire un story-board, devenu un dessin animé.
Soutenu par une bande sonore puissante, le film n’apporte
pas de nouveaux éléments sur le plan historique, mais il
fait ressortir des souvenirs douloureux, difficiles à
reléguer à l’oubli.
Si la fiction peut rendre compte de l’état d’esprit dans
lequel se trouve un soldat, l’animation se révèle ici un
détour judicieux, à la fois en instaurant une distance et en
plaçant le spectateur au plus près des sensations, conférant
aux personnages une épaisseur, une intensité, une complexité
inégalées dans le cinéma d’animation.
Toujours sur la même note politique, les deux films de la
compétition « Un Certain Regard » : Hunger (la faim) de
Steve Mcqueen et Melh had hal bahr (le sel de cette mer) de
Anne-Marie Jacir défendent d’autres causes gagnées ou
passées sous silence par l’histoire. Alors que le premier
relate l’histoire du protestant irlandais Bobby Sands qui a
perdu sa vie en militant pour l’indépendance de l’Irlande,
le second film, de production palestinienne, jette la
lumière sur le droit des Palestiniens à vivre en paix dans
leur patrie. Une projection qui a été suivie par l’ovation
soutenue du public. Ainsi, ce démarrage battant pavillon
politique aura juste été un avant-goût haut en couleur,
présageant des temps forts que cette cuvée 2008 réserve aux
initiés.
Yasser Moheb